‹ Riche de curChapitre 11 sur 29 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

jours que je ne ressens plus aucun mal; j'ai bon appélit, je dors à merveille et vous semblez vous enlendre pour me persuader le contraire... Je vous déclare que je veux reprendre ma vie active et aller à mes affaires.

Emilie, inquiète. A [art. Ciel!.. (Haut.) Dans quelque temps, mon père

lenoir. Dès demain.

benoît. Cela n'a pas de bon sens !

lenoir. Tout île suile, si vous m'ennuyez!

Emilie. Mais le docteur, a dit...

lenoir. Les médecins sonteie- ânes!

BENoiR, à pari. Le moment est bon pour monsieur Dujardin. (Pendant ce qui suit il essuie des assiettes it se tient auprès de la salle à manger à droite.)

lenoiu, avec /tumeur. Vous ne pensez pas vous auires que j'ai des bateaux sur la Loire, que lorsque je mus tombé malade, j'avais pris à Nantes un chargement de sucre pour Orléans? Je veux voir par moi-même où cela en esi... (Il gagne un peu à gauche.)

benoît, bas à Emilie. Allez, Mam'zelle: il est à jeun, cela passera mieux. (Emilie le regarde avec crainte, et semble dire quelle n'ose pas; Benoit insiste du geste.)

Emilie, avec embarras. Songe que tu n'étais pas en état de m'écouter sans fatigue.

lenoiu. Mainlcnant, je me fatigue de voir que lu ne vas pas droit au faii.

Emilie, avec hésitation et beaucoup de crainte, en suivant sur les traits de son père l'effet de ce qu'elle dit. Eli bien ! mou bon père... d'abord il faut que tu saches que le train de bateaux... dont tu parles... élait déjà au-dessus du pont... de... Saumur.

lenoir. En amont, en auront. (Gaiement a Benoît qui est auprès de la table à manger et qui écoute avec attention en ayant l'air d'essuyer une assiette. Elle ne sait pas celle enfant... elle n'a jamais navigué... (Haut.) Le train était en amont... Après?..

Emilie. Lorsque... lorsqu'il a été... abordé.

lenoir, vivement. Abordé!., un abordage en plein jour! (Avec violence.) C'est Jean Marlin qui conduisait le train! Ah! le gueux ! il se sera grisé à Saumur ! il faut que je le tue ! il faut que je le massacre!.. (Il remonte.) Mes bottes!., mon manteau ! je pars à l'instant !..

Emilie, cherchant à le retenir. Mon père !..

benoît, retenant Lenoir (\). Voyons, Monsieur, voyons...

lenoir. Mais vous ne savez donc pas qu'à cet endroit-là surtout, si une amarre eût cassé, tout le train allait en dérive et se brisait sur les piles du pont !.. Un chargement de sucre?., j'étais ruiné!..

\ lieu. Leu. Km.

Tout ton avenir était sur ces bateaux, ma pauvre enfant... (Il embrasse Emilie avec émotion.) peutêtre même... n'aurais-je pu rembourser... j'aurais élé déshonoré... j'en serais... oh! oui! j'en serais mort!..

Emilie, avec anxiété. Benoit!.. (Benoit qui suivait de près tous les mouvements de Lenoir a approché une chaise sur laquelle il s'assied défaillant. Emilie est effiayée.) Papa... papa... reviens à loi.

lenoir, d'une voix éteinte. Continue, mon enfant, achève... qu'est-il arrivé?

Emilie, vivement, pour le tranquilliser. Itien, mon père!., rien!., une avarie sans importance.

lenoir, respirant. Ah!..

benoît, o part. Nous voilà bien avancés!

lenoir. L'idée d'un pareil malheur... pendant un momenl, je me suis cru perdu... Cela fait un rude effet, allez! quand cela arrive à l'âge où l'on ne refait plus sa fortune!., mille pensées cruelles, promptes comme l'éclair, m'ont traversé l'esprit. (Il se lève et dit très-ému.) Je pensais à toi, mon bien suprême! (Il embrasse Emilie avec effusion.)

Emilie. Cher père!

lenoir, à Benoit en lui tendant la main. A toi, mon vieux Benoît, le compagnon de loule ma vie... Ou'alliez-vous devenir?

benoît. Parlons d'autre chose... La cathédrale de Bourges...

lenoir, l'interrompant. C'est ma faute aussi... je n'aurais pas dû m'exposera un pareil danger... et je ne m'y exposerai plus. J'ai assez de bien ; je vais liquider toutes mes affaires, et nous nous retirerons... lous les trois... (// prend le bras d'Emilie et celui de Benoit.) dans un joli petit endroit... où je veux que vous soyez bien heureux, que vous n'ayez rien à désirer. (Benoit el Emilie retirent leurs bras.)

benoît. Nous disons que la cathédrale de Bourges, par suile de nombreuses démolitions,. . ayant été... (// s'arrête paralysé par le regard de Lenoir.)

lenoir. Eh bien ! quoi donc? Est-ce que ça ne vous va pas... (A Emilie.) que vous ne dites rien?

Emilie. Tu nous as tant attristés !..

lenoir, s'animant. C'est ce scélérat de Jean Marlin qui en est cause... il me le paiera! et dès que je le rencontrerai !..

Emilie, cherchant à le calmer. Papa !

lenoir. Eh bien! non ! je ne l'assassinerai pas, puisque cela le contrarie; mais je lui donnerai une frottée... cela se trouve bien... le docteur me prescrit de faire de l'exercice !

Emilie. Allons, est-ce raisonnable? lu retomberas malade avec toutes les émotions que lu te donnes. Le docteur a eu tant de peine à te sauver... car il t'a sauvé...

lenoir. Oui... je lui dois une belle chandelle... à toi aussi !

