CONCLUSION
Sur les richesses climatoriales de la Corse
Ainsi, la Corse peut offrir aux malades les différentes stations qu’exige leur état, et cela pendant toutes les saisons de l’année. Notre pays tire précisément son originalité de cette diversité de climat, qui est comme une synthèse de tous les climats : le côtier, le maritime, de montagne et celui d'altitude. Aussi, si l’on fait un choix de séjour approprié à la la saison et à l’affection à traiter, le malade ne souffrira jamais ni de l’extrême chaud, ni de l'extrême froid. C’est ce que disait le docteur Donné, dans les « Débats » (1852) : « Quel beau climat que celui de la Corse, et d’Ajaccio en particulier ! Il faut aller jusqu’ aux îles de la Grèce, pour trouver une température aussi douce, un hiver aussi clément, un été aussi tempéré. C'est déjà le soleil d'Afrique, avec un soleil moins ardent, mais non pas moins pur ». Dès lors, notre épigraphe : «In Corsica Ver œternum », peut-elle paraître hyperbolique ? Non ! C’est le printemps éternel ! L'hiver, abritez-vous à Ajaccio, par exemple ; au retour de Mai, atteignez Cauro, Carbuccia ; et dès que vous vous ressentez des ardeurs de l’été, transportez-vous à Vizzavona.
Ces ressources climatériques constituent donc un trésor thérapeutique, presque une panacée. Et l'opinion du Professeur Landouzy corrobore ce que nous avançons : « Si dix-huit heures de mer ne la séparaient pas de la
métropole, la Corse réaliserait le sanatorium idéal, car, non contente d'offrir aux tuberculeux, à Ajaccio même, le type de la station hivernale maritime, elle leur fournit encore les ressources du climat alpestre. À quatre heures de la mer, s’échelonnent vers le centre de l'Ile, abordables en chemin de fer, des stations forestières (Vizzavona, Boscognano), dont les altitudes diverses permettent aux convaléscents de faire, sans grand frais, surtout sans fatigues, toute une variante de cures.
« Cette diversité de cures, faisables presque en l'unité de temps et de lieu, est inconnue aux tuberculeux de la Riviera, qui savent que, venus les jours difficiles d'Avril et de Mai, il leur faudra gagner les lointains parages de Montreux, ce que, trop souvent, ils font avec une brusquerie fort dommageable ».
« Sans paradoxe, j’ai vu la Corse, combinant les avantages de la cure marine, avec ceux de la cure d’altitude, offrir aux tuberculeux qui y fixèrent pour un très long séjour, leur home-sanatorium, toutes les adjuvances thérapeutiques ».
L'on peut aujourd’hui faire abstraction du conditionnel initial de la citation précédente, car l’on peut accomplir la traversée de Marseille à Ajaccio en douze heures, et, mieux encore, aller de Nice à l’Ile-Rousse en 6 heures, et de Livourne à Bastia en quatre.
Nous même, lorsqu'il y a un an, nous avons arrêté le plan de ce travail, nous eûmes le désir d'acquérir une confirmation personnelle par une expérimentation toute simple ; nous pûmes arriver, par l'observation que l’on va lire, à des déductions favorables :
Observation de la jeune A... de V.., 15 ans
Je priai le médecin de Mile A..., atteinte de tuberculose au débutet soumise au traitement de Ferrier, de mela confier pour lui faire subir une cure climatérique méthodique, méthode que j’exposai au préalable à notre aimable con-
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frère. Nous avions l'observation complète du sujet à l’examen ; elle réunissait signes fonctionnels et signes sthétoscopiques non douteux, d’une tuberculose au début, au moment où nous l’avons examiné, c’est-à-dire en Septembre 1910. C’est au mois de Décembre suivant que notre jeune malade s’assura, en séjournant dans diverses localités, à peu de distance et à peu de frais, l’uniformité et la douceur climatériques, adjuvants précieux du traitement de la tuberculose.
De Décembre 1910 à Février 1911, séjour à Arena- Vescovato, gare située dans la plaine orientale, sur le terriloire de la commune de Venzolasca, et à une demi heure de ce village.
De Mars 1911 à Juin 19711, ]la malade regagne Venjolasca, à 212 mètres d'altitude.
De Juin 1911, à mi-Septembre 1911, elle a séjourné à Loreto-di-Casinca (612 m ), que nous avons déjà signalé parmi les stations estivales appelées à être fréquentées. A l'heure actuelle, une route carrossable, il est vrai, mais encore cahoteuse, conduit de Venzolasca à Loreto en trois quarts d'heure.
(En toute cette région, les majestueux châtaigniers règnent en maîtres, bigarrés de-ci, de-là, par des oliviers, des citronniers, des orangers, d’opulents vignobles, en somme par la végétation des côtes parallèles d'Italie et d'Espagne).
Fin Septembre dernier, au moment où nous quittions Venzolasca, notre malade revenait de Loreto ; bientôt elle descendra établir ses quartiers d'hiver en une région plus clémente encore, à Arena-Vescovato.
Cette malade n’aura plus besoin de se déplacer, après avoir évité les rigueurs de l’hiver, car, d’après l’avis méme de notre confrère, cette cure climatérique lui a été si profitable, que la guérison est obtenue, vu que tout signe physique a disparu ainsi que tout symptôme fonctionnel. Ajoutons que, depuis Avril dernier, notre malade avait
abandonné, sur les conseils de son médecin, toute thérapeutique médicamenteuse.
Ces faits ont, pareux-mêmes, assez d'éloquence, pour que l'on puisse songer contester l'étendue du champ nouveau que ces ressources climatoriales offrent à la climatothérapie.
Pouf ce qui est de leur mode d'utilisation, il ressort assez nettement, croyons nous, de l’observation précédente.
Quand on aura élevé des sanatoriums à Ajaccio, sur la côte orientale pour les séjours hivernaux, lorsque des établissements existeront dans les localités dépendant de 11 zône de demi-altitude ; que de vastes maisons hospitalières auront été édifiées dans les forêts de Vizzasona, de Valdoniello, d’Aïtone et dans diverses stations estivales, on pourra aisément se conformer aux précieux conseils donnés par le Professeur Landouzy.
Et, en tous lieux, les convalescents éprouveront, non seulement de l’euphorie physique, mais même un bienêtre moral incomparable, en séjournant dans des décors merveilleux. On connaît la formule de l’Eco:e Romantique : « Un paysage est un état d'âme », incontestablement vraie ; mais que le poète ou le peintre fassent passer « un peu de leur äme » dans leur production, il n’est pas moins évident qu’un joli paysage gaiment ensoleillé, frappant agréablement la rétine, peut, à son tour ranimer des énergies vitales assoupies..… L'artiste peut prêter de son « moi », à une ambiance ; mais l’ambiance influe sur l'être moral... Que l’on contemple la mer splendide, étincelante et immobile ; que l’on se repose sur des collines, ombragées par de puissants châtaigniers, donnant vue à la fois, sur la grève lointaine et calme de la mer, et sur de hauts sommets neigeux, où le soleil se réfléchit et se réfracte, entourant ainsi les choses des couleurs les plus variées ; que l’on ait demandé asile aux forêts si accueillantes de pins, de hêtres, de sapins, d’aulnes, de bou-