SONNET XC
La nr.ort de Laure l'engage à méditer sorieasemsnt sur la vie fulure.
La charmante beauté que tellement j'aimais Est d'au milieu de nous subitement partie. Et pour prix des vertus dont elle fut remplie, Elle est montée au ciel, moi du moins je l'admets.
De recouvrer * les clefs il est temps ou jamais De ton cœur qu'elle tint captif pendant sa vie, Et de suivre la voie où marcha cette amie : Rien sur terre ne doit t'arréter désormais ?
Libre étant maintenant de ta plus grande affaire, Du reste tu peux bien aisément te défaire, Et pèlerin léger t'envoler vers le port;
Car tu vois aujourd'hui que tout est de la mort Tributaire ici- bas, et combien il importe Pour Tâme d'arriver leste à franchir la porte.
GANZONE VIII.
Pentito, invoca Maria, e la scongiura a voler soccorrerlo in vita ed in morte.
Vergine bella, che di sol vestita , Coronata di stelle, al sommo Sole Piacesti si, che 'n te sua luce ascose; Amor mi spinge a dir di te parole :
Ma non so 'ncominciar senza tu' aita, E di colui eh' amando in te si pose.
Invoco lei che ben sempre rispose Chi la chiamô con fede. " Vergine, s' a mercede Miseria estrema dell' umane cose Giammai ti volse, al mio prego t' inchina ; Soccorri alla mia guerra; Bench' i' sia terra, e tu del ciel regina.
Vergine saggia, e del bel numer una Délie béate vergini prudenti, Anzi la prima e con più chiara lampa ; 0 saldo scudo dell' afflitte genti
GANZONE VIII
Repeataat, il invoque Marie, et il la supplie do venir à son aide pendant sa vie et à l'heure de sa mort.
Vierge, unique beauté, d'étoiles couronnée Et de soleil vêtue, ô toi qui tant ornée Plus tellement à Dieu qu'en ton sein il prit jour, A. parler de ton nom me presse mon amour ; Mais sans toi je ne peux, et sans ton assistance. Et sans celui qui mit en toi sa complaisance. Toi qui réponds si bien à l'invocation.
Écoute donc ma prière.
Vierge, si notre misère Te porta quelquefois à la compassion, Daigne donc à mes vœux prêter attention ;
Assiste-moi dans ma peine.
Quoique terre je sois, et toi du ciel la reine.
Vierge sage, qui tiens dans le groupe éclatant Des vierges que l'on dit sièges de la prudence Le premier rang, que dis-je, et qui l'emportes tant; 0 ferme bouclier de l'humaine souffrance ,
in 1».
Contra' colpi di Morte e di Fortuna,
Soito '1 quai si trionfa, non pur scampa :
0 refrigerio al cieco arder ch' avvampa
Qui fra' mortali sciocchi :
Vergine, que' begli occhi,
Che vider tristi la spietata stampa
Ne' dolci membri del tuo caro figlio,
Volgi al mio dubbio stato,
Che sconsigliato a te vien per consiglio.
Vergine pura, d' ogni parte intera,
Del tuo parto gentil figliuola e madré,
Ch' allumi questa vita e 1' altra adorni ;
Per te il tuo Figlio e quel del sommo Padre ,
0 fenestra del ciel lucente, altéra,
Venue a salvarne in su gli estremi giorni ;
E fra tutt' i terreni altri soggiorni
Sola tu fosti eletta,
Vergine benedetta,
Che 'I pianto d' Eva in allegrezza torni.
Fammi, che puoi, délia sua grazia degno,
Senza fine, o beata,
Già coronata nel superno regno.
Vergine santa, d' ogni grazia piena, Che per vera ed altissima umiltate Sahsli al ciel, onde miei preghi ascolti;
Qui pares du Destin les coups et de la Mort, Sous lequel on se sauve et triomphant on sort ; 0 de l'aveugle ardeur des mortels en démence
Le remède précieux :
Vierge, tourne tes beaux yeux, Qui bien tristes ont vu les blessures profondes De ton glorieux fils, en grâces si fécondes,
Vers mon état sans pareil.
Et daigne m'éclairer par ton sage conseil.
Vierge pure et sans tache, et qui fus fille et mère Dans ton bien précieux et rare enfantement ; Toi l'éclat de ce monde et du ciel l'ornement; Porte du ciel sublime, éblouissante, altière. Par toi ton divin Fils et du souverain Père Vint pour notre salut dans nos plus sombres jours ; Et parmi les nombreux et terrestres séjours
Oui seule tu fus choisie.
