ACTE I, SCÈNE VI
jours valet, jamais rival ! C'est riiomme qu'il me faut... Jenny!
JENNY
Ils vous ont apporté de bonnes nouvelles?
RICHARD
Pourquoi , chère Jenny?
Je vous ai quitté triste et vous retrouve joyeux.
RICHARD
Ma joie me vient de moi-même, Jenny, et non pas des autres.
JENNY
Je ne comprends pas.
RICHARD
Jenny, je ne suis pas le fils du docteur.
JENNY
Et cela vous rend heureux; mauvais fils! mauvais frère !
RICHARD
Oh! oui, bien mauvais frère, Jenny.
JENNY
Qui a donc pu changer votre âme si subitement?
RICHARD
Ce secret.
JENNY
Vous le saviez en rentrant, et vous êtes rentré la figure bouleversée.
RICHARD
Vous ne me tutoyez plus, Jenny.
Vous n'êtes plus mon frère, Richard..
RICHARD
Votre main, Jenny !
JENNY
Ma main?
RICHARD, à part.
Elle tremble. (Haut.) Jenny, je suis le plus heureux des hommes.
JENNY
Quel changemenl!
RICHARD
Oh ! malheur à moi , si vous ne comprenez pas.
JENNY , reliranl sa main.
Monsieur...
RICHARD
Quand je suis rentré , ce secret venait d'éclater sur ma tête ; j'étais frappé de la foudre ; je n'avais pu encore rassembler mes idées ; j'avais fui comme un homme perdu, car au premier abord ce secret m'enlevait tout , une position sociale, des parents adorés, une sœur chérie... Une sœur... Je me suis arrêté sur ce mot, Jenny, et j'ai vu clair dans mon âme. Que de fois ce mot de sœur, sans savoir pourquoi , m'a paru douloureux à prononcer... Que de fois en vous regardant mon cœur est devenu pensif! Je me disais : C'est ma sœur, et je m'éloignais de vous avec une crainte dans le cœur, qui était presque un remords ; ce tourment vague que je n'osais approfondir me rendait fantasque; mon âme bridait, et je m'étudiais à paraître froid ou préoccupé, car si vous eussiez été vraiment ma sœur, Jenny, et que vous eussiez éprouvé ce que j'éprouvais; si en prenant votre main je l'avais sentie trembler comme elle le fait...
JENNY
Richard...