Livre I
DES MYTHME8 SIMPLES.
Chap. I. LE PIED RHYTHMIQUE.
Le»- anciens musiciens (1) distinguaient trois genres de rhythmes {yévrj ^vd'fiixéj yévri vœv jtoâœv), qui répondent aux mesures à trois-huit, à quatre-huit et à cinq-huit des modernes. Voici ces 3 genres:
' I. Le rhythme à parties égales [yévog toov ou SaxrvXixdv), dans lequel le frappé renferme le même nombre de temps que le levé. Ce rhythme se retrouve dans les dactyles, les anapestes, les spondées, les proceleusmatiques doubles:
Des rhythmiciens d'une date plus récente classaient dans ce premier genre aussi le pyrrhique (J^ ou ^S), autrement dit hégémon. Mais Aristoxène l'exclut du nombre des rhythmes.
2. Le genre double (yévog ôvickaôiov ou lafifiixov) ou le rhythme de 2:1 c. à. d. celui dont le frappé a une durée double du levé. Il embrasse le trochée [rçoxcctog ou x^ç^toç), Tiambe et le tribraque.
3. Le rhythme de 3:2 (yévog rj^iLoXiov ou naiavixov^ rhythmus sescuplex), dont le frappé a une durée une fois et demie plus grande, que le levé. Nous reconnaissons ce
(1) Plat, de rep. III, 40Ô. Aristot. rhct. fil. 8. Aristox. rhylb. 300. Marlian. Cap. c. 192 elc.
rhythme dans le crétique [TtaCcav dcdyvcog) -V I 7 et ^^^^ les solutions du crétique, les péons premier et quatrième:
Nous le reconnaissons aussi dans le bacchius des métrîciens : - 1 - -. Mais les rhythmiciens ne le classent pas dans cette catégorie; ils désignent far bacchius les pieds, que nous appelons ordinairement choriambe et antispaste.
On le voit dans ce rhythme, le levé, qui tombe sur une longue, ressort un peu plus que la brève qui fait encore partie du frappé: - - | -. Ce levé pourrait être appelé un frappé plus faible. Aussi, marquons nous le frappé véritable d'un accent double (1).
Le nombre des temps d'après Aristoxène, qui ne veut pas du pyrrhique pour rhylhme,. sera de 4 pour le yévog t0ov^ de 3 pour le yévog ÔLicXaCiov^ de 5 pour le yévog riynô- Xiov; d'où les termes: texçaCruLov (c.-à-d. réôôccça 0rj- (lata ^X^f), rçitSrjfiov^ Ttsvtdôr^fiov. Mais ce sont là les plus petites éteftdues (rà èkd%i6ta ^eyéd"!])^ les monopodies. La rhythraique, comme nous verrons tout-à-l'heure , admet des périodes autrement longues.
Les trois genres indiqués plus haut étaient seuls considérés comme étant conformes au rhylhme et perceptibles à l'oreille {yvcSçliia rij al0di]0£L) (2). Aristide, Mart. Capella et Pseilus reconnaissent, il est vrai, un quatrième genre, yévog iTtitçLtov, dont le frappé est au levé comme 4 : 3 et dont la moindre étendue embrasserait sept temps; ils parlent même d'un cinquième, yévog tQLTtXdôtov^ dont le frappé est au levé, comme 3:1. Le yévog éTtitçitov contenait les pieds, que
les métriciens appellent ëpiiriles ( — .--,----,- ,
J)\ mais on s'en seryait très-rarement, et Arisloxène,
(1) Ârislid. rhythm. 289. *Eê bvoç fisv tov avœ, âvo as tœv xaroj.
(2) Arislo'x. rhylh. 289, 293. Harra. 34.
le plus ancien des musiciens, le proclame contraire au rhythme (1). Ce qui distingue les trois genres indiqués plus haut des deux dont nous venons de faire mention, c'est qu'à l'aide des premiers seuls on pouvait composer soit un chant, soit au moins une période rhythmique entière [ovvexfiç Q'^~ 9[i07C0ua), tandis que les deux derniers ne se rencontrent que dans des pieds isolés. C'est pourquoi ils n'ont pour nous que peu d'importance. *
Chap. II. LA PÉRIODE RHYTHMIQUE.
