PRÉFACE
Le développement si considérable que les études tbéologiques ont pris en Allemagne depuis bientôt un siècle fait trop souvent oublier que l'état actuel de stagnation de ces mêmes études en France n'y a pas toujours régné ; et, chose curieuse, c'est en France surtout qu'on l'oublie. Si, comme il le semble, nous commençons à nous réveiller à une vie scientifique plus active; si, tout en puisant largement à la richesse germanique, la théologie évangélique réussit à prendre en France une marche indépendante et originale, il sera légitime de vouloir se rendre compte, plus que ce n'a été le cas jusqu'ici , de ce qui a déjà été fait en pays français. Le réveil général de l'intérêt pour l'histoire du protestantisme en P'rance est un commencement; mais à côté de cela, il y a bien des hommes à considérer encore, et pas uniquement chez les protestants. Spécialement dans le champ des études bibliques , on se souviendra que la France a fourni des travaux remarquables et qui ont ouvert la voie plus d'une fois. L'histoire des traductions françaises de la bible, pour laquelle M. Reuss a déjà fourni de si beaux travaux , sortira de l'état de demi-obscurité où elle est encore. Sans parier de Calvin, de Théodore de Bèze, on se rappellera qu'il y a eu en France, pour l'Ancien Testament, des exégètes de premier mérite, tels que Vatable, Mercier, Bochart, si peu connus cependant; que les travaux d'un Jean Morin, et surtout d'un Cappel et d'un Richard Simon ont donné aux études critiques une base vraiment solide.
Si la critique biblique a pris actuellement une immense et légitime importance, il nous semble nécessaire, pour bien comprendre les résultats de la science dans ce champ si vaste, d'en connaître le développement et l'histoire. C'est un chapitre de cette histoire que nous étudions aujourd'hui. Il est convenu de donner à Richard Simon le nom de Père de la critique, mais on en reste là, et en dehors de l'Allemagne, on n'en sait guère plus long, et l'on ne se fait qu'une idée
très vague de l'influence qu'il a pu exercer et de la portée exacte de ses travaux.
Ce sont ces considérations qui nous ont conduit à nous occuper de Richard Simon. Nous aurions voulu présenter une étude complète sur cet homme remarquable ^ donner en détail sa biographie pour laquelle nous possédons déjà bien des matériaux, exposer le contenu de ses ouvrages si nombreux, retracer les polémiques qu'il soutint toute sa vie et montrer ainsi toute la place qu'il occupe dans le mouvement théologique du XYII^ siècle. Mais le sujet est vaste et long à étudier; l'activité littéraire de Richard Simon a touché à tant de sujets divers et soulevé tant de controverses que le temps limité que nous pouvions consacrer à une thèse et la nécessité de n'en pas faire un volume nous ont obligé à nous restreindre pour le moment et à ne présenter aujourd'hui qu'une étude sur celui de ses ouvrages qui sans doute a eu le plus de retentissement et qui nous paraît un de ceux qui ont encore actuellement le plus de valeur; nous voulons parler de son Histoire critique du Vieux Testament. Encore avons-nous le regret de ne pas pouvoir entrer avec autant de détails que nous l'aurions voulu dans l'exposé des polémiques et des réfutations très nombreuses que cec ouvrage souleva , ce qui nous mènerait trop loin.
L^Histoire critique du Vieux Testament , son contenu et sa valeur, tel sera donc le sujet de cette dissertation; mais, pour présenter cet ouvrage sous sou véritable jour, nous avons pensé qu'il était nécessaire de retracer brièvement soit l'époque et le milieu dans lequel il parut, soit l'état dans lequel se trouvait alors la critique biblique.
Pour le reste, nous renvoyons aux travaux suivants , (pii nous ont été utiles et qui donneront sur R. Simon des détails dans lesquels nous n'avons pu entrer :
1. Biographie. On trouvera des renseignements plus ou moins détaillés sur sa vie dans les ouvrages suivants, outre les grands dictionnaires historiques et biographiques :
1. Richard Simon. Notice personnelle auloijraphe ; publiée par E. Jourdain. Dieppe, 1863, i pug. in-8. — C'est un questionnaire que le W de Sainte Marllie, au commencement de son généralat (en 1678j, fil remettre à tous les niembres de sa congrégation pour (ju'ils eussent à y répondre, afin que leur général les connût tous. Celui de R. Simon s'est retrouvé et appartient aujourd'hui à Dieppe, sa ville natale; on a ainsi de sa main des renseignements concis, il est vrai, mais très précis sur le conunencement de sa carrière jusqu'au i3 janvier 1673.
2. Un article nécrologique anonyme d'un compatriote et ami de R. Simon, Zéphirin Sanson chantre et chanoine de la collégiale de Charles-Mesnil, près de Dieppe, intitulé : Mémoires pour servir à l'histoire de la vie et des ouvrages de feu M.Simon, et imprimé dans le Journal litéraire^ tom. IH, janv. et févr. 1714. La Haye, pag. 225 à 230, et reproduit par le Journal des Sçavans , juin 1714 ( édit. d'Amsterd,), pag. 613 à 621. — L'article est peu complet et peu développé, mais il est en général exact.
