‹ Rigoletti, ou, Le dernier des fousChapitre 6 sur 27 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

RIGOLETTI, SPOLIANI.

Que vois-je?... est-ce bien possible?... Spoliani, le bandit... dans le palais du duc, et sous ce déguisement !

Sl'OI.IAM.

Tu m'as reconnu?

Pardieu ! ce n'est pas le costume, c'est ta tête qu'il fallait changer ; ça ne t'aurait pas fait de

mal... Ah çà, mallieurciix , es-tu fou?... et viens-tu me souffler mon emploi?

SPOLIAM.

Non pas, maître Ri(;oletti : à toi l'esprit, à moi le cournge... deux pauvres cjualites... J'attaque tous les jours des poltrons, et tu fais rire des imbéciles.

RIGOLETir.

Ça dispense du danger, et ça repose l'imagination. Mais, encore une fois, il est impossible que tu restes ici.

SPOLIAM.

Où veux-tu que j'aille? on me jjuette aux portes de la ville... et puis vous donnez une fête au palais... tous les gardes sont sur pied... la police encombre les rues; sans demeure, sans abri... je pouvais être arrête'... Ma foi, j'ai tiré ce costume de ma vaste garde-robe, et sans la moindre difficulté je suis venu me mêler aux grands seigneurs. C'est bien le diable si les espions me clierclient ici!

P.IGOLETTI.

Mais, damné que tu es, crois-lu que je te laisserai, sans rien dire, circuler dans ce palais?

SPOLIAM.

J'y suis à l'abri de tout... sois tranquille, je sais choisir ma tanière... le palais du souverain est lieu d'asile... j'y dois être respecté... Au revoir, Rigoletti , je m'aperçois que je suis venu trop tôt... je vais me promener dans le parc, en attendant la fête.

Quelle audace!... Mais tu es donc las de vivre ?

SPOLIANI.

Non pardieu!... Si je puis sortir de vos griffes... je veux vivre... bien vivre, loin des sbires, des grands juges, à mon aise, libre... heureux sur la terre de France, de l'or dans ma ceinture et du vin dans ma gourde... alors je deviens honnête homme... Jusqu'à présent, pour l'être, j'avais trop d'enthousiasme, je sentais trop vivement... le moyen d'être philosophe à vingt-cinq ans!... libre... mais pauvre... ne rien posséder de ce qui charme l'f.xistence... de l'or, des bijoux, ie cœur d'une femme, voir passer tout cela sur la grande route, dans la bourse du riche, sur le pourpoint d'un grand seigneur, ou sous le corsa{;e de la jeune fille... sentir un mousf|uel dans sa main... et ne pas dire au riche : Nous sommes frères ici-bas... la moitié de ton escarcelle! au seigneur: Tous les hommes sont égaux, et la vanité n'est pas sainte... à moi vos cordons et vos chaînes!... à la jeune fille : Un regard, un présent en échange d'un soupir!... Avec tout cela, vive Dieu!... l'air pur de la montagne... des balles à discrétion et la haine des hommes dans le cœur, ou se croit à l'abri de tout.

Aie au Village voisin.

Mais j'ai passe le temps de la jeunesse , Et maintenant me voilà vertueux.

C'est étonnant, sitôt qu'on se fait vieux , Comme on écoute la sagesse.

Oui, j'ai du remords, Je sens tous mes torts , De les réparer, désormais, je m'empresse. Noble et {;énércux Près des malheureux Je cours , prodiguant Mon or et mon argent.

Jadis franc vaurien , Je deviens bon chréiien :

Quitte U revenir, quand je n'aurai plus rien, Tâclier, sans façon, de rattraper du bien.

p.tcnLETTI.

A la bonne heure! raccommode- toi avec les hommes, mais ne te fâche pas avec la justice... va- t'en !

SPOLIANI.

Non! je veux assister à la fête... je sens déjà un parfum d'or et de bijoux qui me flatte agréablement.

P.IGOLETTI.

Ah ! c'est trop fort... si tu veux te perdre, je n'oublierai pas, moi, qu'un jour, près d'un enfant et d'une femme mourante... tu m'es venu secourir... Je te sauverai malgré toi; en attendant que je puisse te conduire en lieu de siireté, tu vas entrer là...

SPOLIAM.

Tu veux donc m'empêcher de gagner ma vie ?

P.IGOLETTI.

Je veux t'empêcher d'être pendu! (il le pousse dans la salle. ) Pousse les verrous, et n'ouvre qu'à moi seul... (Seul.) Misérable coquin! s'exposer ainsi... et c'est moi qui porte le grelot!... Courons chez Laura...

( II va pour sortir, Alphonse entre.) eiaeaseesecsssosoessosaoossfiseossessesfiseooesssssosesossse

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