‹ Richard Wagner, poète et penseur (volume 2)Chapitre 4 sur 135 · ENFANCE ET JEUNESSE DE WAGNER · texte numérisé non relu

ENFANCE ET JEUNESSE DE WAGNER

Geyer étant mort, lui aussi, en 1821, la famille Wagner, privée pour la seconde fois de son chef, revint quelques années après, en 1827, se fixer dans sa ville natale, Leipzig, où le jeune Richard termina ses classes et fit des études universitaires d'ailleurs très sommaires. La vie extérieure de Wagner est, comme on le voit, assez pauvre en événements saillants ; elle se passe tout entière dans le même milieu, en Saxe, entre Leipzig et Dresde. Sans nous y arrêter plus longuement, arrivons immédiatement à l'histoire de sa vie intérieure.

Un fait frappe tout d'abord le critique qui cherche à comprendre comment et sous quelles influences a pris naissance le génie dramatique et musical de Wagner : il n'est rien moins qu'un enfant prodige ; bien plus, son génie ne s'annonce même pas, pendant ses années de jeunesse, par une de ces vocations spontanées et impérieuses qui décident sans résistance possible de la vie d'un artiste. Il forme à ce point de vue le contraste le plus complet qu'il soit possible d'imaginer avec un autre grand génie musical que la critique s'est de tout temps plu à lui opposer, avec Mozart qui, à trois ans, essayait de reproduire sur le clavecin les exercices joués par sa sœur aînée, et qui, plus tard, apprenait tout seul le violon ; qui, à six ans, partait en tournée de concerts avec son père et sa sœur, émerveillant les dilettantes de Munich et de Vienne par sa virtuosité sur le clavecin, et qui, à sept ans, composait à Paris deux sonates pour violon et clavecin qui font partie de la série de ses œuvres complètes. Rien de semblable chez Wagner. Ayant perdu son père à six mois, puis son père adoptif à huit ans, il n'eut pas, près de lui, une volonté d'homme pour le diriger à ses débuts dans la vie. Ses parents ne lui imposèrent aucune profession, ne le poussèrent pas systématiquement dans une direction donnée, mais

le laissèrent libre de se développer à sa guise, de choisir en toute indépendance une carrière conforme à ses goûts et appropriée à ses dispositions naturelles. Et ce choix n'était pas aisé, car, pendant ses années de jeunesse, Richard Wagner fut soumis à des influences très disparates : la peinture, la philologie classique, la littérature, l'art dramatique, la musique l'attirèrent à des titres divers. Doué d'aptitudes très variées, il attendit assez longtemps avant de s'arrêter à une résolution définitive et de concentrer tous ses efforts vers un but pratique bien déterminé. On put même craindre un instant, dans son entourage, qu'il ne devînt un simple dilettante. Pour une intelligence comme la sienne c'était là un danger sérieux. Un de ses oncles, Adolphe Wagner, qui Taimait beaucoup et vers lequel il se sentait porté par une sympathie naturelle, n'avait pas su éviter cet écueil. Doué d'une curiosité presque universelle, épris de musique, philologue, philosophe, littérateur érudit, poète à ses heures, il n'avait jamais su tirer parti de ces dons naturels si riches, ni produire aucune œuvre véritablement forte et qui donnât la mesure de son talent ; trop amoureux de son indépendance pour restreindre volontairement son horizon et le cercle de son actiA^té intellectuelle, il était resté, sa vie durant, un amateur très distingué, apprécié de tous ceux qui l'approchaient, mais sans action réelle sur ses contemporains. Cette destinée à demi ma'nquée pouvait être celle du jeune Richard, s'il n'avait su à temps se fixer à lui-même un but précis. IMais heureusement Richard Wagner n'était pas un pur intellectuel ; de bonne heure il se révèle comme une personnalité singulièrement puis- .^.ante, comme une volonté d'une toute autre trempe que le dilettante Adolphe Wagner; et s'il lui fallut quelque temps avant de se reconnaître dans la vie et de trouver sa voie,

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