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LE LIVRE DE L'AVENIR
QA dM. GEORGES qM OREA U
'Directeur de la « Revue Encyclopédique
Cher Monsieur ,
qAprès la . musique de V avenir , sur laquelle tout a êtê dit, voici, si j'ose m 'exprimer ainsi, le livre de l'avenir , à V usage de notre société fin de siècle où, le temps faisant défaut.
Von regarde plus qu'on ne lit, — le livre que vous avez pressenti, et qui, sous vos auspices, va continuer la série de mes biographies documentées par V image.
oA livre nouveau, personnage nouveau. Donc, laissant de côté politique et politiciens, g i" and- chancelier et Triple-oAlliance , j'aborde le domaine artistique , en prenant pour première figure de ma galerie, un homme très discuté, très combattu, qui, malgré protestations et contra-
dictions, tient une place considérable dans révolution musicale moderne.
Si tout le monde connaît Wagner, personne n'a conservé le souvenir des attaques graphiques que le «.prèconisateur » du drame en musique eut à soutenir ; 'personne n'a gardé la mémoire des monceaux de caricatures qui, en France et à V étranger, furent lancées contre le célèbre compositeur .
Que dis-je? On ignore, très certainement, que VoAllemand Wagner a été, pendant des années, ridiculisé en (^Allemagne par des crayons allemands; que c'est de Vienne et de oMunich que sortirent les pamphlets les plus violents à son adresse.
H^onc ces estampes seront une révélation, comme précédemment le furent celles que je donnais sur Bismarck et sur Crispi.
Et comment pourrait-il en être autrement alors que personne en France ne s'intéresse aux manifestations graphiques , alors que personne ne songe à suivre V histoire par V image ? Tout le monde n'est-il pas aux conférenciers et aux normaliens, aux gens qui jonglent avec cRacine et Molière, aux classiques qui rêvent Grand cRspi et Grand Siècle ; aux petits fumistes fin de siècle, jeunes Schopenhauer en herbe, ayant la spécialité des choses très profondes et non moins vides de sens.
Que ferait V image en un tel milieu, ï image si grouillante, si populaire, si influente, si intimement mêlée à la vie publique et intime de nos voisins, V image se complaisant chez nous aux obscénités maladives, réduite au
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public des coiffeurs et des cafés, forçant les talents réellement individuels à briser leurs crayons méconnus.
Et si je publie, aujourd'hui seulement, cette sorte de mémorial wagnèrien, c'est parce que, la mise au répertoire de l'Opéra du Lohengrin, parait devoir fermer pour le wagnèrisme l'ère des luttes agressives et des combats incessants. 'Désormais, homme et musique ne se rencontreront plus qu'occasionnellement sous le crayon des dessinateurs .
J'ai dit « livre de l'avenir ». oA beaucoup, cette qualification paraîtra quelque peu prétentieuse, d'autant plus que je n' ai nullement l'intention de révolutionner la typographie, la physionomie extérieure des volumes, encore moins le désir déplacer les pages cul à tête ou de mettre titres et préface en queue. Et d'autre part, Harmonie et oMèlodie, les deux sœurs irréconciliables, n'auraient que faire ici.
Le « livre de l'avenir » que je conçois est, tout simplement, un recueil documentaire à V usage des gens que les longs récits rebutent. QÂu lieu d'un historique dont toutes les parties se tiennent et s'enchaînent, au lieu d'un ensemble, d'un thème unique, de courtes notices coupées en tranches pour la plus grande commodité du public.
Un livre illustré rompant entièrement avec la routine, un véritable recueil d'images historiques, classées et expliquées, de façon à former, par la suite, une encyclopédie graphique.
En un mot, le livre dont la raison d'être se trouve
résider dans V estampe, la part de V écrivain consistant à rechercher, à expliquer, à analyser, à annoter les illustrations, à faire le boniment pour la lanterne magique dont les verres multiples défilent ainsi sous les
yeux du public. Le livre aux documents iconographiques qui sera pour la littérature ce que l'interview est pour le journalisme, qui, seul, poiwra sauver la production intellectuelle du krach dont elle est menacée.
C'est bien là, n est-ce pas? le livre de l'avenir, le livre que vous avez entrevu avec votre perception si nette du rôle de l'image , avec votre esprit si ouvert aux productions dessinées, avec votre désir de développer l'éducation de l'œil encore si peu avancée dans nos pays.
Je ne terminerai pas sans remercier tous ceux qui ont bien voulu m' aider dans cette recherche ardue du document, tous ceux qui m'ont ouvert leurs collections, qui, avec le plus grand empressement , ont mis à ma disposition leurs richesses ivagnêriennes ; mon excellent confrère oArthur ^Pougin, M. Emerich Kas-
Wagner, inventeur de la grosse caisse à mitraille musicale, se livrant à son exercice favori.
(Croquis inédit de J. Blass.)
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tner, le savant musicologue, auteur du Richard Wagner Catalog, qM. C^Qicolaùs Œsterlein qui a fonde et ouvert à Vienne un «([Musée Wagner», oM. Joseph JLurschner, le directeur artistique de Uber Land und Meer à qui Von doit également un Richard Wagner Jahrbuch, oM. Grossi, V infatigable caricaturiste du Papagallo de Pologne.
De toutes parts, la moisson m'est venue abondante et précieuse.
La fantaisie, elle aussi, n'a pas été oubliée. 'Blass, Tiret-^Bognet, oMoloch, mes fidèles collaborateurs, qui ont déjà contribué au succès de mes œuvres précédentes, se retrouvent ici, avec leur esprit habituel, habillant Wagner en philosophes et en humoristes, dessinant des compositions pittoresques qui, demain, à leur tour, seront du document.
Sous leurs crayons se déroulent a" amusants épisodes, on pourrait presque dire la vie et les aventures d'un jeune homme trouvé dans Vœuf de la musique ; ici, jonglant avec des portées ou enfourchant le bidet de la doublecroche, cavalerie à V usage des harmonistes , là exécutant des grâces devant Sa eAIajestê Si bémol, ailleurs entrant triomphalement à V Opêra-Garnier avec sa batterie de cuivres, porté sur les épaules des sergents de ville mélomanes — nouvelle brigade lozè-hengrienne — ou encore, assistant, impassible, au second bombardement de Taris par le wagnéro-prussiate de V avenir.
Et maintenant, mon cher ([Monsieur oMoreau, les solistes étant à leurs pièces respectives, faites marcher la musique.
Que les timbales et les grosses caisses de la renommée battent la réclame sur le dos de celui qui, quoi quon dise, nous a souventes fois, percé le tympan!
Que les mitrailleuses, chargées jusqu'à la gueule de leitmotiv, vomissant croches et double-croches, soient légères aux pauvres mortels !
En avant et gare dessous!
Le bombardement de cBayreulh va commencer.