BARBA
Je vous défie!...
LB CHEVALIER
N’élevez pas la vol», docteur, on nous entendrait, et il vaut mien» que tout ceci reste entre nous; parlons bal... Souvent la justice fait grâce de la vie à un criminel lorsqu’il livre ses complices... j'agirai comme la jusiiee à votre égard, si vous me livrez le marquis et le comte.
BALBI
Il faudrait qu'ils fussent coupables, et ils ne le sont pas plus que moi.
LB CHEVALIER
Parlons bas, docteur, votre intérêt l'exige. Je poursuis : Afin que l’on ne tentât pu de se débarrasser de vous après la mort de Charles-Emmanuel. vous avez exigé que le marquis et le comte vous écrivissent chacun une lettre dans laquelle sa complicité fût bi«n établie... donnezmoi ces deux lettres, et je...
BALBI
Elles n’existent pas!
LE CHEVALIER
Elles existent, docteur.
BALBI
Je ne vous comprend* pas, voua êtes Cour
LB CHEVALIER
Non, j’ai tout mon bon sens.
BALBI
Cesses de m’importuner!
LB CHEVALIBR.
Je vous ai conseillé de parler bas, docteur.
BALBI
Mais, monsieur, je ne crains pas que l’on m'entende.
LB CHEVALIER
Pour la dernière fois, docteur, voulei-voui me donner ces lettres?
BALBI
Pour Ta dernière fois, je vous répète que je ne vous comprends pas, taissez-moi!
LB CHEVALIER
Ne vous hâtez pas de sortir! si vous franchissez sans moi le seuil de cette porte, vous serez arrêté et conduit immédiatement dans le plus profond cachot de la tour.
BALBI
I! ne suffit pas d’accuser, Il faut prouver; prenez garde.
LE CHEVALIER
Je prouverai, docteur, je prouverai, mes mesures sont Rien prises. Six médecins célèbres qne j’ai ; fait appeler arriveront aujourd'hui, et examineront votre conduite. Comme votre science est incontestable, Ils trouveront au moins extraordinaire que vous ayex ordonné, afin de guérir une maladie de langueur, le repos, la solitude, et par conséquent l’ennui. Votre crimesera reconnu, et Charles- Emmanuel vous traitera avec une rigneur extrême; 1 ne comptez pas sur MM. d’Arcano et de Cardo- I • nelli pour l'apaiser ou ie tremper encore; j'ai
RTGOBEKT.
plaoé prés de lui un homme qui est plus puissant qu'ils ne l'ont jamais été.
BALBl.
Et cet homme?
LE CHEVALIER
Se nomme Rigobert.
BALBl.
Comment, c’est vous... ?
LE CHEVALIER
Oui, docteur. Charles-Emmanuel a peur de la mort, vous le savez. Or, maintenant qu’il croit ! que son eiislence dépend de celle du bouffon , il ne négligera rien pour prolonger scs jours 11 craindra de contrarier Rigobert; il satisfera tous ses caprices. Rigobert m’est dévoué; il va demander l’exil du comte et du marquis, il va se déchaîner contre vous... Vous voyez que je n’ai pas agi légèrement. Vous êtes mort, docteur ! je vous en donne ma parole d’honneur!
BALBl.
Un instant, monsieur! si je vous remettais ces lettres ?
LE CDBVALIBR.
Elles existent donc ! enfin, vous l’avouez î
BALBl.
Plus bas, monsieur! si je vous remettais ccs lettres?
LB CHEVALIER
Je ne m’en servirais qu'après avoir assuré votre fuite, je vous le jure!
BALBl, tirant un portefeuille de ta poche.
Eh bien l les voici.
Il hii remet !rt lettres.
LE CHEVALIER
Heureusement pour vous, docteur, je n’ai pas deviné que vous les portiez dans votre pourpoint.
BALBl.
Rappelez-vous votre promesse!
LE CHEVALIER
Un cheval vous attend a la petite porte du parc; mais avant de partir, il faut me rendre un service.
BALBl.
Lequel I
LE CHEVALIER
11 faut annoncer au marquis et au comte que Charles- Emmanuel est perdu sans ressources, que, grAce aux émotions violentes qu’il a éprouvées aujourd’hui, la consomption s’est enfin déclarée. BALBl.
Mais c’«st faux! le prince va mieux, au eon traire.
LE CHEVALIER
Vous êtes bien scrupuleux ! un mensonge de plus doit vous être indifférent!
• BALBl. ,
Votre volonté sera faite.
LE CHEVALIER
Vous auriez tort de me trahir, maintenant que je possède les preuves de votre crime... on vous écoutera... et si vous prévenez vos complices du
danger qui les menace...
BALBl.
Oht je serai discret! Commencerai-je par le marquis ou par le comte?
LE CUEVALIBR.
Commencez par le comte, et, après lui avoir appris U position désespérée de son altesse, vous lui direz que je suis seul ici. f
BALBl.
Et quand j’aurai exécuté vos ordres ?
LE CHEVALIER
Vous irez m’attendre dans le pavillon ; car vous ne pouvez sortir sans moi. Les sentinelles ont ordre de s’opposer à votre passage.
BALBl. I
Je compte sur votre honneur.
LE CHEVALIER
Moi. je compte sur votre frayeur.
Balbt tort par 1a droite.