‹ Rideau a huit heuresChapitre 21 sur 75 · ACTE I, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE III

NoUVION.

Excusez-moi. Je viens d'être désigné d'office comme avocat d'Arsène Réaux, et j'ai eu à peine le temps de lire l'acte d'accusation. Je ne sais donc rien qui ne soit connu à peu près de tout le monde. En fût-il même autrement, je regarderais comme contraire à ma conscience et au devoir professionnel de devancer la publicité de la Cour d'assises.

Ragondet.

Fort bien, Monsieur, vous êtes dans les anciens principes. Ils peuvent avoir été appropriés au temps, mais le monde actuel a d'autres exigences. Nous avons aussi notre devoir professionnel, lequel est d'instruire nos lecteurs qui veulent être informés à tout prix. J'aurai peutêtre plus de succès d'un autre côté, et je serais désolé pour votre cliente si les renseignements que j'espère obtenir ailleurs établissaient dans l'opinion un premier courant qui ne lui fût pas favorable.

NouviON.

Essayez, Monsieur, vous êtes libre.

Ragondet.

Mon enquête est commencée déjà, et depuis deux jours que je me suis mis en campagne, j'ai appris que Marcel Froissy était fort bien de sa

personne et qu'il passait pour avoir eu les bonnes grâces de plus d'une de nos bourgeoises.

PONGIBAUD.

Heureux drôle !

Ragondet.

On m'assure même qu'il aurait passé à Riom la nuit qui a précédé sa mort, et la preuve... Nouviox.

La preuve?

Ragondet.

C'est la position du cadavre lorsqu'on l'a trouvé. Il avait le dos tourné à la ville.

NOUVION

C'est un simple indice.

Ragondet.

Un indice, soit ; l'on aura peut-être mieux.

NoUVION.

Je n'ai le droit de négliger aucun renseignement ; je prends note de celui-ci, et je vous serai reconnaissant de toutes les indications qui pourraient jeter du jour sur l'affaire et m'aider dans ma défense.

Ragondet.

Service pour service, Monsieur. Vous connaissez Arsène Réaux ?

NouvioN.

Oui.

ACTEI.SCENEIII 45

Ragondet.

(Montrant une photographie). Permettez-moi de vous demander si ce portrait lui ressemble.

PONGIBAUD.

Une jolie fille, ma foi. Pourquoi, diantre, ne l'ai-je pas rencontrée ?

NouvioN.

C'est bien elle.

Ragondet.

Merci, Monsieur, je vais l'expédier dès aujourd'hui pour la salle de dépêches d'un journal qui tire à cinquante mille.

NouviON, à Pongibaud.

Emmène donc ce trafiquant.

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