‹ Rigoletti, ou, Le dernier des fousChapitre 10 sur 27 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

Les Mêmes, SPOLIANI.

SPOLIAM, se présentant.

C'est moi , mon prince, moi, le bandit Spoliani.

LE DUC

Spoliani... Misérable!... comment étes-vous ici?

SPOLIASI.

J'y étais venu pour me soustraire aux recherches de vos a{;ents... Rigoletti en sa qualité d'ancienne connaissance avait promis de me sauver.

LE DtC.

Et vous n'avez pas craint de paraître en ma présence?..,

SPOLIANI.

Non, monseigneur, attendu que je viens de trouver ma grâce là-dedans.

(Il indique la salle.) P.IGOLEm.

Sa grâce !...

SPOLIANI.

J'espère que mon zèle pourra me la faire obtenir. Quel est l'appartement voisin de cet endroit?

LE DUC

Celui de l'envoyé de Hesse-Cassel.

SPOLIANI.

C'est juste... Ça, monseigneur, vous avez une pupille ?

LE DCC

La comtesse Laura d^ Wurtzbourg.

SPOLIAM.

Positivement : si, avant ce soir, vous n'avez pas rendu je ne sais quelle réponse, on doit l'enlever cette nuit...

LE DTJC.

L'enlever !

RIGOLETTI, ;i part.

Pauvre Alphonse! il en mourrait!...

LE Di:c.

Et quels sont les audacieux... ?

SPOLIAM.

Ah ! mes oreilles peuvent me servir à travers une muraille, mais mes yeux ne vont pas

jusque-là... Pourtant un des interlocuteurs appartient, j'en suis sur, à votre altesse; il prétend qu'il agit dans votre intérêt et par dé- ^ouement.

LE DUC

Le récit de cet homme est vrai , et s'accorde jiarfaitement avec cet écrit que je viens de recevoir.

SPOLIAM.

Enfin on craint votre police... aussi on doit se rencontrer à votre fête pour éloigner tous les soupçons... c'est là qu'on veut se remettre un papier qui renfermera toutes les instiuctions.

LE DUC

Ah ! l'entreprise est bien calculée , et pas moyen de savoir... ?

Eh! mais... j'y pense... en faisant arrêter... et fouiller tout le monde au beau milieu du bal...

LE DUC

Un tel éclat est impossible... d'ailleurs ce n'est pas là ce que je veux... il me faut un moyen nui me donne le même résultat, sans que je puisse être accusé de violence... je voudrais les humilier... les jouer, les rendre pendant dix ans la risée des cours de l'Europe... Oh ! pour cela, peu m'importe, j'adopterai tout... et je ne craindrai pas dans mon propre palais...

Monseigneur... j'ai trouvé le moyen qu'il vous faut ! Que veulent vos ennemis?... vous réduire... forcer votre volonté... c'est un assassinat politique... Eh bien ! prévenons l'assassinat par un simple vol.

LE DUC

Que veux-tu dire ?

Oui , à travers ces nobles étrangers qui circuleront en foule dans vos appartements, glissez cet homme à main habile, qui ne saurait passer devant une poche sans faire rafle sur tout... par ce moyen-là, vous vous emparerez de tous les portefeuilles, et qui sait combien de plaisantes anecdotes, de choses importantes cette ruse innocente va vous faire découvrir ! En une heure, vous en saurez plus sur le compte dcjla cour et de la ville que votre chef de la police ne peut en apprendre en un mois.

LE DUC

Eh! mais, c'est bien hardi !

C'est pour le salut de l'état, monseigneur. (A part.) Si ça ne l'occupe pas , je ne m'y connais plus.

LE DUC, à part.

Je crois vraiment qu'il a raison. (Haut.) Mais

cet liomme peut être remarqué au milieu de ma cour ?

niGOLETTI.

Impossible... Voyez-le avec cet habit brodé, ces dentelles , l'cpee au côté et l'air impertinent, on le prendra pour un autre.

SPOLIANI.

Monseigneur, je me dévoue encore... voler pour le salut de l'état... quel honneur ! LE ncc.

J'adopte la proposition... et si tu me réponds du mystère, je te signe un sauf-conduit, et tu pourras sortir sans danger de mes états.

C'est trop juste, monseigneur; il faut encourager le talent.

LE DUC

Il n'y a qu'un fou de ton espèce qui ait pu concevoir un pareil projet... mais je te charge de le conduire à bien.

BIGOLETTI.

Soyez sans inquiétude. (A Spoliani.) Va m'attendre dans la galerie , je te rejoins bientôt.

SPOLIANI.

Pense à mon sauf-conduit.

C'est convenu... (A part.) Le voilà un peu dérouté... Courons dire à Laura que j'ai déchiré cette lettre, autrement je seiais perdu... Ciel ! la voilà !

eoooeeeeseeeeeeseeeeeeeeeeeosseeoBocsooaeesgeeeeeegeeoeeeQ

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