La monopodie, telle que nous venons de la décrire, comprenant un minimum de temps rhythmés, est proprement le pied rhythmique, 6 Ttovg xad'^ avrov^ comme Aristoxène rappelle. Il lui oppose le pied variable et multiple (dipodie, tripodie etc.) reproduisant les mêmes proportions du frappé et du levé sur une plus large échelle; ce pied, nous l'appelerons période. L'étendue de cette période varie considérablement {ÔLaîpoQà xarà fisye^og) non seulement d'un genre à l'autre, mais encore dans le domaine de chaque genre en particulier. Aristide dresse le tableau de ces variations. Ce •tableau, il est vrai, est loin d'être complet; il s'arrête môme presqu' au commencement (au ^éyed'og oxrdarjfiov). Le reste est perdu. Mais nous pouvons suppléer à cette perte par ■les données très-suffisantes, que nous fournissent sur retendue des périodes rhythmiques Aristide, Martianus et Psellns (2).
Voici le passage important d.Aristide (3).
Le yévog toov (mesure à quatre-huit) commence à partir d'un pied de deux temps — Aristoxène aurait dit quatre
(1) Arislox. rbylli. 305. ovz* icrtv è'$çv&(iog 6 tov ênitçiTov,
(2) Arislox. rliylh. 2S0. 2W. 302. Arislide 34.
(3) ArisUde 35. Maiiian. Capella 192. 103. Psellus apud Morelli 301.
temps; mais pour Aristide le pyrrhique est un pied rliytlimique — et atteint son maximum d'étendue dans la période de seize temps {TtXrjçovraL sœg êxxaLÔsxaOTJfiov). Nos sens, ajoute Aristide, seraient impuissants à saisir un rhytfîme dans une période plus longue.
Le ysvog'dLTtXdôLOv (mesure à trois-huit) part d*un pied rhytbmique de tfois temps et s'avance jusqu'à une période de
dix-huit, terme extrême du genre..
Le yévog i^fitôXiov (mesure à cinq -huit) a pour plus petite unité un pied de cinq temps et pour plus grande la période de vingt-cinq. L'oreille ne perçoit plus audelà de cette limite {fisXQÏ yàç todovrov xov rocovrov Qvd'fiov rô alo^iqrtJQiOv xaraXafipdvei).
Le résultat général de ces observations peut se résumer dans le tableau suivant:
Mesure à | Mesure à | Mesure à |
(yhoç taov) (y. ômlccmov) (y. 'qfiioXiov) Pied rhythmique [tcovç ikaxiCTOg ou Tiad" ccvvov)
Période rhythmique ^q £g
(itovç fiéyiOTOç)
Dans ces périodes les proportions fondamentales de 1:1, de 2: I, de ^: 2 doivent se reproduire régulièrement ; un des frappés domine les autres, sans pourtant les anéantir, comme dans la phrase l'accent du mot le plus important domiii^e les accent& des autres' mots, sans les effacer. C'est ce frappé principal, qui constitue l'unité de la période rhythmique et en fait comme un seul pied. Quelque chose de semblable arrive dans la musique d'aujourdhui, lorsque l'on réunit 2, 3, 4 pieds rhythmiques pour en faire une seule mesure à 6ixhuit, neuf-huit ou douze-huit (1).
(l) Notons en passant que l'exigence de la musique moderne de commencer un
Chap. III. EXAMEN DES PÉRIODES.
La période ne saurait être rhythmique, que lorsque le nombre des temps, qui la constituent, est divisible dans les proportions susmentionnés de 1 : 1, de 2 : 1 , de 3 : 2. Il va sans dire, que chaque période ne peut être divisée qu'en deux parties, dont Tune réprésente le frappé, l'autre le levé. Le terme technique pour iemps employé par Aristoxène et par ses successeurs est ôrjiistov (c'est-à-dire signe, pour indiquer la durée la plus courte), équivalent de XQ^'^^^S ou ccçid^fiég. C'est ainsi que les musiciens grecs désignent une étendue de 5, 6, 8 temps par les termes 7Csvrd0i](iov^ êl^d(Jf]ii0Vj ôxrdarjliov (léyed'oç. C'est à cette dernière que s'arrêtent les recherches d'Aristoxène; mais après l'avoir suivi jusque-là, nous serons assez éclairés pour trouver notre chemin jus-
qu'au bout.
