‹ Rimes familières (volume 2)Chapitre 16 sur 31 · SONNETS · texte numérisé non relu

SONNETS

CHARLES GOUNOD

Son art a la douceur, le ton des vieux pastels. Toujours il adora vos voluptés bénies.

Cloches saintes, concert des orgues, purs autels : De son œil clair il voit les beautés infinies.

Sur la lyre d'ivoire, avec les Polymnies,

Il dit l'hymne païen, cher aux Dieux immortels.

« Faust )) qui met dans sa main le sceptre des génies

Égale les Juans, les Raouls et les Tells. ■

CHARLES GOUNOD

De Shakspeare et de Gœthe il dore l'auréole; Sa voix a rehaussé l'éclat de leur parole : Leur oeuvre de sa flamnie a gardé le reflet.

Échos du mont Olympe, échos du Paraclet Sont redits par sa Muse aux langueurs de créole Telle vibre à tous vents une harpe d'Éole.

A M. HENRI SECOND

Réponse à son sonnet Peines d'amour perdues.

Si nous nions le jour pour la lueur fugace,

C'est que depuis l'aurore on égare nos pas,

Avec un soin jaloux nous dérobant la trace A

Du droit chemin, qu'hélas ! nous ne connaissons pas.

Le poison du mensonge a nourri notre race,

Le venin dans la coupe abreuve nos repas :

Kn nos veines il coule et du sang prend la place; j

Le pain de vérité nous donne le trépas.

A M. HENRI SECOND

L'esprit faussé depuis la première jeunesse, Comment goûterions-nous les vrais biens? notre cœur A senti du Serpent la trompeuse caresse ;

Il prend pour Tldéal une impossible ivresse, Méprisant la Nature et le simple bonheur : Le Vrai voile sa face et le Faux est vainqueur.

A M. GEORGES AUDIGIER

Non, loin desyeux n CSX pas loin du cû?z/r! le contraire j Pour les âmes d'élite est plutôt vérité. Quand d'amis sérieux il s'est fait une paire, L'un ne trahit pas l'autre après l'avoir quitté.

L'éloignement détruit l'amitié du Vulgaire Pour qui coule toujours l'eau du fleuve Léthé: C'est un sable mouvant : Bien fol et téméraire Qui se fierait jamais à sa solidité !

A M. GEORGES AUDIGIER.

A nous qui caressons la divine chimère

Et dont les hauts pensers se rencontrent aux cieux,

Que font en plus, en moins, quelques pas sur la terre ?

Loin de l'Antiquité, nous adorons ses dieux. Nous chérissons Virgile et vénérons Homère ; Désirant nous revoir nous nous aimerons mieux.

En Espagne, mais loin du Tage Quand je me promène en chantant, Avez-vous retrouvé Carthage Aussi belle qu'en la quittant?

Vous êtes fidèle à Timage D'un passé bien vague pourtant.

Vous accuser d'être volage Serait un menson^îc éclatant.

Jeune homme, vous êtes un sage !

Vous ne suivez pas le mirage D'un prisme mobile et changeant;

Vous marchez droit, avec courage,

Guidé par le pas diligent

De Minerve au casque d'argent.

Page 1