ACTE II, SCÈNE XII. hl
LA REINE, sexloniinaïu.
Moi?... on ne pousse pas plus loin l'aveuglement. [A part.) Sa joie nous trahirait.
ELISABETH
Ah ! mon Dieu ! . . . — Est-ce bien vous que j'entends, madame ? Vous pouvez me parler avec cette sécheresse el cet air glacé?
LA REINE, à part.
Ah ! si je pouvais l'embrasser !
ELISABETH
J'ai doncrêvé jusqu'ici! — J'ai gardé trois semaines le lit; el durant ce temps, une femme n'a pas bougé de mon chevet, pâle et désespérée, plus pâle de ma douleur et plus désespérée de ma mort que moi-même... j'avais cru vous reconnaître, c'était un rêve !...
LA REINE, à part.
Mon Dieu!
ELISABETH, continuant.
Une autre fois, je courais dans le jardin, j'avais douze ans: un caillou me roula sous les pieds, et me fil tomber contre un arbre. Je me relevai avec une gouttelette de sang au front... Alors j'aperçus une femme qui accourait a mon secours... el, à l'aspect de mon sang, cette femme chancela et s'affaissa sur le sol avec un cri d'angoisse... J'avais cru vous reconnaître, c'était un rêve!
LA REINE, à part.
J'étouffe!
ELISABETH
Un rêve aussi, que vos baisers! un rêve aussi, que vos joies et vos soins! — Allons, c'est bien, je suis la fille d'un brasseur! 0 ma mère, où es-tu ? {Avec déchirement.) OIi ! je le maudis de ra'avoir déshéritée de ton amour!
(Elle se laisse tomber dans un fauteuil.)
• .LA REINE, avec douleur.
Mon Dieu ! mon Dieu ! mon Dieu !
SCROOP, à part.
Dieu n'est pas le complice de Richard ! {A Elisabeth.) Sir John Slanghler !
ELISABETH
Jamais! jamais I
(Elle se sauve.)
SCROOP, à la reine.
Madame, daignez vous éloigner un moment! {Mouvement d'hésitation de la reine). Ayez confiance en moi, madame... je vous en supplie.
(La reine s'éloigne en le regardant avec étonnement. — Sir John Slanghter entre.)