Aristoxène déclare, que deix temps (âiCfrj^ov fiéyed'og) ne sauraient former un rhythme (1). Trois temps {rQL0rifiov fiéya^oç) constituent (v. plus haut) la plus petite unité du yévog dmXd^iov (2:1); quatre temps {^éysd'og rErçdcirifiov) la plus petite unité du ysvog tôov; car la proportion de 3 : 1 serait contraire aux lois du rhythme. Cinq temps {(iiyad'og Ttsvtdôrjiiov) constituent la plus petite unité du yévog i^iiloXlov (3 : 2) ; car la proportion 4 : 1 n'est pas admissible non plus.
• L'étendue de 6 temps {iiéyed'og él^iJrj^ov) présente les
air ou un chant par un frappé n'exislait pas chez les anciens. Deux pieds rhythmiques de la même mesure, et renfermant le même nombre de tefnps n'en pouvaient pas moins différer xar* àvxi&Baiv, comme on disait, c'est-à-dire par l'ordre des frappés et des levés. Âristox. rhythm. 300. Aristide 31. Mart. Capella 193.
(l) UavtBXéç Slv ï%oi xr^if nodi%riv<trift,aaéav.
divisions suivantes: 5:1, 4:2, 3:3. La première de ces proportions n'est pas rhyihmique^ mais la seconde est du yé~ vog Siickdciov^ la 3*""' du yévog tOov^ ce (fui faif, que d'aprèè les termes mêmes d*Aristoxène cette période appartient à la fois au rhythme iambique et au rhythme dactylique. Les deux formes métriques du fisyéd^og é^é&rjiiov sont par conséquent :
—3^ —3^ (yêvog taov) ou -. ^^, — (yévog âmldaiov).
On voit que la seconde embrasse, les choriambes ou les ioniques ( — ^), pieds qu'Aristide ne considère plus comme simples (aTcXot)^ mais comme composés {ôvvd'etot). Voyez au livre IL
Sept temps (fiéysd'oç é7ird0T]fiov) ne constituent jamais de période rhythmique, c'est-à-dire ne sauraient être divisés dans des proportions conformes au rhythme, et n'admettent pas ce que les musiciens appellent la ôiatQBOig tcoôlxij. Voici les divisions possibles: 1:6, "Jfib, 3:4. H en est.de ^ême des étendues de 11, de 13, de 17, de 19, de 14.
11 est vrai, que celle-ci peut se subdiviser en 7-|-7; mais nous savons déjà par Aristoxène,.qui repousse le mouvement des épitrites, que sept temps ne forment pas une période rhythmique. Ce qui est vrai de la partie doit Vêtre du tout. Enfin les étendues de 21, 22, 23, 24 temps n'olTrent pas non plus de proportions rhythmiques. Car quoiqu'elles puissent être divisées en 7 + 14, 11 + 11, 8 + 16, 12 + 12, chiffres, qui présentent les proportions de 1 : 1 et de 1 : 2 , elles dépassent de plusieurs temps les limites, dans lesquelles le mouvement du yévog t0ov et du yévog SvTcXdaov se renferment. Restent les étendues:
de 8 temps [iiéyB%'og ôxrdarifiov)^ divisible eu 4 + 4
(proportion 1 : 1)^ appartenant au yevog C6ov 4 1 4 •
de 9 temps {fiéysd^og èvvëdfSrutov) ^ divisible en 6 + 3
(proportion 2: 1), appartenant au yévoç 8v-
de 10 temps ((léyed'og dexdôriiiov), divisible en 5 + 5
(proportion 1:1) — yévog toov — et en 6 + 4 (proportion 3 : 2) — yévog rnLiéhov, Les deux formes sont: - ^ - | i ^ - et - — I - -. Ce
dernier rhythme s'appelle naltov èni^arog et il est le double du Ttato}!/. simple [Sidyviog)
de 12 temps {(léyed'og dœdexa(Jrjiiov)j divisible en 8 + 4
(proportion 2:1) — yévog 6iJtXd0iov — et en 6 + 6 (proportion 1:1) — yévog taov, La division en 6 + 6 peut affecter deux formes: -i'>.-w|-:w-w et-iii;- I -iiif-. Voici
celle de 8 + 4 : - iiii - iiii | -i iiii.
de 15 temps {iiéysd'og Tcevtsxcciêexdorjiiov) ^ divisible en
10 + 5 (proportion 2 : 1) — yévog diTCÀdôtov — dont voici fa forme: 1---.
