‹ Riche ou pauvre, exposition succincte des causes et des effetsde la distribution actuelle des richesses socialesChapitre 50 sur 86 · CONDITION ÉCONOMIQUE · texte numérisé non relu

CONDITION ÉCONOMIQUE

aux exigences résultant de leur nature d'hommes et de leur éducation. (»)

Or, il est évident que cette espèce de revenu n'oblige à aucun travail ceux qui le perçoivent , puisqu'ils ne sont appelés ni à cultiver eux-mêmes , ni à diriger l'emploi du capital agricole. Ils sont, à cet égard , dans la même position que les capitalistes rentiers; comme eux , ils perçoivent un revenu qui est le résultat du travail d'autrui ; comme eux, ils n'ont qu'une peine à prendre, celle de placer convenablement leurs fonds. Quand ils ont trouvé un fermier intelligent et actif; quand ils ont découvert Thomme et le capital convenables, il ne leur reste plus qu'à jouir et à consommer. Qu'ils fassent des baux de longue durée, leur vie entière pourra être exempte de toute inquiétude et de tout soin.

2*. Le revenu dont il s'agit s'obtient sans risques, sans que le fonds soit exposé à aucune

(') Je comprends dans la même catégorie les propriétaires de bâtiments. Les maisons construites sur le sol sont des capitaux , sans doute , mais des capitaux immobiliers , dont le profit a une grande analogie avec la rente, et assure aux capitalistes qui en jouissent, une position presqu'entièrement semblable à celle des propriétaires rentiers.

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chance de perle. C'est en cela que gît la première différence entre le rentier capitaliste et le rentier propriétaire. Celui-là, dans le choix d'un placement pour ses capitaux, doit chercher des garanties non-seulement pour la prestation régulière des intérêts stipulés, mais aussi pour le remboursement du capital. Le propriétaire , en sécurité sur ce dernier point, ne doit s'occuper que du premier. Les pertes auxquelles lexposeun mauvais choix ne comprometfentjamais bien gravement son avenir; elles sont de nature à être facilement et promptement réparées par de l'économie ; car son fonds lui reste , un fonds indestructible, dont il n'a point transmis la propriété, mais seulement l'usage temporaire , au capitaliste agriculteur qui a fait les avances de la culture.

5°. Enfin, ce revenu a une tendance constante à s'accroître avec les progrès de la richesse sociale, sans que le fonds d'où il provient reçoive aucune augmentation.

La somme totale des profits et des intérêts que perçoit la classe des capitalistes tend sans doute aussi à s'accroître avec le progrés général, mais c'est que la masse totale des capitaux va elle-même en augmentant. N'est-ce

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pas cette accumulation successive du capital s.ocial qui caractérise essentiellement le progrès ?

Quant à la somme relative des profits et des intérêts, sa tendance est plutôt de décroître; par conséquent une augmentation de revenu, pour le capitaliste pris individuellement, ne saurait provenir que d'une addition faite à son capital au moyen de l'épargne, ou par dévolution.

Le revenu du propriétaire foncier, outre ces moyens d'augmentation qui lui sont communs avec celui du ca]>italiste, a une tendance à s'accroître par le seul effet de l'élévation de prix des produits ou de l'accroissement de population et de richesse qui est la cause de cette élévation.

C'est là, surtout, ce qui rend tout à fait anormale la condition économique des propriétaires fonciers. Un intervalle de vingt années de paix, en permettant aux sociétés de développer librement toutes leurs activités productives, a eu quelquefois pour effet de doubler, de quadrupler, de décupler même, dans certains lieux , la valeur des propriétés, et par conséquent le revenu des propriétaires.

DES PROPRIÉTAinES FONCIERS. 163

l)n voit, dans les villes populeuses, certaines portions du sol atteindre un prix égal ou supérieur à celui des constructions que l'on y élève ; on voit des propriétaires retirer de leurs immeubles un revenu égal ou supérieur au capital que leurs parents ou eux-mêmes ont payé pour les acquérir. Singulier résultat de la loi d'appropriation, et que ne prévoyaient pas, sans doute, ceux qui les premiers établirent cette loi ! Voilà des liommes qui reçoivent une portion incessamment croissante du revenu social, sans se livrer à aucun déploiement d'activité physique ou intellectuelle, sans courir aucun risque, sans faire aucun sacrifice, uniquement en vertu d'un droit que la loi leur attribue sur le fonds productif dont se compose le territoire de leur nation!

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