3. Mémoires pour servir à Vhist. des hommes illustres dans la Hép. des lettres, (par le P. Nicéron). Paris, 1727 suiv., tome I, pag. 237 à 251, avec des additions dans le tom. X, pag. 21 à 23, et tom. X, 2e partie, pag. 58 à 75. — Compilation utile, mais pas toujours très exacte.
4. Eloge historique de Rick. Simon, par son neveu Brtizen La Martinière, dans le tom. I de la nouv. édit. des Lettres choisies de M. Simon , publiée par ce dernier à Amsterd., 1730, in-8, pag. 3 à 100.— Article très détaillé et précieux par ses renseignements; mais, composé uniquement d'après les ouvrages de Simon, principalement ses lettres, il est fort partial.
5. Un article biographique d'un auteur anonyme, mais en tout cas contemporain de Simon et en rapport avec lui , publié avec des adjonctions de M. l'abbé Cochet, dans sa Galerie Dieppoise. Dieppe, 1862, in-8, pag. 327 à 379. — Ce travail fournit aussi d'abondants renseignements; il est à regretter qu'il soit défiguré par de nombreuses fautes d'impression.
6. La Nouvelle Bibliothèque des auteurs eeclésiastiqufs , par Ellics Du Pin , consacre à R. Simon un long article qui entre plus que les précédents dans le détail de ses travaux; édition d'Amsterdam, 1715, 10 vol. in-4, tom. XIX , pag. 75 à 93.
7. Une notice manuscrite assez développée se trouve dans le tom. V de la Bihliothèqve des écrivains de l'Oratoire , par le P. Adry. 6 vol. in-4. (Bibliothèque Impériale, Manuscrits français, N"» 25681 à 6.)
II. Bibliographie. La liste à peu près complète des ouvrages publiés par R. Simon se trouve :
8. France littéraire, par Quérard , tom. IX, pag. 157 à 160 ; puis plus abrégée et moins correcte dans :
9. Manuel du Bibliographe Normand^ par Ed. Frère. Rouen, 1858 à 1860, tom. Il, pag. 528 à 530.
10. Tout récemment le R. P. Ch. Trochon, de l'Oratoire, a publié, à la suite d'une courte notice sur Simon, une liste de ses ouvrages qui laisse peu de chose à désirer, dans V Avenir catholique, numéro du 24 juin 1869.
11. Enfin, on trouvera aussi des détails circonstanciés et en général exacts sur les principaux ouvrages de Simon dans J.-C. Wolfii Bibliotheca Ilebrœa, Hamburg, 1715 à 1733, 4 vol. in-4, passim ; — J.-G. Waichii Bibliotheca theologica
selecta, lena, 1757 à 1765, 4 vol. in-8, passini;— Handbuch fiir die Literatur der bihlischen Kritik und Exégèse von E. F. K. liosenmiiller , Gotting., 1797 à 1800, 4 vol. in-8, passim; — Dictionnaire des ouvrages anonymes, de Barbier, 2e édit. , Paris, 1822 à 1827-, 4 vol. in-8, passim.
12. Enfin, une des sources bibliographiques les plus importantes dont on puisse faire usage, ce sont les journaux littéraires de l'époque, principalement le Journal des Sçavans ^ de Paris, les Nouvelles de la République des Lellrcs, d'Amsterdam, et les Acta Eruditorum, de Leipsig.
III. Caractéristiques. On trouvera des appréciations développées sur la carrière et la portée scientifique de Simon dans les ouvrages suivants :
13. Deux articles anonymes de Jean Reinaud, dans le Magasin pittoresque, mai et juin. 1845, tom. XIII, pag. 154 suiv. et 222 suiv. — Conf. encore, ibid., août 1845, pag. 256. — Ces deux articles sont réimprimés dans les Lectures variées de Jean Reinaud, Paris, 1866, in-8, pag. 168 à 181.
14. L'article Simon dans la Real-Encgklopœdie fiir protest. Théologie herausg. von Herzog, tom. XIV, pag. 399 à 408 , dû à la plume autorisée de M. le prof. Reuss.
15. Un article de M. Ern. Renan, dans la Rev. des Deux-Mondes, l^^nov. 1865, reproduit comme préface du premier volume de Vllistoire critique des livres de VAnc. Test., par A. Kuenen, trad. par Pierson. Paris, 1866, in-8.
16. Un article de M. Gu?t. Masson , dans le Journal of Sacred Literature and Biblical Record, july 1866, pag. 249 à 274. Conf. une rectification du P. Trochon, ibld., july 1867, pag. 297. Cet article a été tiré à part sous le titre : The French Oratorians. I. Richard Simon. London, in-8 de 288 pages.
17. Un article du Rév. Père Ch. Trochon, dans la Revue de Normandie , mai 1868, tiré à part sous le titre : Richard Simon et la critique biblique, Rouen, 1868, iii-8 de 28 pages.
18. Enfin, le travail le plus complet, à notre connaissance, et le plus exact sur R. Simon, sa vie, ses ouvrages et sa valeur, est celui de M. K.-H. Graf, actuellement professeur à Meissen, publié en allemand dans les Beltràge z-u den theologischen Wissenschaften von den Mitgliedern der theologischen Gesellschaft zu Strasburg. Erstes Heft. lena, 1847, in-8, pag. 158 h 242.