de 16 temps {fiéysd^og BXxaidExdcrunov)^ divisible en 8+8
(proportion 1:1), appartenant au yévog tOov (étendue la plus grande du yévog); Z'^-'^l
de 18 temps {fiéyed'og oxtœxccLÔsxd^rjfiov) , divisible en
12 + 6 (proportion 2. ^ 1)» appartenant au yévog âiJtXdiJiov (étendue la plus considérable
du yévog): i'— ^^ — ,-^|^>.-^ et -iiif-, -^-| :uu. ^2 6 lî
de 20 temps {[léye^og slxo^doruLOv) ^ divisible en 12 + 8
(proportion 3 : 2), appartenant au yévog rnnio- Xi^ov : — — — — — — I — biH — iiii
de 25 temps {fUyed'og nevtexcuBixo0cc0fi(iov), divisible en
15 + 10 (proportion 3 : 2), appartenant au yévog i^(ii6ltov ou Ttaiœvixov: - — , ,---|
j ^ — ^ - . Cette étendue nous fournit la
période la plus longue de la mesure à cinq-
huit, c'est-à-dire la plus longue période possible.
Corollaire. Dans les pieds simples (monopodies) du yévog i'ôov et du yévog Smldôiov (-cjt;; -w; ^-i), le levé, qu'il embrasse une syllabe ou même deux, ressort toujours moins que le frappé. Dans la monopodie péonique (- .. «: oa - - -) le levé est sans doute moins en lumière que la première syllabe du frappé, mais il Test un peu plus que la seconde, qui est brève. Ce levé, qui est dons un frappé plus faible, est désigné quelquefois comme frappé (1).
Il résulte de là, que dans les périodes rhythmiques, qui sont le multiple des pieds rhythmiques, le frappé et le levé contenant chacun plusieurs* syllabes, toutes celles, qui constituent le frappé, ne peuvent être considérées comme étant plus en lumière que toutes celles, qui constituent le levé. La 1^ syllabe du frappé domine toutes les syllabes de la période^ même la 1'* du levé. Mais la l'* du levé est supérieure non seulement à toutes celles, qui constituent le levé tout entier, mais encore à toutes celles, qui constituent le frappé, excepté la première. En un mot la 1" syllabe du levé est la seconde
d'importance dans la période entière. C'est pour rendre celte position visible à l'œil, que nous attribuons un acceqt à la 1^* du levé; mais pour marquer en même temps la force plus grande de la l'* du frappé, nous la notons d'un accent double.
(l) Âristid. rhylh. 189 1$ ivo% filv tov avmy àvo 6\ zœv xaroo, définition du crétique - ^ — .
Chap. IV. CE QUE LES MUSICIENS ENTENDENT PAR RHYTHMES DACTYLIQUES, lAMBIQUES/.
PÉONIQUES.
On se souvient, que le sp*onclée, le dactyle, Fanapeste envisagés comme pieds rhylhmiques ou comme monopodies avaient été placés dans le yevog t6ov^ parceque le IVappé y avait le même nombre de temps que le levé [jl-^-l^^^^s. j). Il s'ensuit, que toute période, dans laquelle le nombre des temps du levé égale le nombre du frappé, appartient pareillement de plein droit diViryivog toov. Cette période s'appelle alors, et seulement à cause du mouvement qui y règne, ^i;- ^^nàg toog ou daytxvktxoç^ rhythmes à parties égales ou rhythme dactylique (1). C'est ainsi que la dipodie trochaîque
pr^nd chez les anciens musiciens le nom ^vd'^og daxrvÀcxog êl^dôfjiiog (6 temps); la dipodie spondaîque ou dactylique j; ^ j ^ . celui de çvd'fiog daxrvXixog 6xrd6ri(iog (8 temps) ; la dipodie péonique -w--|-'. w- celui de çvd'iiog daxrvkcxog d€xd6rj(iog. Car dans toutes ces dipodies le frappé et le levé, chacun réprésenté par une monopodie, sont dans la proportion de 1 : 1, exactement comme dans le spondée, l'anapeste et le dactyle simple.
