‹ Richelieu et la monarchie absolueChapitre 16 sur 38 · SON ESPRIT · texte numérisé non relu

SON ESPRIT

Ce que les nobles désirent, ce qu'ils redoutent. — L'honneur, la bravoure, la témérité. — La puissance brutale, son règne. — L'esprit d'aventure, barbarie des mœurs. — Cruauté de la guerre et sa courtoisie, — Jeux .souvent sanglants. — Energie extrême. — Cou])s de bâton ; ils sont usuels et admis. — L'esprit guerrier qui utilise ces qualités; il est général, les femmes mêmes le possèdent. — La morale de la noblesse. — Idées de l'époque sur le vol et l'assassinat. — Le patriotisme et la nationalité. — Les superstitions.

Mais ce qui subsistait encore, c'était l'esprit féodal. Les historiens ont raison de fixer à 1648 le commencement des temps modernes. Jusque-là, bien qu'une transformation immense se fût opérée dans les faits, on sent encore dans les idées l'influence du moyen âge, comnie on éprouve sur les côtes de Bretagne les effets affaiblis du gulj-stream. L'empreinte semi-barbare n'est pas encore etfacée. Sous les dehors d'une politesse poussée parfois jusqu'au raffinement, on retrouve les moeurs naïvement féroces de jadis. Le gentilhomme sous Louis XIII ressemble plus, à le bien disséquer, au seigneur du temps de Philippe le Bel, qu'au noble du règne de Louis XIV.

Souiller l'honneur de sa maison en ce monde, être damné dans l'autre, voilà les seuls dangers qu'il connaisse, les seules choses qu'il évitera. Ce qu'il ambitionne, c'est avant tout le renom de brave, ensuite celui de galant et de magnifique. Quant au reste, liberté entière. Une existence qui

se meut entre des termes aussi larges est nécessairement exempte de préjufïés. Un homme de qualité va au comhat sans autre intention souvent que celle de montrer son courage, son audace, l'adresse de son bras. Il cherche simplement la gloire. S'il y a quelques guerres entre deux peuples, il V court, non pas comme spectateur, mais comme acteur; il prend parti sans préférence ni antipathie, seulement pour prendre parti. Quelquefois il en revient riche et honoré, souvent il y meurt. Grands seigneurs et soldats de fortune sont également aventureux; et ce que les Français fout à l'étranger, les étrangers le font en France; de là un sentiment assez (aible de la nationalité et du patriotisme.

Ce que la noblesse avait du abandonner en matière de guerre privée, de droit de se foire justice soi-même et d'indépendance personnelle outrée, avait laissé des traces profondes dans les esprits. Certains actes qualifiés depuis longtemps de crimes par la loi, ne Tétaient pas encore par l'opinion du monde, au moins du monde aristocratique. Il fout se souvenir qu'au moyen âge la ligne de démarcation entre les souverains et les ])articuliers n'est pas nettement arrêtée comme aujourd'hui, que ce que les Rois font les uns vis-à-vis des autres, les seigneurs grands et petits le foisaient aussi. Il fout donc les juger non selon les règles du droit civil, mais selon celles du droit international. De nos jours, un prince attaque son adversaire après l'avoir prévenu, c'est une guerre ; un particulier foit de même, c'est un duel ; un souverain s'empare d'une province qui appartient à un de ses voisins, c'est un conquérant, on l'appelle Grand; un particulier s'installe dans le château de son ennemi, et l'en chasse, c'est un voleur; s*il le tue, c*est un assassin. An début du dix-septième siècle, nous sortons d'un temps où l'emploi de la force était jugé presque aussi légitime dans un cas que dans l'autre. L'occupation guerrière, violente,

des biens d'autrui n'avait donc pas le caractère qu'elle a maintenant. On n'oserait déjà plus soutenir qu'elle est raisonnable, mais elle ne paraît pas encore tout à fait exorbitante. Oa voit sans cesse des cadets se battre pour obtenir leur légitime; des seigneurs en venir aux mains pour une succession privée, comme les souverains en appellent aux armes, pour la succession de Cléves et Juliers (1610), ou de Mantoue (1627). De là une morale toute différente de la nôtre.

Dans une société semblable, la bravoure, l'excès même de la bravoure, l'audace la plus folle, devient estimée autant qu'elle est nécessaire. Les Rois la possédaient tous à un haut degré, c'était la qualité obligatoire. Les plus médiocres en politique comme François 1", les plus légers comme Henri 11, les plus dépravés comme Henri 111, étaient aussi valeureux que les sages comme Louis XII, ou les hommes de génie comme Henri IV. Louis XIII ne le cédait en rien à cet égard à ses prédécesseurs '. La noblesse suivait son exemple, c'était son amour-propre, c'était sa gloire. Elle acceptait les postes les plus périlleux, descendait dans les fossés d'une ville assiégée, mettait pied à terre sous le feu de l'ennemi. « En un grand embarras, elle y allait tout autrement que les soldats» ordinaires '. Jamais elle n'eût osé dire qu'une entreprise était impossible; «l'honneur était en trop haut point entre les gens de guerre, pour quand ils ont reçu commandement de donner, oser représenter la moindre difficulté qui fasse croire qu'ils ont peur ^ » . Le cardinal fait un procès à Manicamp, parce qu'étant malade

' « J'ai vu plusieurs actions du Roi en plusieurs lieux périlleux, et dirai sans flatterie ni adulation que je n'ai jamais vu un homme, non un Roi, qui y fût plus assuré que lui. » (Bassompierrk, Mémoires, p. 200.)

2 Ibid., p. 169.

** Richelieu, Mémoires, t. I, p. 244.

il n'a pas été au combat, et lui demande « s'il ne sait pas que la vie d'un gentilhomme, et particulièrement d'un homme de condition, consiste plus en l'honneur qu'en autre chose, et parlant qu'il lui valait mieux mourir avec ses compagnons que vivre ailleurs ' ». Gramont, empêché par le maréchal de Châtillon d'aller à Tennemi, s'écrie : «Monsieur c'est une jalousie, vous me faites un affront de m'arréter en cette occasion, je m'en plaindrai au Roi *. » Le Roi, durant le siège de la Rochelle, voulant donner avis aux Reines de la retraite des Anglais, est contraint d'y envoyer un aumônier, u personne n'ayant voulu partir tandis que les Anglais pouvaient encore attenter quelque chose ' » . Quelques années plus tard, en Italie, on fut obligé « de tuer des soldats, et de menacer les officiers, pour réprimer l'ardeur de l'armée qui voulait aller à la rencontre de l'ennemi * » . A de pareils caractères, la témérité était naturelle, elle avait nom ambition *. Les Bayards se comptent par centaines; des individus que la postérité connaît à peine, accomplissent tous les jours des actions héroïques. On voit couramment des maréchaux mettre pied à terre, une hallebarde à la main, et marcher à la tète d'un gros de troupes, « se trouvant ainsi en plus beau lieu pour donner *» . Ce

' Lettres et papiers d'Etat, t. VI, p. 102. — Manicamp était maréclial de camp. Sa sœnr épousa le maréchal d'Estrées. Bussy-Habutin, dans {'Histoire amoureuse des Gaules, attribue à un Manicamp, sans doute Kls de cebii ci, un fort triste rôle.

