ATTRIBUTION
deviendrait, sur chaque portion de sol, le corrélatif de l'usage temporaire de cette portion.
En un mot^ la rente ne peut pas appartenir, d'une manière permanente, aux capitalistes qui exploitent le sol. Une telle attribution est forcément exclue par les nécessités de Tordre social. La rente ne peut appartenir qu'à ceux qui ont le pouvoir de permettre ou de refuser l'usage du sol. Si l'Etat s'est réservé ce droit sur son territoire, c'est à lui qu'appartiendra la rente; s'il a établi l'appropriation privée du sol , la rente appartiendra aux propriétaires fonciers, soit que ceux-ci cultivent eux-mêmes leurs fonds, soit qu'ils en cèdent l'usage à des capitalistes non propriétaires.
Sous le régime de l'appropriation privée du sol, la rente forme donc un revenu d'une espèce particulière^ un revenu qui n'est point le prix du travail, comme celui des salariés , ni le prix de l'usage d'un capital, comme l'intérêt des rentiers, ni le résultat de l'appropriation des capitaux, comme le profit, mais uniquement le résultat de l'étendue limitée de certains fonds productifs et de l'appropriation de ces fonds à certains individus.
DE LA RENTE. iS7
La rente existerait sans Tappropriation ; l'appropriation ne fait que l'attribuer et la distribuer, c'est-à-dire lui donner le caractère de revenu privé. Sans l'appropriation, la rente formerait un revenu public, très-remarquable en ce qu'il serait nécessaire , et que l'Etat ne serait point libre de l'exiger ou de ne pas l'exiger. Sous peine de renoncer à toute civilisation, à tout organisme perfectible, il faudrait que l'Etat perçût ce revenu comme condition de l'usage temporaire du sol ; car il faudrait qu'il accordât cet usage à des capitalistes, et il ne pourrait avec quelque justice l'accorder aux uns et le refuser aux autres, sans s'attribuer la portion des produits qui représenterait la rente, c'est-à-dire sans établir l'égalité de position soit entre les divers exploitateurs du sol , soit entre ceux-ci et les autres capitalistes.
CHAPIXRi: IV.
tO*JDITION ÉCONOMIQUE DES PROPRIÉTAIRES FONCIERS.
Il nous sera aisé maintenant de comprendre et de caractériser la condition économique des propriétaires du sol. Le droit de propriété, qu'ils l'aient acquis par dévolution ou par transmission , est comme un titre que la loi leur donne pour exiger une portion des produits du sol^ et ce titre se distingue éminemment de tout autre par les caractères suivants ;
1"*. Il n'exige, de la part de celui qui en est nanti, presque aucun effort d'activité physique ou intellectuelle.
On peut distinguer trois classes de proprié-