Par la même raison toutes les tétrapodies sont considérées comme ^vd'fiol tiJoc ou Saxrvhxoi, Car elles sont toutes partagées en deux dipodies, dont l'une constitue le frappé, l'autre le levé. Quatre trochées prononi^és sans arrêt de Id voix -w.->^|-i^-w s'appellent un çv^fiog daxtvXixog dœâsxaarfiiog, quatre dactyles ou spondées -iiif-iiiii-iiii-iiif un fvd'^àg daxrvXixog ixxcctdexdiJrjpLog, On pourrait croire
(1) Marins Victor. 2484.
d'après ces antécédents qu'une période de quatre crétiques: -i'v^ -v^-l-iv^- -s^- formerait un çvd'fiog daxrvhxog sixo6d6fifiog. Mais il n'en est rien. La plus grande période appartenant au yévog t6ov ne saurait embrasser plus de 16 temps. Aristide dit nettement, aue les Grecs sont incapables de résumer en unités des rhythmes dactyliques plus étendes (1). Le ^vd'fiog Saxrvhxàg dxoadarjiiog n'est donc pas un rhytfinie. Lorsqu'il se rencontre, il faut le diviser en 2 périodes distinctes, en 2 dipodies indépendantes l'une de
l'autre, ou bien en une monopodie et une tripodie:
ti t II " '
" Il " '
ou — w»-||v^ w w —
Chaque tripodie se présente désormais à nous comme une période appartenant au yéyog diitldôiov, ou bien comme un Qvd^iiog dmldôvog ou la^pixog^ puisque la monopodie iambique ou trochaïque est établie sur la proportion de 2:1. La tripodie se subdivisera donc en une dipodie constituant toute l'étendue du frappé, et en une monopodie représen-^ tant le levé. Une période de 3 trochées ou de 3 iambes i: v^ ~ w I - v^ aura donc k nom ^vd^fiàg la^pvxog èvvedôri- ^og; une période de trois dactyles ou de trois anapestes -1' w uu I ^ uu celui de ^vd'iiog la^^ixog dcjôexdôrjiiog; une période de 3 crétiques -- — v^«|-i^- celui de çvd'iiog iafiptxog^ TCsvtsxaLÔexdôrj^og,
Les hexapodies conservent le mouvement des tripodies. Elles sont composées de 3 dipodies dont les deux premières constituent le frappé, dont la dernière est réservée au levé. Les périodes à 6 pieds rhythmiques appartiennent donc aussi au yévog dvTtXdiJi^ov ou lafiPixôv, Mais il faut que ces pieds soient absolument ou des iambes ou des trochées. Six iambes
ou les trochées prononcés sans un arrêt de la voix forment en
(l) Aristide 35. Mart. Capella 192. Psellus apud Morelli 301.
effet ce qu'on appelle un çyd-fiog lafifiLHog àxtcoxaidexçl- Orjiiog
En revanche 6 dactyles ou 6 crétiques ne sauraient plus former une seule période. L'oreille ne les saisit plus comme unité (1); et la langue, en fes prononçant, est obligée d'en 1 faire plusieurs périodes distinctes. Il s'ensuit, . que l'hexamètre ou vers héroïque, pour être lu ou chanté, a besoin d'être divisé au moins en 2 périodes ou parties principales. Enfin toutes les pentapodies sont envisagées comme Qvd'iioî i^fiLoXiOL ou TcatœvixoL, parceque le rapport du frappé et du levé y est comme 3 : 2, c'est-à-dire exactement comme dans le crétique ou la monopodie péonique - ^ | -. C'est pourquoi une période de 5 iambes ou de 5 trochées
est appelé çvd^fiog TtatœvLxdg Ttêvtexatdexciai^fiog ^ une, période de 5 spondées, dactyles ou anapestes:
Qvd'fiàg TCaiœvLXog aixoôdôrjuog^ une période de 5 crétiques, la plus longue période 4'hythmique , que l'oreille grecque ait été capable de saisir comme rmilé:
Qvd'fios «acœvixog aevtsxaieixo0ttiifj(iog.
Chap. V. DE LA SÉMASIE OU DE LA FORCE ET DE L'ORDRE DES FRAPPÉS/
Les rhythniiciens grecs ne se sont pas bornés à nous donner une définition bien précise de la d'édcg et de Yccçaig^
(l) Aristide p. 35.