» PoNTis, Mémoires, p. 612. — Charles Gaspard de CoHigny, seigneur de Cbàtillon (1584-ifi46), petit-fils de l'amiral, cousin du prince d'Orange, père de la duchesse de Wurtemberg, maréchal de France (1(522), pour prix d'Aigues-Mortes qu'il rendit au Hoi. Vendit à \I. de Montmorency l'amirauté de Guyenne. Il épousa par amour (1615) une demoiselle de Polignac. Il était, dit Tallemant, incapable de direction.

* Richelieu, Mémoires, t. I, p. 551.

* Ibid., t. H, p. 646.

5 Voy. ibid., t. Il, p. 233.

^ Bassompierrk, Mémoires, p. 141. — Voy. Richelieu, Mémoires, t. III, p. 76.

que nous nommons imprudence était appelé courage. En Lorraine, MM. de Mouy et de Gœusac, qui commandaient les com[)a{jnies de Richelieu, « avaient tant de jalousie l'un pour l'autre, que disputaiit à qui serait le dernier à se retirer, ils se firent tuer tous deux fort mal à propos ' >» . La mode du temps étant d'aller partout sans armes défensives dans les sièges, on voit des gentilshommes qui dans un danger évident préfèrent la mort à la honte de revêtir seuls leurs armures, au milieu de camarades qu'ils auraient scandalisés ".

Le mépris delà vie est poussé à ses plus extrêmes limites; on s'expose sans cesse « à se faire tuer ridiculement » ; on court « brutalement et comme les yeux handés, partout où la mort est la plus visible » . Ne savez-vous pas, disaient les Italiens, que les Français vont à la mort comme s'ils devaient ressusciter le lendemain ^ ? Bassompierre se fait sans nécessité passer par les armes des ennemis, « en marchant centvingt pas à découvert, tout près de leur feu, sans s'éloigner jamais » , dit-il fièrement. Une balle porte dans le pommeau de sa selle, l'autre dans son manteau, mais il n'en persiste pas moins; aussi avoue-l-il « que jamais il n'a mieux cru mourir que cette fois-là * » . Des traits analogues ne sont certes pas rares dans les campagnes modernes; mais ce qui les rend sublimes, c'est leur utilité; inutiles, nous les jugerions fanfarons ou insensés. Il n'en était pas de même alors. En 1641, un Espagnol «au travers d'une grêle de mousquelades met son épée nue sous son bras, avec une conte-

' Fontknay-Mareuil, p. 247. — De Mouy, capitaine-lieutenant de la conipijjnie de gendarmes de Richelieu depuis 1(531 ; avait été capitaine des g:irdes du corps de 1621 à 1626.

2 Jbid., p. 161.

^ Alil)é Arnauld, Mémoires, p. 518.

''* Mcmoireu, p. 185. — Fabert, plus tard maréchal de France, se vante dans ses Mémoires d'actes d'intrépidité du même genre.

nance hardie, et regardant le côté où étaient les Français, il étendit ses deux mains devant le feu, et les chauffa en se les frottant, disant tout haut que ce feu était venu bien à propos parce qu'il avait grand froid; et après avoir essuyé mille coups de mousquet, il se retira au petit pas dans la contrescarpe ' » . Montglat, qui raconte le fait, traite de remarquable cette action qui nous semblerait aujourd'hui celle d'un fou.

Cette bravoure était partagée par tous ceux qui portaient Tépée ; des gens de peu étaient aussi délicats sur ce chapitre que des .«eigneur» qualifiés. Binau, attaché au maréchal de Saint-Luc, se bat avec un nommé La Tuye. Il reçoit dans sa selle un coup de pistolet, et donne à son tour au travers du corps de son adversaire. Ce dernier chancelle, et son cheval l'emporte. « Binau criait : La Tuye, tourne, tourne, tu fuis. — La Tuye tomba et mourut le jour même, en disant que le seul déplaisir qu'il eût en mourant, c'était de ce qu'on avait dit qu'il fuyait. » Au siège de Ré, ■-<■ ceux des soldats de la citadelle que leur faiblesse empêchait de combattre, chargeaient les mousquets de leurs camarades; n'en pouvant plus, ils leur disaient : Ami, je te donne mes bardes, je te prie, fais-moi ma fosse; et s'y retirant, mouraient" " .

' MosTGLAT, Mémoires, p. 105. — Le comte de Saint-Balmont , commandant d'une place assiégée, « à cLaque coup de canon des a3siég''ants, paraissait aux fenêtres avec des violons qui jouaient à ses côtés. Il fat pris, et on ne voulut pas lui faire de mal, par respect pour sa bnvoore, quoique indiscrète. >. (Abbé Arriuld, Mémoires, p. 494.)

- HiCBELiEC, Mémoires, t. I, p. 479. — « Qn gentilhomme va offrir son service à l'un de ses voisins, conna par sa bravoure, le baron de Vitaux (en Vesin) ; — Monsieur, lui dit-il, vous verrez dans l'occasion ce que je saurai faire. — Je le veux voir tout à l'heure, réplique le baron, défendez cette porte contre moi. L'antre fit ce qu'il put pour s'en dispenser, mais le baron mit l'épée à la main, et le menaça de le tuer. Il fut contraint de se battre ; tous deux se blessèrent et furent amis jusqu'à la mort. » (Tàt-

LEMA5T, t. IX, p. 205.)

« Les femmes françaises, disait un Anglais, à propos d'un duelliste qui avait tué sept de ses adversaires, affectionnent par-dessus tout les braves, et pensent qu'elles ne peuvent pas en aimer d'autres sans compromettre leur réputation ' . » A force de se montrer difficile et de raffiner la vaillance, on finissait d'ailleurs par ne considérer comme braves que les spadassins. Tallemant dit de Louis XIII qu'il n'était pas brave, il dit la même chose de beaucoup d'autres, et notamment de M. de Rohan, reconnaissant cependant qu'il a fait la guerre toute sa vie, et qu'il y est mort \ Mais aller à la guerre, ce n'était rien, tout le monde y allait; s'y bien comporter, c'était la moindre chose. Le beau, le distingué,* c'était de tirer l'épée à tout propos, de se battre sans cesse, et avec des gens mieux armés, ou plus nombreux, de faire rengainer et baisser la tête à tout le monde. Voilà la bravoure, voilà le vaillant homme ^

Celui-là affectionne les excentricités périlleuses; il est de bon ton de jouer avec la mort. Le point d'honneur fit chez une nation nerveuse et ardente ce que le fatalisme fait à peine chez des peuples dégradés par l'inaction et abrutis

' Mémoires de lord Her Cherbury, p. 67.

* Henri, duc de Rofian, 1579-1638, Kls de René, vicomte de Rohan, et de Catherine de Parthenay-l'Archevêqne (de la maison de Lusljjnan). Créé duc et pair en 1603, épousa, 1605, Marguerite de Réttmne, fille du duc de Sully, dont les galanteries avant, pendant et après son mariage, sont demeurées célèbres. Arnauld du Fort, Saini-Luc, Caudale et Miossens eurent successivement ses bonnes grâces. Rohan fut colonel général des Suisses; chef des huguenots de 1(10 à 1629, prit part à toutes leurs batailles; 1629, généralissime des Vénitiens; 1635, commande un corps d'armée français en Lorraine, puis en Suisse. Sa sœur épousa le duc des Deux-Ponts. Les Rohan étaient alliés anx maisons de France, d'Ecosse, de Savoie et de Lorraine.

