BENOIT, DUJARDIN
(Benoit va au-devant du docteur et l'interroge du regard.)
dujardin. Monsieur Lenoir va bien, tout à fait bien; mais il est dans un tel accès de mauvaise humeur, que je crains qu'il ne se fasse mal.
benoît, vivement. II est en colère?
dujardin. Sans raison, sans motif.
benoît, joyeux. Quel bonheur!..
dujardin. Cela vous réjouit?
benoît. Ah! Monsieur!., lui qui me tarabuslail à tout propos... Figurez-vous que depuis deux mois il était devenu doux comme un mouton, ça me faisait une peine!.. Vous a-t-il jeté quelquo chose à la tête?
dujardin, vivement/Mais, du tout' par exemple!..
benoît. Ah! tant pis! il n'est pas dans son assiette alors. Mais c'est égal, il faut que vous ayez un fier talent pour l'avoir rapapilloté comme ça, c'est ce que me disait mademoiselle Emilie.
dujardin. Elle est trop bonne. (Il se dispose à sortir).
benoît, à part et descendant (2). Voilà le mari qu'il nous faudrait... Si je pouvais... (Haut.) Celte curc-Ià vous fera honneur, on ne voudra plus être traité que par vous... il ne vous manque qu'une femme. Un médecin ne peut rester garçon.
dujardin, sérieusement. Oh! moi, Benott... je ne me marierai pas.
benoît. Vous voudriez peut-être me faire accroire que vous n'aimez personne?
dujardin. Mais...
benoît, sentencieusement. Monsieur! l'amour c'est comme la jaunisse, ça ne peut se cacher! La jaunisse, vous connaissez ça, c'est votre partie.
1 Chai Ben.
ï Diij. Ben.
dujardîn. Eli ! bien?
benoît. A chacune de vos visites, pendant que vous lâtiez le pouls à monsieur Lenoir, je vous voyais bien; qui esl-ce que vous regardiez en louchant?
di'jabdin, embarrassé. Je ne sais, en vérité...
benoît. Une personne qui louchait aussi en vous regardant.
dujardîn. Mademoiselle Éfrïïlie m'aimerait!..
benoît. Qui donc? A moins que vous ne pensiez que j'ai pris ça pour moi.
dujardin. Benoli! ne me dites pas cela! il y a un abîme entre nous, je n'ai rien.
benoît. Vous avez un état magnifique, bien supérieur à celui de maître marinier; vous ne craignez pas les basses eaux, vous! ni les sinistres... au contraire !
Air : Et voilà comme tout s'arrange.
Admirable position!
Voyez quel immense avantage,
Votre noble profession
Ne connut jamais de chômage;
Ce privilège est il peu près
Le privilège de la Banque,
Les malades sont vos billets,
On se sert de ceux qui sont faits.
Et l'on en fait quand il en manque.
dujardîn. Mais songez donc que M. Lenoir a de la fortune, il donnera une riche dot.
benoît. C'est ce qu'on ne sait pas... avec un homme comme lui, est-ce qu'on peut compter sur quelque chose !.. D'ailleurs, qu'est-ce que c'est qu'une dot?.. Une jeune fille apporte cent mille francs, c'est cinq mille francs de rente, cela a l'air d'être joli... mais si elle n'entend rien au ménage, si elle aime le monde, si elle est coquette, elle en dépense dix; la dot ruine le mari, je ne peux pas considérer ça comme un avantage. Avec cette rhèro enfant, Monsieur, c'est tout le contraire; olle est si simple, si modeste... elle ne dépense rien. Et des talents!.. Tiens... j'oubliais ça... elle a des lalentB'... elle joue des valses et des polkas à faire tourner... de? chevaux de bois tout seul.-.! El elle parle anglais! encoreun talent qui n'es! pas ruineux... en Angleterre tout les pauvres parlent anglais, et ça ne leur route pas un sou !.. elle a loul pour elle, tout! [Il s'estuie le front.) Ah! j'ai chaud!
dujardîn. Plût au ciel qm: mademoiselle Emilie n'eût rien !
benoît. Vous méritez que le ciel voua exauce, vous... (H Un serre le bras.) et il vous exaucerai..
1,1 iabdm, vivement. Vous croyci Bérieusemenl
que je puis a.-pircr a si m. un?
m suir. :-i je le cro ■■/.'.•. (" ie frotte
i,s maint.) Ça mord!., çamordl