ACTE IV, SCÈNE V. Ta
SCROOP
Voici, miîord : Le lion éparpilla d'un coup de griffe les feuilles qui recouvraient le corps; el après l'avoir tourné et reloarné entre ses pattes velues, il s'en alla avec sa faim, n'osant loucher à ce cadavre où la mort avait mis sa majesté.
Tuer un homme qui ne se soucie pas de vivre, c'est comme si l'on donnait un coup de couteau à un mort, conviens-en?
SCROOP
Au fait, que serait la mort sans la douleur? un sommeil!
Eh bien î -voilà pourquoi le lion dédaigne le cadavre qu'il rencontre; YOilà pourquoi il le tourne et le retourne avec ce soin farouche, car il cherche la fibre cachée où la vie s'est peut-être réfugiée, afin de la sentir palpiter et se tordre comme un témoignage de sa puissance. — Je suis de la race des lions, prends garde !
SCROOP
Le beau temps, milord !
RICHARD, à part.
Il n'a pas frémi. [Lui passant la main autour du cou.) La jolie tête à faire tomber si tu m'étais moins dévoué.
SCROOP
Vous me chatouillez, milord !
La peur n'a pas de prise sur lui. {Haut.) T'a-t-on prédit comment tu mourrais?
SCROOP
Non, milord.
On m'a prédit que je mourrais dans une bataille?
SCROOP
Ah ! c'est une belle mort !
C'est juste, mieux vaut l'épée que le gibet.
SCROOP
Je suis sans préjugé , milord ; on peut glorifier même le gibet.
RICHARD, à part.
La mort est impuissante aussi 1 (Haut.) Ah ! tu mourrais sans regret ?
SCROOP
Qui sait ?
80 RiCHAHD IIL
Qui sait ?... moi, vrai Dieu ! On meurt avec regret quand on a ta jeunesse et ta santé. Si isolés que nous soyons, nous tenons tous à quelque chose. Nous avons une mère... une sœur; nous avons celle que nous aimons... (A part.) Rien; rien! {Haut.) Toi mort, que de déchirements peut-être ? Vois-tu ta pauvre mère traînant sa vieillesse sur ton tombeau ; ta jeune sœur séduite et sans un bras pour la venger ; ta pâle fiancée le désespoir dans l'âme?... Oh ! les pauvres fleurs sans soleil !,.. Tu es aimé, n'est-ce pas ?
De vous, milord.
De moi ? tu as raison. [A part.) Doublement dangereux s'il ne tient à rien. {Appelant.) Dighlon !