^ Il n'était pas rare de voir au moment d'une bata'lle un gentilhomme sortir des rangs à cheval, et envoyer demander par un trompette dans les rangs ennemis s'il n'y avait personne qui voulût « fare le coup de pistolet pour l'amour des dames ». Le duc de Rellegarde le fit à Arques, la Meilleraye le fit au siège de la Rochelle; on y perdait quelquefois la vie. (Cf. RiCHEUBD, Mémoires, t. I, p. 522)

par Topium. « Le comte de Grandpré buvait à la saoté de sa mattresse dans un pistolet chargé, bandé et amorcé dont il tenait la détente, et après avoir achevé, il le tirait en Tair. D'autres buvaient deux à la fois, chacun dans un pistolet, tenant chacun la délente du pistolet de raulre'.» Les femmes aussi se donnent cet acre frisson d'un danger mortel, froidement encouru pour leur plaire. Une dame force Bussy a à aller requérir son gant » , qu'elle a laissé tomber dans la loge d'un lion aux Tuileries. Il y va, l'épée à la main, le reprend, et se borne à dire en le rendant : « Tenez, et une autre fois, n'engagez point des gens de cœur mal à propos '. »

La société qui lend un semblable culte aux vertus physiques est exposée à en voir .les débordements. La force brutale s'impose et règne. Quiconque a au côté trois pieds de fer est roi et fait ce qu'il veut. « Un bon cava- Ker sur un bon cheval est aussi supérieur à lui-même et aux autres qu'on peut l'être en ce monde '. » Un gentilhomme, enfermé dans son château avec des arquebuses à croc et quelques fauconneaux, tient tête à n'importe qui. Rien n'est impossible à un hardi soldat. Toiras dit à Casai « avoir eu de grands desseins de se faire souverain * » . L'esprit aventureux est partagé par des favoris sans conséquence comme Luynes , qui rêve la principauté d'Orange ou un chimérique royaume d'Austrasie, et par des hommes d'État comme Richelieu, qui (ait (aire

• Tailemaut, t. IX, p. 500.

' Ibid.^ t. IX, p. 61. — Charles de Lameth, comte de Bossy, capitaine de chevau-légers du Roi; 1617, gouverneur de Mézières, défendit Hermanstein, se sifpiala en Ré, lf^27; maréchnl de camp, 163V; c mmanda les renforts envoyés à la Capelie et y fut tué (1637); il allait être nommé maréchal de F'rance.

' Mémoires de lord Her Cherbury^ p. 42.

* Richelieu, Mémoires, t. II, p. 426.

des démarches diplomatiques pour devenir électeur de Trêves ' .

Des faits que nous nommerions meurtres, assassinats, séquestrations, sont relatés par les contemporains avec quelque blâme, mais surtout comme l'indice d'une humeur fâcheuse ou incompatible. Pontis dit d'un jeune gentilhomme « qu'il avait cette inclination malheureuse, et tout à fait indigne de sa naissance, d'aller le soir au coin d'une rue attendre quelqu'un qui passât, prenant un singulier plaisir à lui allonger un coup d'épée et à le blesser par pure malice- » . Créqui met sa belle-mère en prison et l'y laisse plusieurs années. M. de Gastelmoron, qui soupçonne sa femme, l'enferme dans un vieux château, et pour s'en débarrasser «fait sauter, au moyen d'une mine, tous Ips planchers du corps de logis oii elle était ^ » . Les entreprises les plus hardies étaient tentées en plein Paris. En 16'20, on avait résolu d'enlever Madame, sœur du Roi; il y avait dans ce but cinquante chevaux dans la capitale, on devait la surprendre aux Tuileries... « Aussi, écrivait Anne d'Autriche au Roi, je ne mène Madame que dans les rues de la ville, et quand je sors du Louvre, je laisse en sa chambre quatre

' Voy. ibid., t. I, p. 250. — Tallemant, et Lettres et papiers d'État, t. VII, p. 724.

- Mémoires, p. 511. — ■ Le duc d'Angoulème, quand ses {jens lui demandaient leurs Rages, leur disait : « C'est à vous à vous pourvoir; quatre rues aboutissent à l'hôtel d'Angoulème, vous êtes en beau lieu, profitez-en si vous voulez. »

■' Tallemant, t. VIII, p. 66. — De Caumont, seigneur de Gastelmoron, frère cadet du duc de la Force, fils de François de Caumont, seigneur de Casteinau, et de Philippe de Beaupoil, dame de la Force.

Charles de Créqui-Blanehefort, de la maison de Créqui par les femmes (son père se nommait Antoine de Blanchefort), né en 1567, épousa en 1611 Madeleine de Bonne, fille du connétable de Lesdiguières dont il eut le titre de duc, fut un des dix-sept seigneurs (1617). Devint mestre de camp du régiment des gardes; 1621, maréchal de France; mort en 163 > devant le fort de Brème, à l'entrée du Milanais. Servit de témoin à Richelieu quand celui-ci fut reçu conseiller honoraire au Parlement.

des gardes que vous m'avez donnés ; mais ce nombre ne serait pas assez grand si l'on se résolvait de l'enlever an Louvre ' . »

M. d'Oradour, amoureux de mademoiselle Ferrior, assemble cent cavaliers, entre par force avec vingt-cinq hommes dans la maison de sa mère, rue du Temple, enlève la fille malgré ses cris, et la conduit dans un carrosse jusqu'à Beauvais, pendant que madame Ferrier, rouée de coups, n'a d'autre ressource que de se plaindre au cardinal *. La violence e*t tellement dans les mœurs, qu'on l'emploie pour les motifs les plus futiles. Un gentilhomme, réduit en si pitoyable état qu'il ne peut payer un valet, appelle chaque soir Voublieur qui passe dans la rue, pour se faire débotter, et l'oblige, le pistolet à la main, à lui rendre ce service*. La moindre querelle entre particuliers devient une bataille. En Béarn, toute la noblesse monta à cheval et pensa se couper la gorge pour trois oisons qu'un gentilhomme avait enlevés à un autre. A Aix, un conseiller au Parlement ayant tué le paon d'un de ses collègues dans son jardin, toute la ville prend parti; le propriétaire de l'animal, avec cinquante de ses amis, enfonce une porte du jardin de l'agresseur, et le saccage de fond en comble. Vingt appels se font de part et d'autre. Le beau-frère d'un des conseillers, habitant du Dauphiné, se met en chemin a avec si grand nombre de noblesse que le comte d'Alais, gouverneur de Provence, est obligé, pour l'empêcher de

' ArchÏTes nadonales, RK., 1355, fol. 3.

' Ijettres et papiers £ État, t. VI, p. 39.