Vierge adorable et bénie ; Qui d'Eve transformas en délices les pleurs. Dans le ciel où déjà tu règnes couronnée,
Toi sans fin, ô fortunée, Rends-moi, car tu le peux, digne de ses faveurs.
Vierge sainte qui fus de toutes grâces pleine.
Qui par ta véritable et haute humilité
Du ciel, d'où tu m'entends prier, devins la reine,
Tu partoristi il fonte di pietate,
E di giustizia il Sol, clic rasséréna
Il secol pien d' errori oscuri e folti :
Tre dolci e cari nomi ha' in te raccolti,
Madré, figliuola e sposa;
Vergine gloriosa,
Donna del Re che nostri lacci ha sciolti,
E fatto U mondo libero e felice ;
Nelle cui santé piaghe,
Prego ch' appaghe il cor, vera beairice.
Vergine sola al mondo, senza esempio ;
Che '1 Ciel di tue bellezze innamorasti ;
Cui ne prima fu, simil, riè seconda;
Santi pensieri, atti pietosi e casli
Al vero Dio sacrato e vivo tempio
Fecero in tua virginità féconda.
Per te puô la mia vita esser gioconda,
S' a' tuoi preghi, o Maria,
Vergine dolce e pia,
Ove 'I fallo abbondô la grazia abbonda.
Con le ginocchia délia mente inchine
Prego che sia mia scorta,
E la mia torta via drizzi a buon fine.
Vergine chiara e stabile in eterno, Di questo tempestoso mare Stella,
Par toi virent le jour la source de bonté,
Et ce juste Soleil qui si bien rassérène
Ce siècle enseveli dans de sombres erreurs.
Toi seule réunis trois doux noms, trois grandeurs
D'épouse, de fille, de mère ;
0 vierge au nom glorieux 1 Souveraine du roi qui d'Adam, premier père. Racheta le délit et libres put nous faire ;
0 toi qui fais les heureux.
Satisfais donc mon cœur, dans son flanc douloureux.
Vierge par excellence, unique en ce bas monde. Dont les rares beautés séduisirent les Cieux, Qui ne fus surpassée et qui n'eus de seconde, Tes célestes pensers et tes actes pieux Dressèrent au vrai Dieu son vivant et saint temple Dans ta virginité féconde et sans exemple. Si tu le veux, tu peux rendre mes jours joyeux ;
Car toi priant, ô Marie I
Vierge de douceur et pie.
Où régna le péché vient pleuvoir la faveur! Et dans l'humilité profonde de mon cœur
Daigne me servir d'escorte Pour que mes pas errants vers le grand but je porte.
Vierge dont la beauté, l'éclat, sont éternels. Qui d'étoile nous sers sur cette mer perfide.
D' ogni fedel nocchier fidata guida; Pon mente in che terribile procella r mi ritrovo, sol, senza governo, Ed ho già da vicin 1' ultime strida.
Ma pur in te 1' anima mia si fida; Peccatrice, i' nol nego, ' Vergine ; ma ti prego Che '1 tuo nemico del mio mal non rida : Ricorditi che fece il peccar nostro Prender Dio, per scamparnc, Umana carne al tuo virginal chiostro.
Vergine, quante lagrime ho già sparte,
Quante lusinghc e quanti preghi indarno.
Pur per mia pena c per mio grave danno !
Da poi eh' i' nacqui in su la riva d' Arno,
Cercando or questa ed or queir altra parte ,
Non è stata mia vita altro ch' affanno.
Mortal bellezza, atti c parole m' hanno
Tutta ingombrata V aima.
Vergine sacra ed aima,
Non tardar, ch' i' son forse ail' ullim' anno.
I di mici, più correnli che saetta,
Fra miserie e peccali
Sonsen andati, e sol morte n' aspctta.
Vergine, talc è terra c posto ha in doglia Lo mio cor, che vivendo in pianto il tenue ;
Toi du nocher fidèle, ô le fidèle guide, Daigne donc remarquer les ouragans cruels Où seul, sans gouvernail, je me vois si timide. Et la fin de mes jours je crois apercevoir. Mais mon âme dans loi place tout son espoir ;
Coupable elle est, je ne nie
Vierge, mais je l'en supplie.
Fais qu'à ton ennemi ne profite mon mal : Souviens-toi bien que Dieu, pournos péchés, vinlprendre
Voulant libres nous en rendre, Son humaine nature en ton sein virginal.
Vierge, après tant de pleurs, tant de vaines prières, Après m'ètre bercé d'un espoir erroné , Quel est donc mon profit? Des peines, des misères ! Depuis que de l'Arno sur les bords je suis né, Parcourant tantôt l'une et tantôt d'autres terres , Mes jours furent sans cesse un tissu de tourments ; L'esclave aussi je fus des sons, des mouvements
D'une beauté périssable.
