‹ Riel [microforme]Chapitre 11 sur 86 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

GOULET, PARISIEN, RiEL ET AMBROÏISE LÉPINE:

Riez.—Vous voilà, mes bons amis! D’où venez-vous donc ? Etes-vous bien avancés dans les travaux de vos champs.

Goucer.—Nos travaux vont bien jusqu’aujourd'hui. Mais, écoutez, Riel, le découragement semble s'emparer de presque toute la colonie des métis français. Il faut que vous les rassuriez, Vous êtes notre homme. Depuis plusieurs

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années, ils ont bien vu, comme nous, le petit groupe d’émigrants d'Ontario se conduire bien mal à l’égard de la cumpagnie de la Baie d'Hudson et des métis canadiens-français. Il n'y a pas longtemps, he d'indignation, vous nous avez fait voir la haine implacable que ce groupe d’émigrés anglais portent contre nos lois, nos mœurs, notre croyance et nos zélés missionnaires. Ces beaux messieurs, nous disiez-vous, arrivent ici comme chez eux, ne voulant pas tenir compte de la compagnie de la Baie l'Hudson parce

qu’elle ne leur convient pas, et se montrant incapables de nous endurer parce que nous sommes catholiques et de sang français. Le North-Wester nous en fournit bien la preuve : ce journal, lu et ol par toutes ces têtes chaudes-là, et dans

equel écrit le fanatique Dr.

Schultz, débite toutes sortes d’insultes contre les métis, nos frères, contre nous tous. Cela n’a pas empêché que tous nos compatriotes les ont endurés avec la plus grande patience jusqu’aujourd’hui !

RieLz.—C’est ainsi qu'il faut faire, parce que nous sommes de véritables chrétiens. C’est le creuset de la souffrance qui nous rend bons, justes et réellement grands.

GouceT.—C'est vrai, Riel. Mais ce qui nous fait craindre plus que jamais, c’est de voir comme ce parti d’arpenteurs fait cause commune avec ce Schultz et tous ses amis. J'entends partout dire que tous ces habits rouges d’Ontario, de concert avec tous ceux qui nous hzissent, se proposent de diriger contre nous les pius effrayantes

ersécutions. Nos frères les métis sentent le esoin de s’organiser ct de se mettre en état de

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défense ; et ils se découragent en voyant que personne ne se montre en avant, pourtant il n’y a pas de doute qu’unis comme uù seul homme, nous pouvons chasser du bout du pied tous ces intrus dont la mine et la monière d'agir sont si choquantes et si insupportables.

RieL.— Goulet, j'ai découvert le dessein pervers que nourrissent, depuis un certain nombre d'années, tous ces émigrants et tous ces arpenteurs d'Ontario. Tous, ils ont la même idée, les mêmes intentions ; tous, ils veulent nous exterminer ou nous chasser de nos maisous, Ces étrangers sont des envahisseurs pleins d’hypocrisie et d'audace. Au nom d'un gouvernement sans droit sur notre pays, ils se constituent en autorité coutre nos privilèges, notre liberté, l’ordre établi qui nous garantit ce que nous avons de plus cher. Oui, je le répète, avec cette prétendue autorité, ils veulent se faire les spoliateurs de nos biens, les démolisseurs de nos autels et les exterminateurs de notre race.

Voilà les projets sataniques que tous ces ambitieux criminels commencent déjà à mettre à exécution.

GouLer.—Ce serait affreusement pénible, si après avoir tant forcé, tant sué pour défricher et améliorer nos terres, tous ces nouveaux-venus avaient la prétention de nous les enlever au nom d’un gouvernement voleur.

RIEL.— Goulet, n’êtes-vous pas plus brave que cela ? Que nos paisibles compatriotes ne se laissent pas abandonner au découragement, parce que ces belles provinces souriraient à Fenvie, à la jalousie, à l'ambition, à la canaïlle. Quand bien même nos magnifiques prairies et nos riches

forêts auraient pour les méchants des charmes irrésistibles, cela ne veut pas dire qu'ils n’auraient qu’à tendre la main pout les avoir. Ne role Les pas cavables de leur faire lâcher prise

LÉPINE (AMBROISE).—VOUs avez raison, Riel!

Vous nous faites la lumière devant ces noirs complots que tous ces canadiens anglais trament dans l'ombre pour nous faire disparaître. Déjà leurs -conspirations diaboliqnes pèsent sur nous d’une manière à nous causer bien des déboires et bien des appréhensions. Au milieu des actes les plus révoltants, ils ne se gênent pas de dire qu'avant longtemps, ils vont rosser et balayer tous les colons catholiqnes et d’origine française.

RIEL.—Oui ! maïs encore une fois, nous ne les laisserons pas faire sans leur offrir la résistance d’un sang français. Autrement Ces anglais et ces orangistes sans foi ni principes, entraînés par l’appât des richesses naturelles de notre sol,

s ressources immenses que renferme notre :

pays au point de vue industriel et commercial, et sous l'impulsion de la haïne des sectes contre la religion catholique, chercheraient à nous anéantir ou à nous reculer de plus en plüs dans les forêts jusqu’à ce que nous périssions de froid, de toutes sortes de privations, ou jusqu’à ce que nous nous en allions nous noyer sur les bords de la mer Glaciale ou du Pacifique. Car plus le diable en a, plus il veutenavoir. Nous ne pourrions jamais trouver de places, d’endroits, de canons qu'ils ne convoiteraient pas et ne chercherient pas à avoir par les moyens les plus malvonnêtes et les plus honteux!.. Voilà le doux rêve de tous ces rapaces, dangereux comme

des vampires, qui se sont échappés de la province d’Ontario ! J'ai sondé toute la profondeur des projets les plus iniques et les plus exécrables, qu'ils entretiennent dans leurs esprits comme des scélérats. J'ai vu qu'ils sont soudoyés par un gouvernement dominé par la secte orangisle, et qu'ils servent d'instruments à tous Îles spéculateurs, à tous les contracteurs fanatiques d'Onlario et d’ailleurs, qui voudraient arriver à. la réalisation des spoliations les plus infâmes, et créer ainsi une terre anglaise, une autre prevince d’Ontario ges sa langue, sa croyance et ses institutions. Î1 n’y a que des anglais orangistes pour commettre de telles abominations en plein dix-neuvième siècle ! ;

LÉPINE.—Oui! les pires hommes que l’on puisse rencontrer sur laterre! Avec eux il faut maudire le Christ et marcher dans le sang de nos frères ! secte fanatique ! secte sanguinaire ! secte francophobe surtout!

RieL.—Mes chers amis, il importe avant tout de relever le. courage de nos compatriotes.

Accomplissons des actes d’héroïsme pour leur montrer que nous pourrons toujours neutraliser les intentions criminelles que tous ces aventuriers d'Ontario nourrissent contre nos brillantes destinées. De plus, allons de suite nous rendre compte de toutes les opérations des arpenteurs du gouvernement canadien et réduisons À néant toutes leurs iniques prétentions. (Z{s sortent tous.)

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