ACTE IV, SCÈNE IV
ELISABETH
Tu ne lis pas ?
LA REINE, lui remettant la lettre.
Tu me diras s'il a pensé a moi. Ne rougis pas : le bonheur est assez rare pour qu'on ne baisse pas les yeux quand il passe. Tiens, je te ménage un têle-a-têle.
(Elle va à la table et écrit.) ELISABETH, lisant.
« L'amour a son héroïsme comme le cœur son inspiration; et « c'est avec une poignée d'hommes que je vais tenter de recon- (c quérir votre royaume. 0 ma douce fiancée ! je songe moins « au trône oii je monterai en maître, qu'à vos pieds où je « m'humilierai en esclave. Ce matin j'ai prié dans une petite « église perdue dans les landes. J'étais à l'autel de la Vierge. <f Je demandais si ardemment à Dieu de vous revoir que la « madone s'est un moment transfigurée ; et c'était vous, vos « yeux, votre sourire et vos airs de tête charmants. Mon cœur a qui bat rarement palpite depuis cette heure , l'air me semble ce moins lourd , ce soleil étranger me sourit presque 1 J'ai vu a passer un couple : ils avaient votre âge et le mien; ils s'en c( allaient le long de la mer retentissante, seuls et respirant la « brise moins parfumée que leur haleine, où tremble l'amour, « et souriant aux étoiles, moins claires que leurs yeux, où « brille le bonheur! Priez pour eux. Mon vaisseau est prêt, « le vent s'élève, je vous rejoins ! « {Embrassant la lettre.) Oh ! j'irai à toi , Richemond , j'irai à toi !
(La reine se lève après avoir scellé sa lettre.)
LA REINE
Voici ma lettre a Hawkins... William ira la lui porter. — (A Vun des archers.) Fais signe a ce jeune homme qu'on le demande.
(L'archer fait uu signe, William accourt.)