3 Tallkmast, t. Vlll, p. 50. — Deux hommes jouent à la panme; ils se queielient, l'un donne à l'antre un coup de bâton. L'offensé, beaucoup plus fort, va fermer la porte au verrou, prend son adversaire à bras le corps, le met dans le feu, — c'était pendant l'hiver, — et, le pied sur son ventre, l'eût tranquillement fait griller, si l'on n'eût enfoncé la porte aux cris de ce malheureux. « Après cela, ajoute Tallemant, on les accommoda facilement. . (T. X, p. 17.)

venir, de faire {garder tous les passages de la Durânce» . La contrebande ne s'exerce pas nuitamment, ni avec ruse ou adresse, mais au grand jour, à main armée. Les voitures des fraudeurs qui refusent d'acquitter les entrées du vin sont escortées par des soldats de divers régiments, qui passent la barrière mèche allumée; en sorte que les commis intimidés n'osent exiger le payement des droits. Les fermiers augmentent le nombre de leurs agents, les font soutenir, et pour l'introduction de quelques demi-queues d'eau-de-vie, ou de deux ou trois muids de vin, on voit s'engager des luttes où les commis tirent tant qu'ils peuvent sur les chevaux des coups de carabine et de pistolet'.

Le même mépris du droit apparaît en pleine paix dans les relations internationales. La tête de notre ambassadeur en Allemagne fut mise à prix pour 40,000 rixdales par les Espagnols, « parce qu'il leur était devenu odieux '» . Des hommes si peu scrupuleux sur le choix des moyens sont terribles en pleine guerre, alors que le droit des représailles autorise toutes les cruautés. On voit fréquemment les vaincus passés par les armes. Bassompierre parle de huit cents hommes qui, après s'être rendus de leur plein gré, sont tués de sangfroid par le vainqueur, « parce qu'ils embarrassent l'armée ^ » . Richelieu plaisante agréablement à propos de deux cents soldats que le marquis de Sourdis a fait pendre, après les avoir reçus à capitulation : « Votre cher frère (l'archevêque), écrit-il au marquis, est extrêmement fasché de ne s'estre pas trouvé là, pour confesser ceux que vous avez contraints A^ aspirer au ciel, lorsqu'ils étoient plus attachés

• Arrêt du conseil d'Etat du 29 juillet 1637.

^ RicHËLiEi!, Mémoires, t. III, p. 9. Le cardinal agit de même à Toocasion Voir le chapitre de la Pratique, — Monarchie absolue.

* Mémoires, p. 32.

à la terre \ » Par contre, les habitants de Nègrepelisse, après avoir juré de demeurer dans l'obéissance, n'hésitent pas à couper la gorge en une seule nuit à quatre cents hommes du régiment de Vaillac, qu'on avait envoyés en garnison chez eux *.

Avec cela des courtoisies étranges : le général français s'efforçant, dans un bombardement, de préserver un lavoir public, par égard pour les femmes de la ville, qui l'ont prié " de ne pas incommoder leur blanchissage » ; les assiégés faisant dire aux assiégeants qu'ils « baisent les mains » au chef de Tnrmée ennemie, et causant ensemble « en toute privante'» ; ou bien des ironies narquoises et délicates : Buckingham envoyant une douzaine de melons à Toiras, qu'il croit affamé par un long blocus, et Toiras, pour prouver (|u'il n'était pas réduit encore à cette extrémité, ripostant par l'offre de six bouteilles d'eau de fleur d'oranger et d'une douzaine de vases de poudre de Chypre *.

Les jeux mêmes se terminent souvent par l'effusion du sang : une troupe de seigneurs, au carnaval, « fait partie d'en attaquer une autre» ; la lutte de ces deux troupes mas-

' Lettres et papiers d'Etat, t. V, p. 51. — François d'Escoubleau, marquis de Sourdis et d' Ailuye, baron de Mondoubleau, chevalier des Ordres, épousa Jeanne de Montluc, qui le fit, après la mort du comte de Carmainf;, baron de Montbic et prince de Chabanais. On avait sonffé pour lui à mademoiselle de Montmorency, qui devint princesse de Condé. Fut gouverneur d'Orléans et Amboise. Sa fille est en 1635 abbesse de Montmartre.

Henri d'Escoubleau de Sourdis, frère du précédent et du cardinal de Sourdis. connu d'abord sous le nom de comte des Cbapelles, puis évêque de Maillezais, coadjuteur et ensuite arcbevêque de Bordeaux après son frère Intendant de la maison de Richelieu, fut chargé plusieurs fois de commander des armées navales et finit par être disgracié pour son incapacité. C'était, dit Tallemant, un homme de beaucoup d'esprit, l'air agréable, et qui disait bien les choses.

- PoNiiS, Mémoires, p. 490.

^ Bassompierre, Mémoires, p. 167, 177.

4 Richelieu, Mémoires, t. I, p. 464. (En 1627 à l'île de Ré.)

quées devient une mêlée sanglante, le tout dans le but de se divertir ' ; comme en ces tournois du siècle précédent où l'on rompait des lances pour se distraire, et où l'on finissait par se tuer sans mauvais vouloir. «Les mains démangent si fort à notre jeunesse, dit la Gazette, que depuis un mois elle s'assemble en armes, étant venue des pierres aux poignards, épées, pistolets et carabines, de sorte que le 16 du courant il s'en trouva deux gros, chacun de plus de trois mille hommes, entre le village de Pinceur et un moulin à un quart de lieue de la porte Saint-Antoine, où il y en eut cinq de tués le premier jour. Vrai est que quebjues potences plantées sur le champ de bataille ont ralenti leur ardeur -. »

Il fallait aux personnages de ce temps des qualités plivsiques en rapport avec l'existence qu'ils étaient appelés à mener, ils ne négligeaient rien pour les acquérir. Pour f tire de l'exercice, le marquis de Sourdéac «se taisait courre par ses paysans, comme on court un cerf ^ » . Marches forcées, longues étapes à cheval, maladies, infirmités, rien ne les arrête, rien ne peut vaincre leur énergie*.

Quaiid Voltiiire, au dix-huitième siècle, reçut des coups de bâton de la part du chevalier de Rohan, l'affaire fit un tapage immense; une voie de fait semblable passionna l'opinion; elle choqua prodigieusement une société policée. Ces coups de bâton semblèrent le défi insultant de la force

' Rassompiefiie, Mémoires, p. 43. — Une compa{>nie revient d'un bal dans l'iif, léffi'ivment ivre, rencontre un violon au terre plein de JNotre* Daim*, et clierche à le noyer par manière de plaisanterie. Elle se bat avec lui, M et le blesse si dangereusement, qu'il pense en mourir ». (Talle- MANT, t. VI il, p. 229)

2 Gazette du 27 août 1633.

^Tallemast, t. IX, p. 193. — René de Rieux, marquis de Sourdéac et d'Ouessant, chevaliei des Ordres, capitaine de cent hommes d'armes, membie <lt- l'assemblée des notables, 162(î. (Voy. Briense, p. 58.)

■* Voyez Bassompiehre, Mémoires, p. 316, et Richelieu, t. II, p. 135, sur la force extraordinaire de Gabriel Battori.

