AVANT-PROPOS
Richard de Middleton est trop peu connu, et malgré les efforts louables du R. P. de Martigné, son nom est presque ignoré de nos jours. Il est assurément classé honorablement par les érudits dans leurs histoires de la théologie ou de la philosophie, mais il ne dépasse guère ce cercle restreint.
Venu après saint Bonaventure et saint Thomas, précédant de fort peu Duns Scot, son astre a pâli dans le rayonnement de ces génies superbes. Il n’a pas l’onction du premier, ni son élévation mystique; il ne possède pas davantage la puissance de synthèse, ni la magistrale concision du second; mais il est plus ouvert à la vie, plus curieux des sciences expérimentales. Il v’éblouit pas non plus par l’audacieuse critique et la subtilité vertigineuse du troisième; mais il est plus solide et mérite plus de confiance.
Contemporain d’Olivi, de Roger Bacon, de Henri de Gand, de Godefroid de Fontaines, de Gilles de Rome, il a subi le sort commun des humbles, qui fuient le bruit comme la réclame voyante ; des esprits pondérés, qui préfèrent le solide au brillant et la sécurité de la doctrine traditionnelle aux fulgurantes hardiesses des génies plus aventureux. Il paie, par son obscurité, la rançon de ses nobles qualités de juste milieu.
Richard, cependant, est une figure bien attachante. Ses dons intellectuels, comme son caractère moral, tel du moins qu’on