A MON PÈRE
Je n'ai pas voulu traduire Shakspeave : traduire c'est diminuer. J'ai pensé qu'en me tenant debout à ses pieds, j'allais mieux faire éclater sa grandeur. Aussi bien, toutes les grandes forces de la nature m'attirent. Je n'ai jamais pu voir la mer sans me jeter tête baissée dans ses flots. Je m'y jette avec la conscience et l'adoration de sa puissance ; je m'y jette, non pas pour lutter contre elle, mais pour essayer mes forces, et j'en sors les membres plus souples, la tête plus libre, mais avec la réalité de ma faiblesse.
Je ne crois pas avoir fait une oeuvre infime en écrivant cette pièce. Accueillez-la, mon père 5 accueillez-la comme vôti'e, car si jamais je compte parmi les hommes de mon temps, c'est que j'aurai porté dans mon art la rectitude et la hauteur d'esprit qui vous caractérisent.