c'est-à-dire du frappé et du levé, Us marquaient aussi Tun et l'autre dans leurs cahiers de musique. Là où nous mettons un trait (incliné ou vertical), ils employaient le point {attyfiij). Ils ne le négligeaient que dans les chants irréguliers (xsxvfiéva ao^ara) et dans le solfège (1). Quelquefois ils désignaient le levé par un point ((Trt^fti) aTcXrj) et le frappé par deux {^ttyiiii dvjtÀrj) (2). Cela arrivait lorsque dans un vers anap^stîque ils voulaient distinguer les brèves de l'arsis des brèves de la tbésis, comme dans ce pied à douze temps {Ttovg ômdsxdôri^os) qui se trouve chez FAnonymus de musica:
hrALFCuHAF
^ -J s^ \^ \^ %^ vy K^ v> ^»
Y a-t-il une doctrine, qui nous enseigne Tordre dans lequel se succèdent les frappés non seulement dans les pieds simples, mais encore dans les périodes ou Ttoâsg iisyaloi ? Cette doctrine a existé sans doute ; mais il est difQcile de la reconstrtHre telle qu elle était, à Taide des fragments épars et mutilés, qui nous restent des écrits des anciens musiciens. Nous en connaissons les principes, les règles les plus importantes, mais dans les détails bien des points sont sujets au doute et à la controverse. Nous prions par conséquent nos lecteurs de considérer ce qui va suivre comme un premier essai de mettre un peu d'ordre et de clarté dans une matière, qui n'est pas encore complètement élucidée.
La plus petite unité* dans les vers français est la syllabe. Nous parlons de vers de six, huit, dix, douze syllabes. La plus petite unité des vers grecs et latins est la brève, considérée par les métriciens comme la moitié de la longue. La brève est pareillement, la plus petite unité [xQovog ^çcStog) des vers grecs chantés; mais sa durée n'y a. plus rien d'ab-
(i) Ânonym. de musica $ 85.
(2) Ibid. S 99.
solu, elle dépwd de la meiiur& {àycDytj) du morceau entier. Seulement une fois établie, elle doit rester invariablement la même: les autres tons ou syllabes du morceau doivent être considérées comme en étant les multiples. Les anciens appellent cette unité rhythmique tantôt (Jrjua, tantôt ôrjfistov (1). C'est pourquoi en parlant déf retendue de leurs vers, ils les désignent par les mots: novg ê^dorjfiog^ oxrdarj^og^ dcoâexdôrjfiog etc. ce qui veut dire que ces vers ont une étendue (fiéys^og) de 6, 8, 12 (Jfjiiara ou ôij^Eta,
Mais le mot arjfisiov est employé par les anciens musiciens encore dans un autre sens, d'après lequel il n'indique plus le nombre des unités métriques ou l'étendue d'un vers, mais bien le nombre de ses unités rhytbmiques, de ses frappés et de ses levés, ce qui n'est nullement la même chose. C'est pour n'avoir pas saisi la double valeur du mot ar^fiêtov^ que la théorie des rhythmes grecs est restée si longtemps lettre close pour les hellénistes modernes. Aristoxène enseigne (2), que chaque mesure a au moins un frappé et un levé, et doit être marquée en conséquence de deux ôi^^sta. Nulle mesure ne saurait se contenter d'une seule marque, puisqu'une seule marque ne divise pas le temps [ov nouï dtaiçeôLv j;9di/oi;). Deux marques suffisent pour indiquer la marche des pieds simples, des petites mesures, parceque ces pieds étant peu étendus, l'oreille les perçoit aisément. Donc il faut accentuer les monopodies dactyliques, iambiques, péoniques de la façon suivante: -n J:» ou «^ -, J - ou - J et enfin ^ -ou
-lu-. Mais l'unité des pieds multiples ou périodes étant plus difficile à saisir, quelques périodes ont trois marqyes, d'autres même quatre. Aucune mesure . ne dépasse ce dernier chiffre. 11 en résulte que plus un genre de rhythme peut s'étendre,
(1) Arislox. p. 2S0; noie marginale da cod. Venet. Longin. ad Hephaesl. 147. Quintii. Instit. IX, 4. Les Romains disaient: tempus»
(2) Arislox. p. 289, 200.
plus est grand le nombre des marques qu'il e;[ige. Le genre dattylîque n'admettant qu'une étendue de 16 temps, ses périodes ne renferment qu'un frappé et un levé, et deux marques peuvent leur suffire. Le genre pQonique, dont les 'périodes ont jusqu'à 25 temps, reclame le plus grand nombre de marques, c'est-à-dire quatre. Le genre iambique enfin, qui tient le milieu entre le genre dactylique et le genre péohique pour retendue de ses périodes doit conserver celte position intermédiaire pour le nombre des marques, qui est de trois. Tel est le principe formulé par Aristoxène; comment sera -t- il appliqué dans chaque genre en particulier?