‹ Rime et raisonChapitre 18 sur 19 · LUTHER · texte numérisé non relu

LUTHER

Depuis ta noce, ô Mascarille, Qui mit l'enfer en action, rhomme, redevenant argile.

Peut se livrer, par légion, A Lucifer, c'est si facile, Oh ! par dévotion

Voltaire

Volt

aire

Arouet, dit Voltaire, Ne sut jamais se taire Quant le trait, jaillissant De son esprit mordant - S'offrait à le distraire.

Dans le Christ au calvaire Voyant un adversaire, Sa jeunesse oubliant Alors que vieillissant.

Il se mit à malfaire.

ni

Se croyant mandataire

De l'incroyant vulgaire,

Il devint écrasant

Le Fils du Dieu vivant.

Et. . . . mourut sans rien faire.

Sa face atrabilaire En marbre refractaire Conserve en grimaçant Un sourire agaçant ; Dieu règne à l'ordinaire.

Naufrage du "Titanic"

Naufrage du *' Titanic'*

Il s'appelait titan, et, sur l'onde écumante,

Jamais on n'avait vu telle masse flottante ;

De l'avant qui fend l'onde à la poupe qui fait,

On mesurait, dit-on, d'un hameau le circuit ;

Sur les flots mugissants, qui se creusent, s'élancent.

Forment des monts altiers dont les sommets s'avancent

Et, comme un escadron paraissent se mouvoir.

Rarement on voyait le géant s'émouvoir :

Il narguait l'aquilon, défiait la tempête,

Sur l'océan soumis, aflSrmait sa conquête.

Et l'homme, en son orgueil, se pâmant de plaisir.

Disait, le regardant : *' Je puis tout accomplir ! "

Quand le monstre d'acier, à la cale profonde.

Quitta les bords anglais pour ceux du nouveau monde,

Ses salons, ses boudoirs, rayonnant de clarté,

Regorgaient de la fleur de la société ;

Celle-ci, de confort pleinement entourée,

Goûtait la confiance autrefois ignorée

Contre les coups subits du perfide élément

Qui souvent aux marins sait paraître inclément.

Chacun de ces richards, comblés en l'occurrence,

Vantait cette victoire acquise à la science

Et se glorifiait comme d'un grand honneur.

Fortunés passagers, d'en avoir la primeur.

Acclamant ce départ, l'antique renommée.

Aujourd'hui plus bavarde et la presse nommée,

Élevait à la nue et même jusqu'au ciel

Le moderne et puissant progrès matériel.

Et le titan, toujours, reliant à la terre

Son cours audacieux par la voix du tonnerre.

S'avançait vers New- York, ce port américain

Qui renferme, dit-on, un peu le genre humain.

On s'en allait ainsi, au sein du brouillard dense.

En se livrant au flirt, au plaisir, à la danse.

Quand soudain, à bâbord, causant un léger bruit.

Comme un déchirement de métal se produit

Sans pourtant des marins troubler la quiétude

Ni même aux passagers causer d'inquiétude ;

Et l'orchestre aux danseurs prodiguant ses accords.

Prolongeait un " turkey " pour ladies et milords ;

Mais la danse aux dindons bientôt fut impossible

Sur le pont qui s'incline et . . . O clameur horrible !

On entendit partout, dominant les violons.

Ces cris désespérés : " Nous sombrons !Nous coulons !"

Et l'horreur, succédant au plaisir, à la joie.

L'on vit la mer immense assiéger sa proie.

NAUFRAGE DU « TITAÎÎIC )) 225

Engloutir lentement le colosse d'acier.

Monter sur son avant, le couvrir en entier,

Envahir brusquement les salons, les cabines.

Mettre un comble au désordre en noyant les machines

Eteindre le courant de l'électricité

Et plonger ce palais dedans l'obscurité.

Et, puis c'est l'heure affreuse acquise au sauvetage

Où l'âpre désespoir voisine le courage.

Un peu plus tard enfin, le titan disparu

Laissait, aux environs d'un glacier apparu,

Des victimes luttant, hurlant contre la vague

Qui, bientôt leur tombeau, reprend sa rumeur vague.

Quelques rares esquifs, balancés par les flots,

Montrent les survivants commis aux matelots :

Quinze cents naufragés, tel est le plus bas nombre,

Connurent le trépas durant cette nuit sombre :

Et l'orgueil insensé, du coup coulant à pic,

Sombra, la chose est sûre, avec le Titanic.

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