‹ Rimes de chez-nous [microforme]Chapitre 11 sur 15 · L'OUVRIÈRE · texte numérisé non relu

L'OUVRIÈRE

Quand l'aurore sourit dans sa voilette claire. Annonçant le retour de la vie aux humains :

Et que le soleil d’or vient donner à la terre Frémissante d'amour, le baiser quotidien ; De son petit lit chaud, l’ouvrière gentille,

Saute à bas, en riant, car la voix du labeur L'appelle au saint travail, phare éternel qui brille,

Garantissant le pain, sauvegardant l'honneur.

Après avoir refait sa brune chevelure,

Et mis sa robe noire, unique vêtement ; Coquette, malgré tout, fière de sa parure,

Elle consulte son mirroir en souriant.

Et puis aux pieds du Christ, fixé sur la muraille, L'ouvrière offre son cœur à ce Dieu d'amour,

La prière, soutient du pauvre en la bataille Qu'il livre pour gagner le pain de chaque jour.

Voyez son déjeuner sur la modeste table,

Un petit pain, du lait, voilà tout le menu ; Mais son franc appétit de vingt ans est capable De réveiller la faim au cœur du plus repu.

L'heure du départ sonne et vite l'ouvrière Ajuste crânement un chapeau tout fleuri, Qu'elle sait, plaire tant, à son ami siacère, Que la coquette abeille a fabriqué la nuit.

Mais avant de quitter sa petite chambrette,

Au portrait du promis, encadré d’un ruban, Elle adresse un regard et sa main mignonnette Chaque matin, envoie, un baiser tendrement.

Puis, le cœur satisfait, au devoir qui l'appelle, L'ouvrière s’en va, fredonnant un refrain.

Heureuse que l’ami l'aime et lui soit fidèle : Très fière de gagner, sans déshonneur, son pain.

Son homme, le promis, tout l’objet de son rêve,

Un vrai cœur d’artisan, chéri de l'atelier.

Honnête à son travail et méprisant la grève,

Il apporte au devoir : courage et probité.

Chaque jour de repos, pour eux, plaisir immense, Sous les ombrages verts, ils s'en vont très heureux, Projetant d'avenir et parlant d'espérance

Sur le foyer prochain qu'ils rêvent tous les deux.

Va, courageuse enfant, pauvreté n’est pas vice.

Toujours, sous l’humble toit, le bonheur est plus sain.

Cent fois, chez le crésus, l’or n’est qu’un artifice, Un factice apparat qui cache le chagrin.

Sois chrétienne en ton cœur, sois chaste, reste pure. L'honneur est un joyaux qui ne s’achète pas.

Il vaut mieux se couvrir d’une robe de bure,

Que trafiquer l'amour pour l'or, les falbalas.

Et, si quelque beau snob, élégant de la boue, Pour ta fleur de vingt ans t'offre un infâme prix, Imprime tes cinq doigts sur son ignoble joue,

Comme on marquait, du fer, autrefois les bandits.

Donne ton âme à qui t’aimeras pour toi-même ;

Prends un homme chrétien, un artisan de cœur. Dieu bénit le foyer, en sa bonté suprême, Où, règnent à la fois, le travail et l'honneur.

D' Ame de Chez-JYous

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