‹ Richard Wagner en caricaturesChapitre 36 sur 89 · LOHENGRIN A SAINT-PÉTERSBOURG · texte numérisé non relu

LOHENGRIN A SAINT-PÉTERSBOURG

Après l'échec de Paris les triomphes de Vienne et de Saint- Pétersbourg.

A Vienne, Wagner fut l'objet, en plein théâtre, d' une ovation sans exemple qui le vengeait bien au delà des insultes des beaux messieurs de Paris. Quand il entra dans la salle, à une représentation de Lohengrin, les spectateurs se levèrent et, pendant dix longues minutes, acclamèrent le maestro.

En Russie, on a déjà vu de quelle façon la princesse Hélène

avait reçu celui dont les jour-

p - — — . — . naux de Pétersbourg et de

- jTèf' Moscou faisaient les plus pom-

oui à la même question posée devant lui. En tout cas, Wagner tourne là-bas à l'homme heureux ; nous recevons des lettres curieuses toutes pleines du bruit de ses succès. Les récoltes d'argent ne lui manquent pas plus que les moissons de gloire.

« Si vous aimez les chiffres, son premier concert a rapporté 12,000 francs ; le second en a produit 10,000. Ces deux premières épreuves, placées sous le patronage de la Société Philharmo nique dans la Salle de la Noblesse, ayant très brillamment réussi

peux éloges. Voici, sur cette période peu connue de la vie du compositeur, sur ces succès déjà lointains, quelques précieux renseignements empruntés à Mané, le subtil chroniqueur, et tirés de son Paris amoureux.

« Wagner est-il un grand musicien? Paris a répondu hardiment non; le public de Saint-Pétersbourg est en train, en ce moment, de répondre

Lohengrin en roi de carreau traîné par une cocotte.

(lskra, 3 novembre 1808 )

à tous les points de vue, Wagner, à ses risques et périls cette fois, organisa un troisième concert dans la salle immense du Grand-Théâtre, et, malgré le prix élevé des places, il n'en resta pas une de vide.

« Heureux Wagner ! vont dire nos donneurs de concerts parisiens qui ont tant de peine à remplir, fût-ce à prix réduits, les petites salles de Pleyel, de Herz ou d'Erard.

« Heureux Wagner, soit ! Mais il a été assez longtemps malheureux pour que la fortune lui doive aujourd'hui une revanche complète de ses souffrances.

« A chaque concert, il paraît qu'il avait un peu moins adouci le breuvage aux dilettantes de Saint-Pétersbourg, et, ne leur voyant pas faire la grimace aux amertumes du Wagner qu'il leur versait de plus en plus pur, en diminuant la dose de sucre à chaque séance, il finit, à la dernière, par leur administrer, sans mélange, sans préparation, sans précaution, sans adoucissant, des fragments de ses Niebelungen, un opéra qui dure trois jours de suite, et qui, naguère, terrifia, à Vienne même, les partisans les plus dévoués de ce terrible Wagner.

« Eh bien ! Saint-Pétersbourg a résisté même aux Niebelungen.

« Saint-Pétersbourg a fait bonne contenance, ce qui fait singulièrement l'éloge de la solidité de son tempérament musical.

« Wagner plaît comme homme ; il plaît comme musicien ; il est question de le conjurer de se fixer à Saint-Pétersbourg. »

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