‹ Richard Wagner, poète et penseur (volume 2)Chapitre 103 sur 135 · RÉALISATION SCÉMQUE DES DRAMES DE WAGNER · texte numérisé non relu

RÉALISATION SCÉMQUE DES DRAMES DE WAGNER

ses représentations étaient des soirées privées que les spectateurs s'offraient à eux-mêmes, à leurs frais et pour leur plaisir ; le public était ainsi appelé à collaborer activement à l'œuvre des artistes. Telle était la conception première dont Wagner refusa tout d'abord obstinément de s'écarter. Au moment où en iSyS et 1874 la situation financière de l'œuvre de Bayreuth semblait désespérée, on lui offrait de Berlin des sommes considérables s'il voulait transporter son théâtre modèle dans cette ville et donner à son entreprise un caractère industriel ; de Baden-Baden, de Darmstadt, de Londres, de Chicago, lui venaient des propositions analogues. Il refusa toutes ces offres, préférant voir crouler son œuvre plutôt que de la laisser dénaturer par une concession de cette gravité. Le théâtre de Bayreuth, commencé avec les sommes souscrites par les « patrons » de l'œuvre, fut achevé grâce au concours financier de Louis II qui, au moment où Wagner allait annoncer publiquement que la partie était perdue et que les travaux allaient être interrompus, avança les fonds nécessaires pour mener l'entreprise à bonne fin ; il dut même intervenir une seconde fois encore, après les fêtes de 1876 qui s'étaient soldées par un déficit considérable afin de sauver l'œuvre d'une banqueroute imminente (1). A deux reprises, en 1874 et après i876, les « patrons » de Bayreuth s'étaient donc montrés impuissants à soutenir l'entreprise, si bien que Wagner avait dû convenir que le théâtre de Bayreuth « n'avait pas, en réalité, de patrons, mais seulement des spectateurs payant très cher leurs places ». — Un second

(1) Il est à renianiuer qu'eu lS7i et eu 1877, le roi Louis ue donna pas à Wagner l'argent nécessaire mais le lui prêta. Il récupéra peu à peu !es sommes avancées par lui en confisquant les tantièmes que Wagner aurait touchés à l'opéra royal de Munich. C'est donc en détitiilive Wagner qui se trouve avoir achevé à ses frais l'œuvre de Bayreuth, et sauvé plus tard l'entreprise de la bau(iuoroute(Y. Chamberlain. R. Wagner, p. 327).

CONSTRUCTION DU THEATRE DE BAYREU i H 38 1

comité de patronage fondé en 1877 ne montra pas beaucoup plus d'activité : il mit cinq ans à rassembler les fonds nécessaires pour jouer Pavsifal ; mais il ne trouva ni l'argent indispensable pour fonder l'école de chant et de déclamation que demandait Wagner pour former dos artistes capables de jouer ses œuvres dans le style voulu, ni même des ressources suffisantes pour assurer l'exécution à Bayreuth des œuvres anciennes du maître. C'est à ce moment seulement que Wagner, définitivement convaincu qu'il n'était pas possible de compter sur les « patrons » pour assurer la continuation de son œuvre, se décida enfin à faire appel non plus seulement à ses amis et partisans, mais à tout le public payant. En 1882, après les deux représentations de Parsifal offertes aux souscripteurs, il y eut quatorze représentations publiques et payantes dont le succès permit de constituer immédiatement le fonds nécessaire pour l'organisation d'une nouvelle série de représentations, Bayreuth était devenu, de ce fait, un théâtre payant comme tous les autres. Wagner avait compris qu'il fallait céder sur ce point sous peine de voir sombrer son entreprise si laborieusement menée à bonne fin ; mais elle ne prit, du moins, aucun caractère industriel, car il fut entendu que les bénéfices, s'il y en avait, seraient intégralement consacrés à grossir le fonds de réserve du théâtre. Si l'on entre aujourd'hui pour de l'argent au théâtre modèle, personne par contre, ne peut retirer un gain matériel de ses représentations, et en ce sens du moins, le principe essentiel posé par Wagner se trouve sauvegardé (1).

(1) De 1883 à 1889 la iituatiou finaiioicre de l'œuvre de Bayreuth resta BKtrùrnemeut précaire. De uouveuu déficits se produisirent qui furent cjuverts par des dons volontaires et par un troisième patronat dont les membres (30 en tout) s'engagèrent à verser chacun 1.000 mari<5 pendant 4 ans.

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