à rintelligence» ils devinrent historiques. Cent ans plus tôt, on en eût à peine fiait mention; Voltaire eût riposté par une satire, peut-être eùt-il rendu avec usure au grand seigneur la bastonnade qu'il en avait reçue, et tout serait tombé en oubli. De pareils changements dans Fappréciation d^une même chose marquent la différence des mœurs aux deux époques. Sous Louis XIII, «chacun se venge à sa manière, un auteur par des vers, un noble à coups de main, un praticien en fiaisant coûter de l'argent ' » . On est dans l'usage de fouetter pour des fautes légères les laquais et les pages. Le fouet est employé dans Tarmée, il figure parmi les peines criminelles légalement appliquées par les tribunaux. Le châtiment corporel était loin de soulever alors la réprobation qu'il soulève aujourd'hui; par conséquent la vengeance brutale d'un particulier paraissait moins odieuse. On fiait volontiers attaquer son ennemi par deux ou trois hommes, qui lui cherchent une querelle dont il a peu de chances de sortir sain et sauf. Le comte de Montsoreau a vingt satellites qui rançonnent tout le voisinage *. Le duc d'Épemon a ses donneurs d'étrivières attitrés, que l'on nomme les Simons '.

Boissat, l'académicien, reçut des coups de canne, et fut blessé à la tète par des gens de la comtesse de Saulx, pour s'être moqué d'elle au carnaval dans les rues de Grenoble*. Bouchard de Fontenav en reçut du maréchal d'Estrées,

' FcBETiÈRE, Roman bourgeois, t. II, p. 37.

- Tallumaitt, u IX, p. 61. — René de Chambes, comte de Montsoreaa, mettre de camp d'infanterie, deToaé à Marie de Médicis, épousa en 1619 Maiie de Fortia, et mourut en 1649, en Angleterre. On Taccosa de fabriquer de la fausse monnaie.

* Jbid , t. m, p. 101.

* Ibid.j t. III, p. I;i5. — Fille du connétable de Lesdiguières, mariée d'abord au mari|uis de Montbrnn, puis au comte de Saulx, lieutenant général du Dauphiné, dont le père (le marquis de Créqoi) avait épousé sa sœur. Le comte de Saolx devint ainsi le beaa-frère de son père.

« pour s'être mêlé de dire quelque chose contre lui, durant sa brouillerie avec le Pape Urbain ' " .

Le prince de Gonti en donnait à M. de Sarrazin, quand il se repentait d'avoir épousé la nièce de Mazarin, parce que c'était lui qui avait fait ce mariage ". Mais si les hommes de lettres étaient souvent bétonnés par les gentilshommes, ils n'hésitaient pas à employer à leur tour les mêmes armes contre eux. Dulot, l'inventeur des bouts-rimés, donna des coups de bâton au marquis de Fosseux, l'aîné de la maison de Montmorency, et s'en vanta publiquement^. Balzac en donna à un cavalier nommé Saverzac, qui avait écrit contre lui et critiqué ses ouvrages*. Les coups d'ailleurs étaient ordinaires entre gentilshommes, voire même entre grands seigneurs. Le duc de Nevers et le cardinal de Guise plaident pour la collation d'un prieuré auquel ils prétendent nommer tous deux une de leurs créatures; se rencontrant chez le rapporteur de leur procès, « ils se frappent sans se marchander », et l'enquête prouva que c'était le cardinal qui avait commencée

1 Tallemant, t. X, p. 21. Louis-Annihal d'Estrées, marquis de Cœuvres, premier baron du Boulonnais (1573-1670), évêque de Noyon en 1594, se démet en 1596. Gouverneur de Laon, maréchal de France, 1626; ambassadeur à Rome, plus tard duc et pair. Il était frère de Gabrielle d'Kstrées, oncle du duc de Vendôme et de la duchesse d'Elbeuf. Il éjiousa : 1" mademoiselle de Béthune ; i° mademoiselle de Montmor, fille du trésorier de l'épargne et veuve du marquis deThémines; 3° à quatre-vingt-treize ans, mademoiselle de Manicamp.

2 Skgrais, Mémoires, p. 71.

2 Taulkmant, t. IX, p. 91.

^ Ibid., t. V, p. 113. — Jean-Louis Guez, sieur de Balzac (1594-1665), fils « d'un homme d'Angoulème qui avait du bien », célèbre par ses Lettres et par quelques traités {le Prince, Aristippe). Richelieu l'appelait Véloijiste général. Il fut conseiller d'État. Il était protégé au début par M. d'Épernon. Il bâtit un joli château à Balzac, et orna de curiosités sa mai>on d'Angoulème. Segrais dit qu'il mourut de dépit de la réputation des Lettres de Voiture.

^ HiGUELiEu, Mémoires, t. I, p. 240. Charles de Gonzague, duc de Nevers, pais duc de Mantoue (1627), fils de Louis de Gonzague, un des

D'autres prélats figurent dans des scèaes pareilles, non comme agresseurs, mais comme victimes. Le duc d'Epernon, «un peu haut à la main » , selon le mot de Richelieu, « bailla trois coups de poing » dans la poitrine et le visage de l'archevêque de Bordeaux, et « lui donnant plusieurs fois du bout de son bâton dans l'estomac, lui dit que sans le respect de son caractère, il le renverserait sur le carreau ' >» . Le même archevêque reçut en plein conseil de guerre un coup de canne du maréchal de Vitry, « sans qu'il se fût dit aucune parole entre eux' » .

Le marquis de Rouillac bâtonna l'abbé Ruccelaï; Beauregard, capitaine des gardes du comte de Soissons, bâtonne le baron de Goppet pour le compte de son maître'. Pontac, maître des requêtes, fut contraint de descendre de son carrosse et outrageusement battu « par les soins de M. de Termes, son rival en amour* » . L'opinion quelquefois s'indignait de ces violences, mais le plus souvent celui qui avait « reçu des bastonnades » devenait la fable de la cour, « parce qu'après un tel affront, un homme ne peut éviter d'être ridicule et méprisé * » .

Un État où la force intervenait si souvent dans les rapports sociaux, où les ressentiments engendraient si aisément

compagnons de Henri IV et pedt-fils de Frédéric, duc de Muntoue. II eut dessein, en 1620, de se faire empereur de Grèce et du Levant, en se servant do sa descendence présumée d'une fille de Paléologue.

Louis III de Lorraine-Guise, frère de Charles, duc de Guise (1575-1621), n'était que simple diacre, fut évèque de Rennes, archevêque de Reims et cardinal, fit la campagne et se conduisit bravement à Saint-Jean d'Angély. Il prétendit épouser Charlotte des Essarts, comtesse de Romorantin, une des maîtresses de Henri IV, et en eut plusieurs enfants.

* Richelieu, Mémoires, t. II, p. 571.

2 Ibid., t. III, p. 98.

» Tallemai^t, t. IX, p. 6, et t. IV, p. 105.

* De Saint-Lary de Bellegarde, seigneur de Termes, -{- 1621; frère du duc de Bellegarde. Sa fille épousa M. de Montespan; sa veuve se remaria avec le président Viguier.

