‹ Rigobert, ou Faismoi rire comediedrame, en trois actesChapitre 27 sur 54 · I.E CHEVALIER · texte numérisé non relu

I.E CHEVALIER

La perplexité dans laquelle lu es plongé ne durera pas long-temps ; je l’aurai bientôt débarrassé des misérables qui te tyrannisent.

Vraiment?... et comment?

14 MAGASIN THEATRAL

LS CHBVAL1BR. »

Tu m'aideras à les renverser.

M 60 BKRT .

Hoir

LS CHEVALIER

Oui, noire cause est commune; je ne dois pas avoir de secrets pour toi ; je vais donc te dire le rôle que je joue ici ; mais bourbe cluse surtout I

Oh I ne craignez rien.

LR CHEVALIER.

Je suis certain qu'on ne nous espionne pas maintenant; mais je ne réponds point de l’avenir. ( Il ouvre toute» les portes.) Dans toutes ces pièces, on ne perd pas le rnoiudre des roots qui se prononcent ici.

RtGORCKT.

Et pour qu'on ne vous entende pas du tout, tous ouvrez les portes... Ce système d’isolement me parait cocasse t

LS CffKVAMKH.

C’est ie seul moyen d'éviter les indiscrets: on les voit venir, et on se tait dès qu’ils se présentent. #

C’est juste l

LR CHKTALIRR.

Au moment où tu me quittais, la première et la dernière lois que je te vis, un des deux bandits que tu avais terrassés se releva... Je le saisis au collet, afin de le conduire chez un magistrat» mais le drôle implora ma pitié, en médisant que, si je voulais ( épargner, je saurais qui l'avait j chargé de m’assassiner... que je pourrais me tenir sur mes gardes... Je consentais, et il me nomma le comte de Cardonelli et le marquis d'Arcano... Je me rendais a Chambéry pour sou* lever contre eut toute la ville, parce qu'ils avaient fait exiler le comte de Nanla, mon père, par leurs basses manœuvres, leurs infimes calomnies... Je compris tout-à-coup qu'il m’était impossible de lutter ouvertement contre ces deux hommes; qu'ils lanceraient contre moi d’autres assassius auxquels je n’échapperais peut-être pas, ou qu’ils m’arrêteraient comme rebelle... Je compris enfin que mon plan était insensé, mal conçu, et je le changeai aussitôt : je résolus de les perdre par l'intrigue... Je pardonnai à mon bravo, et je lui remis cent ducats, en lui ordonnant d’aller annoncer à ceux qui avaient armé son bras que j'avais cessé de vivre... Il jura de m’obéir, partit, et fut fidèle à son serment... Je me fis appeler le chevalier de Saint-Pons; je veillai à ce que la nouvelle de ma mort sr répandit partout, et quand elle fut bien accréditée, je vins à Chambéry... i J’étais complètement Inconnu h la cour de Charles-Emmanuel ; je l’avais quittée à làge de quinze ans, pour servir sous les ordres de mon oncle, le duc de Cbinon, maréchal de France... Je me présentai donc sans crainte au comte de Cordonclli, et je lui offris mes services. 11 les accepta, m’employa d’abord à des travaux secrets de peu d'im- j

portance; puis il m’en confia de très-graves, pais enfin je devins son confident, son ame damnée...

Il m'apprit que tous ses efforts tendaient à la régence du duché, et ne me cacha pas les infamies qu’il commettait pour satisfaire plus vite son ambition.. Je lui fis remarquer que la conduite du marquis était en tous points exactement semblable à la sienne, et qu’il me paraissait probable qu’il désirait atteindre le même but. M. de Cardonelli partagea mon opinion, et meditqu'il découvrirait par moi ce mystère, qu’il s’arrangerait de manière à ce que le marquis m'attachât à sa personne... Peu de temps après cet entretien, j’étais le secrétaire de M. d’Arcano ; j’eus bientôt gagné sa confiance... Il m'avoua qu’il voulait la régence... Je lui fis craindre également que le comte ne fût son concurrent, et je lui dis : Je puis vous éclairer a cet égard... Depuis longtemps M. de Cardonelli m'offre de m'acheter vos secrets; j’ai refusé ses propositions ; mais je vais les accepter... En lui révélant des choses insignifiantes, je l’amènerai sans doute à s’ouvrir complètement à moi... M. d’Arcano trouva mon moyen excellent, et m'ordonna de l'employer sans retard... Hier, j’ai appris à ces misérables leur rivalité. En les trahissant ainsi tous les deux, je les ai convaincus de ma fidélité, et j’ai établi entre eux une lutte dans laquelle ils s’enferreront, dans laquelle ils périront i'un par l’autre.

RIGORERT.

C’est assez adroit; mais en quoi puis-je vous être utile?

t.R CHEVALIER.

Tu les occuperas pendant que j'agirai, tu les empêcheras de contrôler ma conduite.

RIGOtERT.

Est-cequ’il ne vaudrait pas mieux les dénoncer tout de suite ?

LB CHEVALIER

Non... il me faut des preuves... je me les serai bientôt procurées.

RiGOBBRT.

Oui; mais en attendant... je leur donnerai une vilaine occupation. .. ils joueront, l’un a me pendre, l’autre a nie dépendre... cela peut devenir nuisible à la langue.

LB CUEVALIBR.

Aurais-tu peur?... toi, que j’ai vu si calme, si audacieux au pied de la potence!

RlGOi&RT. [

Ah l c’est que je me croyais prédestiné à cette époque.

LB CHEVALIER

Est-ce que tu crois à l'astrologie

RtGOBERT.

Pourquoi pas?.,. Il y en a de plus huppés que moi... le prince, par exemple, ne jure que par son astrologue... je lui parlais hier de la prédiction de mon oncle...

LB CHRVAL1ER.

Une prédiction!,..

Oui... mon oncle a déclaré que je serai» trèsbeureux, à dater du jour où je serais très-malheureux... le prince a voulu savoir si mon oncle s* est trompé, et il a ordonné à maître Carllno de s'occuper de mon horoscope... le vieux savant étudie maintenant ma planète ; mon oncle ne se trompait jamais... pourtant, à vrai dire, je désirerais connaître l'opinion de Carlino... parce que... 1 voyez-vous... on n’a qu’un cou, on y tient, c’est une faiblesse; mais on y tient... vous coropresei...

LE CHEVALIER

Pas le moins du monde... mais, sois sans inquiétude : si le danger devenait imminent, je te préviendrais, et je ménagerais ta fuite.

Adopté à l'unanimiié ; niais de 1a prudence, prévenez-moi, je ne suis pas lâche... s’il s’agissait de se défendre a coups d’épée...

LE CHEVALIER

On vientl silence... lu ne me connais pas, n’oublie pas ceci.

Et vous, n’oubliez pas que vous devez me prévenir.

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