‹ Richard Wagner, poète et penseurChapitre 30 sur 192 · WAGNER ET LB ROMANTISMB · texte numérisé non relu

WAGNER ET LB ROMANTISMB

ment profond de la nature ; seulement il s'exprime non pins par des mots, comme chez Tieck, mais par des sons. Les phénomènes extérieurs se traduisaient chez lui en mélodies; les contrées qu'il visitait tintaient en quelque sorte dans son imagination comme des morceaux de musique, à tel point qu'il avait la faculté d'évoquer, à l'aide du souvenir musical gravé dans sa mémoire, les impressions visuelles qui avaient donné naissance à ce souvenir. La description musicale de la nature entre, pour une bonne part, dans le charme du Freisckûtz, Tune des œuvres dramatiques les plus parfaites qu'ait produites le romantisme. Weber 7 a dit avec un charme infini la poésie de la forêt, joyeuse et souriante dans la claire lumière du jour, mélancolique et frissonnante au coucher du soleil, funèbre et menaçante dans les ténèbres de la nuit, quand les esprits mauvais y prennent leurs ébats. — Comme les romantiques et avec plus de puissance qu'aucun d'eux, Wagner sait associer la nature aux événements humains et rendre sensible à notre cœur cette âme obscure et élémentaire des choses. Nous avons déjà signalé plus haut (p. 24) son talent de peintre de fresques, sa faculté merveilleuse de voir dans une action dramatique une série de tableaux pittoresques ou grandioses dans lesquels la nature — une nature essentiellement « romantique » — forme la plupart du temps le cadre. Il est juste d'ajouter que ses vers et surtout sa musique sont un commentaire singulièrement émouvant de ces magnifiques tableaux. Grâce à cette association du spectacle extérieur avec la poésie et la musique, Wagner obtient des effets d'une rare puissance. Comme le freischutz, par exemple, est le poème *e la forêt, ainsi le Vaisseau-fantôme est le poème de 'Océan avec ses colères et ses tempêtes, et de même que Veber frappe l'imagination des spectateurs en leur mon-

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trant le décor fantastique de la Gorgc-aux-loups, de môme Wagner, usant d'un procédé analogue, fera paraître sur la scène son Vaisseau maudit, qui glisse silencieux, à lu lueur des éclairs, sur la mer en furie, avec ses voiles rouges, son mût noir, son équipage de spectres, et qui symbolise pour les yeux, sous une forme fantastique, cette terreur qui saisit l'âme du matelot en face du tumulte effrayant de l'Océan déchaîné. Dans Y Anneau du Nibelung* surtout, Wagner a des descriptions de la nature qui n'ont peut-être pas été égalées. C'est d'abord l'étonnant débul de Y Or du Rhin, qui nous initie aux mystères de la vie des eaux et nous fait voir les ébats des ondines qui se jouent autour des récifs dans les profondeurs du fleuve. C'est, dans la Walkùre^ la célèbre scène d'amour entre Siegmund et Sieglinde, où la brise voluptueuse dune tiède nuit printanière ouvre les portes de la cabane de Hunding, où la clarté de la lune inonde soudain la sombre demeure, tandis que des lèvres de Siegmund s'échappe un hymne passionné dans lequel il célèbre les saintes ivresses du printemps victorieux. C'est encore la description de la tempête où, dans les nuages échevelés, parmi les éclairs, le tonnerre et le sifflement strident de l'ouragan, volent les Walktires. C'est surtout, dans Siegfried, cette exquise scène du second acte où la forêt, pleine de vagues rumeurs et de gazouillements d'oiseaux, berce de son murmure, dans une douce rêverie, l'âme toute neuve du jeune Siegfried. Mais à quoi bon multiplier les exemples de ces descriptions; leur charme si pénétrant échappe à l'analyse et ne saurait en aucune façon se démontrer. Ceux que nous venons de citer suffisent amplement pour indiquer à ceux qui sentent ce charme que comme peintre des puissances élémentaires de la r~ ture, de cette vie des choses étrange et mystérieuse q nous percevons confusément autour de nous sans la coi

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