^ Richelieu, t. I, p. 268.

des coups de canne et des coups d'épée, était un État fait pour la guerre. L'esprit querelleur engendrait l'esprit guerrier; de son côté, respritguerrierutilisaitl'esprit querelleur. Ils étaient la conséquence l'un de l'autre. Aussi ne comprenait-on pas la guerre de la même façon que de nos jours. Ceux qui la faisaient ne la considéraient pas comme une triste et passagère nécessité, mais comme un plaisir et un état normal. Quand la paix se prolongeait trop longtemps, les gentilshommes « s'ennuyaient de ce qu'on ne faisait rien ' » . « Un prince de cœur, disait Montluc, ne doit jamais être content..., faut pousser sa fortune, la terre est grande, il y a prou à conquérir. » Et il demandait naïvement qu'on supprimât tous les emplois civils, pour contraindre « les bons cœurs, nobles et généreux», à porter le mousquet. Pour les uns, la guerre, c'était le pain; pour les autres, c'était la gloire. Bassompierre à dix-neuf ans va s'offrir au Pape contre don César d'Est, « qui retenait injustement Ferrare, guerre aussi juste et sainte que possible» . Le légat lui ayant fait peu d'accueil, il passe sans hésitation à l'adversaire, se disant « qu'il doit aller s'offrir à ce pauvre prince, — don Césard'Este, — que l'on voulait injustement spolier à\n Etat possédé par une si longue suite d'ancêtres* ». Il raconte cette volte-face en quelques lignes avec une bonhomie qui déroute la critique. Peu lui importait le drapeau, pourvu qu'il prît part à la bataille. Des généraux animés de ces sentiments conduisent les opérations en dilettanti; ils vont «bride en main, pour voir les événements », redoutant une victoire trop décisive presque autant qu'une défaite, comme des chasseurs qui craindraient, en abattant trop de gibier, de dépeupler la forêt qui leur procure un agréable délassement *.

' PoNTiS, Mémoires, p. 456.

* Bassompierre, Mémoire.'!, p. 17.

' BicuELiEU, Mémoires, t. I, p. 593. C'étaient la plupart du temps les

Cet esprit guerrier est général. Brienne, quoique secrétaire d'État, fait campagne en volontaire ; les magistrats font souvent de même, ils «allongent et accourcissent leur robe quand ils veulent » ; les conseillers au Parlement, en Provence, font deux ou trois voyages sur les galères avant de prendre une charge. « Il en est dont la soutane ne tient qu'à un bouton, et qui ne laissent pas de se battre '. »

Les femmes aussi, contre l'oi-dinaire de leur sexe, possèdent ces allures belliqueuses. « Je vous avise que si on veut mettre garnison céans, écrit la marquise de la Force à son mari, j'aime mieux souffrir le siège de toutes les communes de Guyenne, que de la recevoir*. « Madame de Montravel dispute un château, les armes à la main, à son frère, M. de Créqui. Celui-ci fait occuper le château par ses soldats. Sa sœur fit alors soulever les villages voisins; Créqui, de son côté, envoya deux cents hommes de renfort, mais madame de Montravel se porta sur le pont-levis, et dit aux soldats qu'ils ne passeraient pas sans lui marcher sur le ventre '. Mademoiselle de Navailles, ne pouvant avoir sa légitime, s'empare d'un manoir appartenant à son neveu, le futur duc de Navailles; la sœur de M. de Na\Tiilles, mademoiselle deSaint-Geniez,faitle siège de ce manoir, le force, et met sa tante en prison, en même temps que deux gentilshommes de son parti*. Madame de Château-Guy mourut

chefs de l'armée qui étaient appelés à délibérer sur les conditions de la paix, et ils tenaient à cette prérogative. (Cf. Bassompierrs, p. 111.)

' Briesse, Mémoires, p. 20; Arnacd d'Asdilly, Mémoires, p. 406; Tallemast, t. VIII, p. 40.

- Mémoires du duc de la Force, t. III, p. 294. (En 1628.) Le marquis de la Force, fils aîné de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force avait épousé une demoiselle de Saveilles. 11 fut capitaine des gardes du corps de 1620 à 1623, et dut résigner sa charge au marquis de Moût.

3 Po5Tis, Mémoires, p. 45S.

* Tallemast, t. X, p. 205. — Philippe de Montault, baron de Benac, marquis de Navailles, conseiller d'État, sénéchal de Bigorre. Sa terre fut

en chargeant, seule avec son écuyer, trois gentilshommes de son voisinage avec qui elle avait querelle. Madame de Bonneval, « fort habile à moucher des chandelles à coups d'arquebuze, appela son mari en duel, et en reçut trois ou quatre bons coups d'épée » . Madame de Saint-Balmont, dont le mari était mort au service du duc de Lorraine, «n'avait pas de pareille pour la vaillance. Elle tua ou fit prisonniers de sa main plus de quatre cents hommes durant sa vie. Dans les guerres, elle attaqua trois cavaliers allemands qui dételaient les chevaux de sa charrue, et les arrêta. « Elle eut plus d'un duel, cela va sans dire; et cette vie peu édifiante ne l'empêchait pas d'être pieuse, lettrée, et de faire imprimer des exercices spirituels'. La violence du siècle se retrouve dans les amours : un galant fait sauter avec un pétard la porte de sa belle, celle-ci l'attend de pied ferme, armée de deux pistolets, à l'ouverture d'une trappe de cave '. « Un amant méprisé porte une épée à sa maîtresse en lui disant (style connu) de lui en percer le cœur; la princesse la prend, et lui en donne tranquillement deux coups au travers du corps ' ! >•

Les nobles, dit Richelieu, « ne reconnaissaient liberté qu'en la licence de commettre impunément toutes sortes de mauvaises actions; il leur semblait qu'on les gênait, de les retenir dans les équitables bornes de la justice * » . Pour

érifjée en duclié-pairie en 1650; il mourut en 1654. II avait épousé (1612) Judith lie Gontaut.

' Tallkmant t. VIII, p. 216, et Arnaud, Mémoires, p. 494. — Madame de Vervins se prend de querelle avec madame de Brassac, fait armer tous ses gens, se met à leur tête la hallebarde à la main , et va à la porte do son ennemie « pour montrer sa générosité » , (Tallemast, t. VIII, p. 81.)

2 Ibid., t. V, p. 46.

* Segrais, MemoiV«, p. 9. — Le vitriol était en usage dès ce temps : « Des cavaliers porteurs de fausses barbes et masqués jetèrent à madame la duchesse de Chaulnes une bouteille d'eau-forte au visage. » 1639. (Bas- SOMPIERRE, p. 361.)

* Mémoires, t. I, p. 555.

ne pas s'exagérer la portée de cette accusation, il fout se souvenir que la morale de l'époque autorisait bien des actes que la nôtre défend. La morale religieuse est immuable, mais la morale humaine change, quoi qu'on dise, selon les temps, selon les lieux ; l'étude de l'histoire oÉFre le spectacle de ses variations incessantes. Elle change même selon les individus. Si la morale des seigneurs nous révolte, la morale personnelle du Cardinal nous indigne. L'une et l'autre ont trop de respect pour la force, trop d'égards pour le fait accompli. D*un principe faux on ne tire que des conséquences fausses. Sous le règne de la force, la rigueur, le courage et l'agilité sont des titres suffisants à l'acquisition des biens. De là cette légitimation du vol, au moins du vol apparent, audacieux, commis sur le grand chemin, et qui ressemble un peu à une bataille. De là cette situation particulière du brigand en Espagne, du bravo en Italie, du corsaire en tous pays ; cette sympathie voisine de l'estime, que le peuple éprouve pour le contrebandier, le braconnier, qui paraissent non pas voler, mais se battre, et pour qui les dangers de la lutte eu font oublier le mobile.

