LA LÉGENDE DE LA BREBIS
La femme, avec son cœur, quand il est bien épris,
Invente et donne vie à plus d'une légende,
Et, chaque fois qu'il s'est agi de propagande,
De ses succès on n'a jamais été surpris :
Devant son tribunal, la Brebis représente
La bonté, la douceur et la soumission;
Pour elle on sait qu'il n'est personne qui ne sente,
Au jour de l'abattoir, de la compassion;
Tout homme, en écoutant son bêlement si tendre,
A pitié de son sort, sent tout son cœur se fendre,
Et pense au souvenir du Bon Pasteur.... Eh bien,
Contre cette légende il faut que je m'insurge :
Indocile au berger, ne craignant que son chien,
Caractère têtu, ne suivant que Panurge,
Le cœur de la brebis n'a que des appétits,
Et doit être flétri pour son indifférence,
Car c'est la seule mère, au jour de leur naissance,
ii2 RIMES D'UN BISAÏEUL
Qui sans émoi se laisse enlever ses petits!...
Et cependant longtemps, « sur les bords de la Seine » Où Deshoulières a fait paître son troupeau, Les tendres cœurs auront toujours plaisir nouveau A relire les vers de celle qui les mène.
17 juillet 1899.