VARIÉTÉ ET MONOTONIE
A Madame Maurice Boiselle.
Soigner son estomac comme un ami qu'on aime Est un penchant humain, un sentiment permis; Pour son bien-être, en plus, on doit approuver même Le goût du changement auquel il est soumis;
Tandis qu'en amitié changer est félonie,
Se séparer, toujours un acte douloureux,
Qu'on ne souffre jamais de la monotonie,
Et que le cœur par elle est plus gai, plus heureux;
Qu'on voit même en amour, où la constance est rare L'habitude parfois ménager des transports Dont l'ivresse un instant fait oublier au corps Toutes les nouveautés où le désir s'égare.
Laissons à l'estomac, aux sens des gens blasés, Ce besoin de changer, sans en être l'apôtre, Mais n'en parlons jamais qu'en termes déguisés Devant tout cœur qui ne sent pas comme le nôtre.
La femme sans cesse à l'affût de chants nouveaux Ne se lasse jamais non plus d'un même thème Et ne peut s'empêcher de trouver toujours beaux Ces quatre mots : Vous êtes belle et je vous aime.
23 novembre 1899.