11 n'y a pas loin, sous Louis Xlll, du guerrier au brigand. L'homme de guerre est déjà un peu brigand, le brigand est encore un peu guerrier. « Beaucoup cherchent plutôt du profit dans la guerre que le péril '. »

Ces grands seigneurs qui levaient des troupes, menaçaient la cour et la rançonnaient pour obtenir, l'un une grosse somme, l'autre une forte pension, le troisième la perception d'un impôt, ressemblent assez à ces bandes de malfaiteurs superbes et bien posés qui arrêtaient jusqu'à ces derniers temps les diligences en Sicile ou dans les Abruzzes. Les cadets « n'ont que la guerre ou la filouterie

' Voy. RiCHELiEC, t. I, p. 221. Il faut se soavenir que le vol était jadis assez hieo vu à LacédémoDe ; mais malheur à qui était surpris.

pour se tirer de la misère » , et plus d'un se vante de n'aroir pas eu recours à cette ressource k de filouterie et escroquerie » , sur un ton qui attend et provoque pour cette belle conduite l'admiration de la postérité *. Glinchant, gentilhomme de Champagne, après avoir volé sur les grands chemins, se jeta dans le parti impérial, et eut la conduite d'un corps d'armée*. La paix revenue, ces capitaines reprenaient leur ancienne occupation. Le Mercure raconte l'histoire de trois frères Guillery, d'une maison noble de Bretagne, qui avaient suivi le parti de la Ligue sous le duc de Mercœur « et s'y étaient comportés en vaillants et braves soldats. Le cadet Guillery, voyant par le calme ses espérances évanouies, court d'argent et de moyens, comme sont d'ordinaire les cadets de bonne maison, se laisse gaigner au désespoir, prend pour retraite les bois, et fait la guetise sur les grands chemins... Pource qu'il était robuste il se trouva en peu de temps fort redouté, plusieurs soldats qui s'étaient mis à voler se rendirent sous sa troupe, et il se trouva accompagné de plus de quatre cents hommes. Il choisit pour lieu de retraite une forêt sur les marches du Poitou et de la Bretagne , où au plus profond il bastit une forteresse, qu'il rendit avec le temps bien pourvue de vivres et de munitions de guerre , avec un moulin à bras , des petites pièces de campagne, force mousquets, arquebuzes, picques, grenades, pétards et autres engins, tant pour l'ofFensive que défensive. Cette forteresse était aussi entourée de bons fossés avec un pont-levis enclos d'une palissade. »

Ces brigands faisaient des incursions jusqu'en Normandie, Lyonnais et Guyenne, et affichaient sur les arbres, dans les grands chemins : « Paix aux gentilshommes, la mort aux

* COLIGNT, Mémoires, p. 8.

2 Richelieu, Mémoires, t. II, p. 643.

prévosts et archers, et la bource aux marchands. >» Personne n'osail plus trafiquer en Bretagne ni au bas Poitou. Il fallut lever une armée pour les combattre. Le gouverneur de Niort réunit une vingtaine de prévôts et leurs gens, on fit une levée en masse des communes; quatre mille cinq cents hommes assiégèrent la forteresse de Guillery. Pris dans une sortie, ce dernier « mourut à Xaintes sur la roue » , suppliant les assistants « de ne pas bailler du blasme à la maison dont il était sorti ' » .

La légèreté avec laquelle on risquait sa personne, et la morale en faveur, enlevaient en quelque sorte au meurtre son caractère de gravité. « Un brave cavalier, cornette de la compagnie du Dauphin, prit une querelle au Louvre, et devant les yeux de Sa Majesté qui était aux fenêtres, tua un gentilhomme sur le bord du fossé '. » Lorsque Marsillac, gentilhomme de la Reine, eut été assassiné par Rochefort, domestique de M. le prince, ce dernier avoua hautement et publiquement son protégé devant le Parlement, bien qu'il ne pût faire valoir en sa faveur que des griefs imaginaires*. Quant à l'assassinat politique, loin d'en rougir, on se faisait gloire de l'avoir tenté. Tous les seigneurs français, ligués contre le maréchal d'Ancre, complotent de le faire mourir un jour qu'il dînerait chez le prince de Gondé. Montrésor, racontant son projet d'assassinat sur la personne de Richelieu, ajoute que « ceux qui font une particulière profession d'honneur, doivent avoir une extrême aversion des intrigues et des démêlés de petite conséquence » . Et Relz, qui trempa dans la conspiration, s'en vante en disant « que cela est

* Le Mercure français, année 1608, p. 289.

* Ibid., année 1609, p. 332.

3 Rapide, Recueil sur les états généraux de 1614, p. 397. — Edme de Rochefort, marquis de Pleuvant, capitaine de cinquante hommes d'armes, lieutenant général au gouvernement de Nivernais et Donziais en 1619.

consacré par de grands exemples, justifié et honoré par le grand péril ' » .

Ces seigneurs qui ne croient pas souiller leur blason en se servant du poignard contre un rival politique, n'estiment pas non plus forfaire à l'honneur en se liguant avec les ennemis de leur pays, et en portant les armes contre la France. Sous Louis XIII, beaucoup sont toujours prêts à ceindre Técharpe rouge d'Espagne. L'appel à .'étranger est chose fort habituelle et fort admise, sinon très-régulière. Chacun, du plus petit au plus grand, en jugeait ainsi. Quand la Reine Marie fut brouillée avec son fils, en 1619, on lui suggéra d'épouser le Roi d'Angleterre, «afin d'avoir un appui dans cette nation' » . L'intendant du chancelier Séguier lui proposant d'acheter le comté de Bigorre (durant laFronde), faisait valoir la position séduisante de cette terre, d'où il y avait « commodité de pouvoir être rendu en Espaigne en quatre heures ^ » . L'avantage d'être secouru en cas de besoin par des troupes étrangères était hautement prisé par les gouverneurs de provinces frontières, comme Vendôme, d'Épernon ou Lesdiguières, et par les gentilshommes demisouverains, comme le duc de Bouillon à Sedan.

Le noble ne professait pas le même genre de patriotisme que le roturier. Il était sujet du Roi bien plus que sujet du royaume. Le dévouement à la patrie était subordonné à la fidélité au monarque. On ne craignait pas de servir contre son pays, on n'aurait osé porter les armes contre son prince. Le service en effet était dû au chef de la France, non à la

1 MoNTRÉsoR, Mémoires, p. 202; Retz, Mémoires, liv. I, — Claude de Bourdeilles, comte de Montrésor, mort en 1663, frère du marquis de Bourdeilles, d'une des plus vieilles familles de France; la baronnie de Bourdeilles était une des premières du Périgord. Petit-neveu de Brantôme, dont il avait hérité, cousin germain de M. de Thou, fut favori du duc d'Orléans.

* Richelieu, Mémoires, t. I, p. 199..

