‹ Rimes d'un bisal̀eulChapitre 22 sur 75 · PLUIE DE MAI · texte numérisé non relu

PLUIE DE MAI

A Madame la Baronne M. de R.

Mes chanteurs du matin, rossignol et fauvette, Sont muets; on n'entend que le « crâ » du corbeau Et le cri sautillé de la bergeronnette, Ce sautillant et gracieux petit oiseau.

Ma fenêtre, la nuit, était restée ouverte Pour ouïr au réveil tous leurs chants réunis, Mais il a plu; l'eau mouille encor la feuille verte Et les oiseaux frileux sont restés dans leurs nids.

De ces pleurs de la nuit le printemps se délecte Quand ils n'arrêtent pas les bras des travailleurs, Et ne se plaint jamais lorsque la pluie humecte La terre desséchée et rafraîchit ses fleurs.

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Les sentes du Fréhaut, par moi si fréquentées, Ont leurs attraits doublés par l'air qu'on y respire ; Les branches des sapins, de vert nouveau gantées, Comme au sortir d'un bain ont l'air de me sourire.

Je n'ai plus le regret des chanteurs du matin, Et ne me plains non plus du nocturne arrosage En voyant tout si beau, si frais, si féminin, Et perdant seulement un peu de gai ramage,

Car tout devra chanter dans la forêt ce soir, Quand les oiseaux viendront me dire leur bonsoir, Et de la nuit de mai la pluie, en importune, Ne viendra plus troubler l'éclat du clair de lune.

i5 mai 1899.

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