Emilie, Oh ! moi ! (Benoit remonte la scène.

lenoir, cherchant Benoit. Et à toi... (// l'aperçoit auprès du buffet.) Oh ! lu as beau le cacher, va! lu ne te feras pas oublier. (Mettant la main sur son cœur.) Vous avez là un compte ouvert, qui n'est pas près d'être soldé ! Nous réglerons

tout ça; quant au docteur Mais, je pense

à tine^chose M. Filandreux ne m'a pas répondu.

benoît. Votre notaire?

Emilie. Je ne me rappelle pas lui avoir écrit... Quelle réponse avait-il à te donner?..

lenoib, allant ouvrir le secrétaire (1). Un jour que tu reposais, je lui ai fait parvenir une note par Chalumeau; mais je vais lui écrire pour lui laver la tête.

benoît. La tête?

lenoir, allant à Benoit qui est au milieu du théâtre ; la table les sépare. On doit appeler ainsi l'extrémité supérieure d'un notaire ; si c'était une canne, je dirais la pomme ; c'est un notaire, je dis la tête. (Il retourne au secrétaire.)

Emilie, se plaçant entre Lenoir et le secrétaire (2). Du lout, Monsieur, je suis votre secrétaire, c'est moi qui tiens la plume. (Elle s'assied.)

lenoir. Soit, Mademoiselle; mais votre curiosité n'y gagnera rien. Je ne suis pas obligé de vous dire mes secrets? (Il avance le fauteuil-bergère à peu de distance de la table et un peu audessus à droite ; il s'y assied.)

Emilie, qui s'est préparée a écrire. J'y suis.

lenoib, dictant. « Monsieur , mon père vous prie... • (Parlant.) Ne mets pas Monsieur mon père... ça aurait l'air bête; tu mets Monsieur, virgule... lu mets mon père...

Emilie, souriarit. Oui, papa.

lenoib, dictant. Mon père vous prie do lui faire savoir, si, — tu as mis? — si l'acquisition dont il vous a chargé est terminée... »

kmilie, avec effroi. L'acquisition!

benoît, de même. Vous achetez quelque chose, Monsieur?..

lenoib, avec brusquerie , à Benoit. Je n'eu ai peut-êlro pas lo droit ? S'il faut que je te consulte, dis-le!... VI u!

BMIUB, à part. Il no nous manquait que cela!..

benoît , à part. J'ai envie de lui crier tout d'un coup : Vous n'avez plus le sou. (D'un ton décidé. Monsieur!..

lenoir, brusquement. Tais-toi! (Dictant.) • Il a bien l'honneur.» (Il cherche la suite.) Enfin, il a bien l'honneur!.. Toulce que lu voudras... la politesse « tout le diable et son tram, quoi!..

\ lieu. un. i-' u.

ï Uen. l.eii. I in.

Emilie, avec anxiété. Qu'est-ce donc que lu veux acheter?...

lf.noib. Ça ne te regarde pas... c'est une surprise. (Il se lève.)

benoît , à part. Nous voilà bien ! (Il s'approche d'Emilie et lui parle bas.)

lenoir , à lui-même en descendant la scène et gagnant à gauche (1). Ça veut tout savoir, ces diables de petites filles !... Mais je ne dirai rien... On ne l'apprendra que quand ce sera fiui. (Il se frotte les mains.)

Emilie, à Benoit. C'est impossible!...

benoît, o demi voix. Il le faut!... On ne peut laisser un homme se noyer sans lui lendre une perche ; il le sait bien, lui, qui m'a sauvé... allez! allez!

lenoir. Qu'est ce que vous avez donc à jaser tout bas? (Benoit s'éloigne lentement.)

Emilie, écrivant rapidement. Rien, papa... je finis ma lettre. La !... c'est fait maintenant. Il ne s'agit plus que de l'envoyer bien vile à son adresse.

lenoib. Voyons si lu as tourné ça à mon idée.

Emilie, qui va pour plier la lettre, en cherchant à la dérober à son père. Oh ! papa, tu peux t'en rapporter...

lenoir , prenant brusquement la lettre. Que de façons! (Il descend la scène.)

Emilie, à part en se levant avec anxiété. Ah!

lenoir, lisant. « Monsieur, mon père vous prie. — Ah! oui! Monsieur... virgule... mon père... très-bien... (Il continue.) «Mon père vous

• prie, de lui faire savoir si l'acquisition dont il « vous a chargées! terminée. » (Parlant.) C'est ça. (Util.) • Et dans le cas où rien ne serait conclu,

• il désire que vous regardiez comme nulles les <= instructions qu'il vousa données. » (Il regarde un instant Emilie sans dire un mot et s'écrie avec violence.) Qu'est-ce que cela signifie...?

Emilie, suppliante et faisant un pas vers lui. Papa!... no le fâche pas... je vais l'expliquer.

lenoir , vivement et très-animé. l'as d'explications! J'en sais assez! vous m'avez désobéi... .--orlcz , Mademoiselle! (Il déchire la lettre.)

benoît, au fond (2). Monsieur... celle chère enfant...

LSNQIB, avec violence. Silence, quand je parle I (Douloureusement .) Emilie ! pour la première fois de votre vie, vous m'avez... vous m'avez offensé!

Emilie. O mon père:

lenoir, plus contenu. Sorte/! (Kmilie f<nt i/uelques pas vers le fond, se retourne en suppliant. Lenoir lui fait un nOMMUtl signe impératif Elit BOrt par la parte du fond .i droite. Lenoir à lui-mime.) Il se passe ici quelque chose

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