Vierge sainte et secourable , Ne larde point, je suis du tombeau sur le bord ; Mes jours plus vite ont fui que la tlèche légère ,
Dans le péché, la misère :
Maintenant je ne dois attendre que la mort.
Vierge, poussière elle est celle qui sut vivante Nourrir mon cœur de pleurs, au deuil qui l'a rivé;
E di mille miei mali un non sapea; E per saperlo, pur quel che n' avvenne ~ Fora avvenuto ; ch' ogni altra sua voglia Era a me morte ed a lei fama rea.
Or tu, donna del ciel, tu noslra dea (Se dir lice e conviensi), Vergine d' alti sensi. Tu vedi il tutto ; e quel che non potea Far altri, è nulla alla tua gran virtute, Por fine al mio dolore ; Che a te onore ed a me fia salute.
Vergine, in cui ho lutta mia speranza Che possi e vogli al gran bisogno aitarme. Non mi lasciare in su 1' eslremo passo : Non guardar me, ma chi degnô crearme; No '1 mio valor, ma V alta sua sembianza Ch' è in me, ti mova a curar d' uom si basso. Médusa e 1' error mio m' han fatto un sasso D' umor vano stillanle ; Vergine, tu di santé Lagrime e pie adempi '1 mio cor lasso ; Ch' almen 1' ultimo pianto sia devoto, Senza terrestro limo, Come fu '1 primo non d' insania vôto.
Vergine umana e nemica d' orgoglio, Del comune principio amor t' induca;
Et de mes mille maux elle fut ignorante ; Les eût-elle connus, ce qui m'est arrivé Tel devait m'advenir. Étant plus complaisante, C'était pour moi la mort, pour elle déshonneur. Mais toi, reine du ciel, déesse de mon cœur,
( S'il m'est permis ce langage )
Vierge si prudente et sage , Tu vois tout. Quand autrui n'aurait atteint ce but. C'est un jeu, je le sais, pour ta grande puissance
De terminer ma souffrance ; Ce sera ton honneur, et pour moi le salut.
Vierge dans qui j'ai mis toute mon espérance, Qui peux dans mon malheur me prêter assistance, Veille donc sur ma vie à la fin de son cours ; Ne me regarde point, mais l'auteur de mes jours ; Et que non ma valeur, mais bien sa (1) ressemblance Qu'en moi je porte, à moi t'engage à t'attacher. Méduse (2) et mon erreur m'ont fait, un dur rocher
Ruisselant d'une humeur vaine :
Vierge, d'une sainte veine De larmes remplis donc mon cœur triste et lassé ; Qu'au moins mon dernier pleur soit un pleur de sagesse,
Sevré de toute bassesse, Tout aussi bien que fut mon premier insensé.
Vierge humaine, qui fus de l'orgueil ennemie.
Par amour du commun principe de nos jours
Miserere d' un cor conlrito, umilc :
Ghe se poca mortal terra caduca
Amar con si mirabil fede soglio,
Che devrô far di te, cosa gentile ?
Se dal mio stato assai misero e vile
Per le tue man resurgo,
Vergine, i' sacre e purgo
Al tuo nome e pensieri e 'ngegno e stile,
La lingua e '1 cor, le lagrime e i sospiri.
Scorgimi al miglior guado ;
E prendi in grado i cangiati desiri.
Il di s' appressa, e non pote esser lunge;
Si corre i! tempo c vola,
Vergine unica e sola;
E '1 cor or coscicnza or moYlc punge.
Raccomandami al tuo Figliuol, verace
Uomo e verace Dio,
€h' accolga il mio spirto ultimo in pacc.
Prends pitié de mon cœur contrit qui s'humilie ; Que si d'un tel amour sut m'enflammer toujours Un atome de terre et caduque et mortelle, Que ferai-je pour toi, pour toi surnaturelle? Si de mon vil état rempli de déplaisirs
Par tes mains je me délivre.
Vierge, je consacre et livre A ton nom mes pensers, mes larmes, mes soupirs, Et ma langue et mon cœur, mon génie et mon style :
Fais que j'aille au saint asile.
Me sachant gré d'avoir permuté mes désirs.
Mon tombeau va s'ouvrir , je suis bien près du bord ;
Le temps si vite détale ,
Vierge qui n'eus de rivale ; Mon cœur sent l'aiguillon du trépas, du remord. Recommande-moi donc à ton Fils, qui fut homme,
Lui qui seul vrai Dieu se nomme ; Que la paix il me donne au moins après la mort.