‹ Richard IIIChapitre 170 sur 259 · ACTE II, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE VI

ELISABETH

Il m'a lue mes frères 1

LA REINE, prenant Elisabeth dans ses bras.

Ma pauvre iilie î

ELISABETH

Voire pauvre fille, en effet, si je pouvais consenlir a cet hymen monstrueux. {Arrachant la fleur que lui a donnée Richard, et la jetant loin d'elle.) Ah ! celle fleur ! — El que lui avez-vous répondu ?

LA REINE

Je l'ai laissé la libre disposition de ta main.

ELISABETH

Tant mieux ! j'aurai la joie de lui répondre.

LA REINE

Tu me fais frémir!... Ah! ne le heurte pas trop durement... Fais-toi douce en le repoussant... émousse ton indignation, dissimule ton mépris, cache l'horreur qu'il l'inspire.. — C'est possible !... — Enfin, j'ai plus souffert de sa cruauté que personne et j'ai eu le courage de lui sourire, moi! Je l'aurais encore... Ah! c'est que je t'aime, et que je l'ai fait pour toi ! — Voyons î... c'est ma vie que tu ménages en ménageant la tienne. Mourir n'est rien, c'est de vivre seule qui est affreux ! {Pressant sa tête entre ses mains.) Ah ! tu ne sais pas tout ce qu'il y a de joie et d'amour dans cette belle lête blonde que je tiens !... Oh ! ma noble Betty, oh ! ma loyale fille, sois hypocrite et fourbe par pitié pour moi !

ELISABETH

Je me contiendrai... je vous le promets.

LA REINE, l'embrassant.

Oh! merci! — Le voici! {Serrant la main d'Elisabeth.) Va, je suis tranquille!... Ah!... n'aie pas cet air hautain. Compose

Ion visage ; qu'il ne devine pas Ion âme en eniranl. — Sourismoi... souris-moi!... [Elle s'efforce de sourire^ mais ses larmes éclatent malgré elle.) Oh ! mon Dieu !

(Elle essuie vivement ses larmes en apercevant Riclianlj

rSCÈNE IX.

LES MÊMES, RICHARD

RICHARD, montrant la tleur qui (;st par terre.

Décidément, vous en vouliez à celle pauvre fleur, ma nièce! — Votre mère vous a parlé ?

LA REINE, à part.

Elle se lail!

Vous a-t-elie parlé, milady ?

ELISABETH

Non, milord !

RICHARD, regardant la reine.

Non?

LA REINE

Voire altesse., .

RICHARD, se remettant.

Je ne vous en veux pas. Les femmes ont cette finesse de sentiment qui devine ce qu'on leur cache; celle délicatesse d'instinct qui va au-devant de nos vœux. [Â Elisabeth, galamment.) Votre mère a compris que c'était un bonheur que de pouvoir mettre soi-même à vos pieds l'hommage d'un cœur dévoué. Je le fais. Aussi bien, je me plaignais de vous, Betty ; on ne vous voit plus à Baynard. En vérité, c'est aller contre les desseins de Dieu, avec votre beauté et vos dix huit ans , que de rester ensevelie dans celte maussade retraite. West-

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