‹ Richard Wagner, poète et penseurChapitre 19 sur 192 · PREMIÈRES EXPÉRIENCES · texte numérisé non relu

PREMIÈRES EXPÉRIENCES

ardeur révolutionnaire, dans son brûlant enthousiasme pour la vie chaude et colorée, pour la passion vibrante et sensuelle, Wagner allait presque jusqu'à renier ses anciens dieux, les grands maîtres de la musique allemande. Beethoven cessa d'être le modèle vers lequel il tendait; la IXe symphonie lui apparut comme le couronnement d'une période d'art close à l'heure présente, comme le chefd'œuvre inimitable d'un genre mort et incapable de refleurir & nouveau.

C'est dans ces dispositions qu'il composa, pendant Tété de i834, le libretto d'un nouvel opéra, la Défense d'aimer. Le sujet était emprunté au drame de Shakespeare, Mesure pour mesure ; mais Wagner avait fait de son original une adaptation très libre en introduisant dans sa pièce une apologie de la théorie favorite de la Jeune Allemagne, la réhabilitation de la chair. Il nous peint le conflit qui éclate entre le gouverneur de Palerme, un Allemand morose et puritain, et ses sujets siciliens à qui il prétend interdire la joyeuse licence du carnaval, les plaisirs faciles et l'amour que n'a pas sanctionné la loi. Bien entendu l'Allemand pudibond et hypocrite est confondu au dénouement et obligé de reconnaître que la pruderie germanique n'est pas de mise dans la joyeuse Italie, cette terre bénie du soleil, de la gaîté et de l'amour. Comme on le voit, le contraste est complet entre le mysticisme vaporeux des Fées et l'exubérante sensualité de la Défense d'aimer. Et l'on ne peut qu'admirer la souplesse de talent merveilleuse qui permettait à Wagner de composer, à quelques mois d'intervalle, deux œuvres aussi opposées de style, d'inspiration et do fafture.

En continuant dans celte voie, toutefois, Wagner ri quait de tomber dans la trivialité. La préoccupation ô ouccès immédiat, de l'action directe à exercer sur le p

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