3 Mss Godefroy, CXXXV, fol. 217. (Bibliothèque de l'institut.')

France elle-même. C'était la pensée féodale, Tattaclie ancienne du vassal au suzerain, et non l'attache moderne de riiabitant au sol natal. Les rebelles avaient grand soin de faire cette distinction qui fut plus tard tout à fait vaine, qui déjà était bien subfile sous Richelieu, mais qui au moyen âge était possible. Ce qu'on appelle o principe des nationalités » est à tous égards fort récent; le système assez artificiel des États européens au dix-septième siècle n'avait pas une assiette bien stable. Il faut s'en souvenir pour comprendre des mœurs déjà si loin de nous. C'est ainsi que plus d'un brave à bout de ressources n'hésitait pas à « prendre le turban » , comme un commerçant ruiné passerait aujourd'hui en Amérique. Madame de Rohan conseillait, après la prise de la Rochelle, à Soubise, son fils cadet, de se joindre aux corsaires mauresques et de se retirer en Rarbarie. Et dans ce cas extrême, ce qui préoccupait le plus n'était pas la question de patrie, mais la question de religion'.

Dans tous les cas, personne parmi les meilleurs citoyens de ce temps ne comprenait le patriotisme avec l'excessive délicatesse de nos jours. La nationalité n'avait pas encore ce caractère de susceptibilité extrême, et d'exclusivisme rigoureux, qu'elle a pris dans la suite. M. de la Roderie, résident de France près du landgrave de Hesse, était en même temps colonel d un régiment de cavalerie dans ses

' « C'est iine chose approuvée en cas de nécessité, écrit madame de Rohan ; ils ne sont point Turcs, mais les catholiques les nomment tels, parce qu'ils ne reconnaissent pas le Pape. On ne vous propose pas de les aller trouver, mais de se trouver ensemble sur mer, pour y chasser de compagnie. ■ (Richelieu, t. I, p. 366.) —Benjamin de P.ohan, seigneur de Soubise (1583-1C42), fils de René de l'.ohan et frère cadet du duc Henri de Rohan, nommé en 1621 par les protestants commandant général de Poitou, Bretagne, Anjou. En 1623, il s'empara de la Botte royale de Blavet et l'emmena à l'île de Ré. Il mourut en Angleterre, où il s'était réfugié après la chute de son parti. — Soubise, seigneurie située près de Rochefort, dans le département actuel de la Charente-Inférieure, lui venait de sa mère, dame de Soubise.

troupes'. Le père d'Arnaud d'Andilly, avocat général, était chef du conseil de beaucoup de princes, parmi lesquels il y en avait plusieurs d'étrangers *. Le ministre de Suède était un Français, fils d'un médecin de Saumur'. Les étrangers, dit Brienne, sont généralement « bien traités en France, pourvu qu'ils aient du mérite* ». Il en était de même des Français à l'étranger, sauf peut-être en Angleterre. Les lettres de naturalisation, qui conféraient la qualité officielle de Français, ne s'obtenaient pas aisément dans notre pays*. Mais, sauf le titre, les étrangers y jouissaient des mêmes avantages que les nationaux. L'armée , par exemple, était extrêmement cosmopolite, et un bon soldat, quel que fût son origine, y trouvait toujours un favorable accueil.

Un dernier détail achève de nous faire connaître l'âme de cette société : ces hommes d'une énergie outrée, si courts de principes et si calmes devant la mort, étaient profondément superstitieux. Les légendes les plus naïves, les inventions les plus bizarres et les plus folles ne sont pas au-dessous de leur crédulité. Bodin, dans un ouvrage de haute politique, parle sérieusement « du nombre nuptial de Platon, du nombre parfait de 496, et de son influence sur le changement des républiques » ; du nombre 63, dan-

' Abbé Arnaxjld, Mémoireu, p. 486.

* Arnaud d'Andilly, p. 409.

3 Tallemant, t. VII, p. 180. — Le sieur de Ccrisante.

* Brienne, Mémoires, p. 34.

' Ces lettres étaient vérifiées à la chambre des comptes avec des formalités assez rigoureuses. Mazarin nous en fournit un exemple. « Sur le» lettres de naturalité accordées à Jules Mazarin, abbé de Saint- Avau, référendaire en cour de Rome en l'une et l'autre signature, la chambre des comptes a ordonné commission rogatoire être délivrée, pour informer des mœurs et religion , biens et facultés de l'impétrant. » 11 lui fallut une dispense, et les lettres furent enregistrées « à la charge qu'il ne pourrait être pourvu en France A'aucun archevêché, évêché, ni abbaye chef (tordre .. . (Plumitif, P. 2763, fol. 74.)

çereux aux Yieillards, de la force des nombres septennaires, et de la proportion des planètes aux peuples '. Le maréchal de Biron, quand on vint le trouver pour lui apprendre sa condamnation, était occupé d'astrologie judiciaire. II comparait quatre almanachs, étudiait la lune, les jours et les signes célestes. L'abbé Arnauld parait croire à la chiromancie et à l'astrologie*. La chambre de justice, en 1631, condamne aux galères perpétuelles, comme criminels de lèse-majesté, des particuliers « qui avaient fait des jugements, pronostics et nativités sur la vie du Roi ' ■ . Anne d'Autriche voyant tomber un des mulets qui portaient sa litière, ■ envoie immédiatement demander à un Italien nommé Nerli, qui se mêlait de feire des horoscopes, ce que signifiait la chute de son mulet * » . Puységur raconte l'histoire d'un soldat « dans le corps duquel l'épée ni les balles de mousquet ne pénétraient point, parce qu'il avait un caractère ■ . On finit par l'assommer d'un coop derrière la tète, et « une fois mort, on lui trouva son caractère, et ses compagnons dirent qu'il avait été religieux * » . Richelieu trouve fort naturel que la maréchale d'Ancre ait fait bénir des coqs et des pigeonneaux, pour les appliquer ensuite sur sa tète h titre de médicaments*. Le grand ministre prit au sérieux bien d'autres bourdes, et crut fermement, comme beaucoup de ses contemporains, à la pierre philosophale^. Il juge qu' « il y a grande apparence que Luynes se servit de charmes (pour plaire à Louis XIII), par les relations qu'il eut avec deux renommés magiciens, qui lui donnèrent des

• République, p. 560 et suiv., et p. (590.

• Mémoires, p. 496.

' RiCBELiET, Mémoires, t. II, p. 3-34.

• La Pobte, Mémoires, t. II.

» PirrsÉGCB, Mémoires, t. II, p. 21 (édiu de 1690).

" RiCHEUKTJ, Mémoires, t. I, p. 166.

' Voyez plus loin les Finances, le chapitre Valeur monétaire.

herbes pour metlre dans les souliers du Roi, et de la poudre pour mettre dans ses habits ' » . Quelques années avant, Pontchartrain, secrétaire d'État, homme grave, consigne dans ses Mémoires le bruit que plusieurs personnes sont accusées « de magie ou de sortilège, et de s'être voulu servir de moyens exécrables pour s'attirer l'amour et la bienveillance de quelques dames* » .

' Mémoires, t. I, p. 249. 11 note aussi les prédictions de quelques charlatans.

• Pontchartrain, Mémoires, p. 321. Paul Phélipeaux de Pontchartrain, fils de Louis Phélipeaux, seigneur de la Cave et de la Vrillière, conseiller au présidial de Blois, et de Rade{;onde Garrault (1569-1621). Secrétaire d'État des affaires étrangères depuis 1610. Marié avec Anne de Beauharnais. Une de ses filles épousa Mangot, seigneur de Villarceaux. H eut pour successeur son frère Raymond, — Pontchartrain avait été secrétaire de Villeroy, puis secrétaire des commandements de Marie de Médicis.

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