ACTE I, SCÈNE XI
Bon ! pose là celte colle de mailles.
SCROOP, s'approchant.
Votre Grâce ne veut-elle pas l'essayer ?
Ah ! le beau travail ! et l'épée ?
SCROOP
Nicolas Alvin met la dernière main aux ciselures... mon gracieux souverain l'aura tantôt,
Quel est l'ouvrier qui a fait ce travail ?
SCROOP
C'est moi.
Tu es habile dans ton art!... {Le regardant.) Tu as l'encolure d'un homme de guerre. {En examinant la cotte de mailles.) Cette cotte de mailles est-elle solide au moins? on dirait une pelure d'oignon.
SCROOP
C'est ce qui en fait le mérite. Votre altesse s'y connaît d'ailleurs. C'est léger comme de la toile de Rennes, mais à l'épreuve de la meilleure lame d'Espagne.
Ah!
SCROOP
Oui, Votre Grâce; et même une hache d'armes n'y mordrait pas !
RICHARD, faisant semblant d'examiner.
Tissu serré...
SCROOP
Fin, souple, a pouvoir être porté par un géant comme par un nain.
(11 fait signe à deux liommes qui s'approcbent. A Scroop.)
Revêts celle coite de mailles ! (Les deux hommes lui aident à l'endosser.) Décidément, lu as l'apparence d'un homme de guerre.
SCROOP
Mon gracieux souverain veut rire.
Comment te nommes-lu ?
SCROOP
Scroop.
Eh bien ! Scroop, voici un poignard que Ion patron m'a fourni... Je gage mon duché d'York contre un noble, que ta cotte de mailles n'y résiste pas... Qu'en dis-tu ?
SCROOP
Votre allesse perdrait !
Ainsi, dans ce moment, toi, Scroop, tu le crois à l'abri d'une bonne épée, d'un bon poignard ?
SCROOP
Oui, voire allesse.
A l'abri de la force et de la mort ?
SCROOP
Oui, à l'abri de la mort!...
RICHARD, le frappant de son poignard.
Eh bien ! si lu n'as pas dit vrai... meurs.
SCROOP, froidement.
Vous avez perdu, milord !