ACTE IV, SCÈiNE iri. lOT
manière de douter de hi justice de Dieu. Ta tendresse est une magicienne qui peuple la vie de pressentiments et de fantômes sinistres.
LA REINE
J'entends encore la voix de ce vieillard qui nous a abordée&^ur le chemin; il était pâle et frémissant, et tenait sa main droite étendue vers le ciel: « Voyez-vous cette étoile qui est la-liaufy princesse ?. . . voyez-vous ce point noir qui est la-bas, madame ?. . . Ce point noir est un orage qui éclatera en coups de foudre et en sillons de feu, et rétoile disparaîtra peut-être dans ses ruines... Ce point noir, c'est Richard; cette étoile, c'est Elisabeth, la fille et l'héritière d'Edouard IV. Nous sommes au troisième vendredi du mois, prenez garde !
ELISABETH
Ma mère !
LA REINE
Je crois aux jours néfastes, moi ! — J'écrirai h Hawkins... je changerai l'heure du rendez-vous... minuit et demi au lieu de minuit... c'est-a-dire demain au lieu d'aujourd'hui... Je sui.% folle , je le veux bien ; mais je mettrai un intervalle entre aujourd'hui et demain, afin que Dieu y puisse placer ton bonheur, s'il le veut ! {On entend les cris de vive Richard ) — Ah l Richard ! il est avec Scroop. Il ne le quille plus ! — Ne dirailon pas un tigre qui joue avec sa proie?... Il' sourit! il m'a souri ainsi au moment où il faisait étouffer mes deux fils l Mais qu'altends-tu? lu ne m'écoutes pas?...
ELISABETH
C'est vrai, ma pensée est ailleurs, ma mère... car en pressant ce parchemin qu'il a touché, je crois sentir sa main dans I.v mienne !
(Elle montre une lettre.)
LA REINE
De qui veux- tu parler?
ELISABETH^ baissant la voix.
De Ricliemond, ma mère, de Richemond !
LA REINE
Richemond! Malheureuse, lais-toi! — Qui l'a remis celte lettre?
ELISABETH
L'agent de Scrcop, tout a l'heure, à l'entrée du camp ! Elle est adressée à toi.
LA REINE
Donne, donne!
(Elle ouvre la lettre, qu'elle replie aussitôt.)
ELISABETH
Tu ne lis pas ?
LA REINE, lui donnant la lettre.
Tu me diras s'il a pensé à moi. — Ne rougis pas : le bonheur est assez rare pour qu'on ne baisse pas les yeux quand il passe. Tiens, je te ménage un tête-a-tête.
(Elle va à gauche et écrit.) ÉLISABETPI, lisant.
a L'amour a son héroïsme comme le cœur son inspiration; et
« c'est avec une poignée d'hommes que je vais tenter de recon-
« quérir votre royaume. 0 ma douce fiancée ! je songe moins
« au trône oii je monterai en maître, qu'à vos pieds où je
« m'bumilierai en esclave. Ce matin j'ai prié dans une petite
« église perdue dans les landes. J'étais a l'autel de la Vierge,
(f Je demandais si ardemment a Dieu de vous revoir que la
« madone s'est un moment transfigurée; et c'était vous, vos
« yeux, votre sourire et vos airs de tête charmants. Mon cœur
a qui bat rarement palpite depuis celle heure, l'air me semble
« moins lourd , ce soleil étranger me sourit presque ! J'ai vu
o passer un cou];Je : ils avaient votre âge et le mien! Ils s'en
« allaient le long de la mer retentissante, seuls et respirant la