ELLE
Alors, quand désir d'amour vous entraîne, De tout son pouvoir on doit résister Pour ne pas sentir la cuisante peine De voir, malgré soi, l'aimé vous quitter.
A quoi bon un plan que l'on ne peut suivre, Et quand vient l'amour pourquoi donc le fuir? U nous faut aimer comme il nous faut vivre, Vivre en sachant bien qu'i^ faudra mourir.
SI L'ON A DTJ 0(i:UR
Suivre tes pas, Amour, N'est point toujours folio, Fatale fantaisie Dont il faille en la vie Trop regretter le jour.
(i'est au vœu de nature (^léder comme l'oiseau
Qui vole où brille Teaii, Où chante le roseau, Où fleurit la verdure.
Puis Auiuur est un dieu Dont Taiie souveraine De la terrestre plaine Tend à uiouter, hautaine, Jusqu'au céleste l'eu.
Qu'importe que ce maître Si libre, en sou essor, Vous quitte ou brise à mon, Mauvais n'est point le sort Qui vous le fit connaître;
f.ar, si Ton a du cœur, Malgré Tâpre détresse
Qui succède à Tivresse, Le dieu toujours vous laisse Kt plus haut, et meilleur.
A LiA VIOLKTTE ENGORK
Toutes les t'ois que dans les ohanips Printemps remet nature en fête , Mon cœur laisse échapper des chants En ton honneur, ô violette!
D'autres ileurs rem[)ortenl sur toi.
Rose ol lis brillent davantage; Mais tu seras toujours pour ntoi l.a Heur de Tamanl et du sage.
Quand je respire ton odeur Je crois respirer l'ambroisie Qui s'exhale d'un tendre cœur, Qu'un baiser de flamme extasie.
Puis mon esprit l'emonte aux joui's, Où, sous les ombrages d'Athènes, Platon à ses divins discours Mêlait tes divines haleines.
DOCTRIN A
Quels beaux jours que ceux où nature,
Ceignant sa robe de verdure,
Pour nous est prodigue du Jnen !
Qui peut, quand Tair s'emplit de tlamnies,
Qu'Apfiour parle à toutes les Ames,
Ne pas avoir le cœur païen !
Qui peut voir les aubes vermeilles, Les bois en fleurs, les vertes treilles.
Sans chanler Pan, les pieds fourchus; Qui peut voir à travers l'espace La beauté passer dans sa grâce Sans r adorer comme Vénus!
Soyons païens, mais de l'espèce La plus noble, celle de Grèce; En délicats sachons jouir :
Sans ilétrir sa tige divine.
Joncher le sol de sa ruine, Savourons la fleur du plaisir.
Puis, lorsque de la pâle automne L'hiver elléuillant la couronne Nous reprendra dans ses liens.
Durant le long deuil de la terre Ouvrons nos cœurs à la misère.
Et, chers amis, soyons chrétiens.
lOT.LE JEUNKSSK
Si jeunesse savait • Les choses de la vie, Comme celte étourdie Souvent s'épargnerait
La plainte et le regret!
Mais elle ne sait pas, Et Tadorable folle
A tous les pièges vole Et de funestes lacs Embarrasse ses pas.
El cependant pourquoi IjUÎ vouloir la sagesse?
Moins folle, la jeunesse Aurait-elle, ma foi, \a grâce que j'y voi?
Il faut, en son printemps, Que cette fougue neuve Passe par mainte épreuve Pour comprendre le sens De la vie et du temps.
jeunesse sans yeux.
Cours donc à l'aventure Briser ta forme pure
Sur les rocs anguleux D'un monde cauteleux ;
Quels que soient les effets De ton imprévoyance, Va, toute ma science Encor je donnerais Pour subir les échecs;
Oui, pour les jours d'orage Du printemps le moins vert, Je donnerais, peu sage, L'azur tranquille et clair Du plus beau ciel d'hiver.
KL.OGE D'HAFIZ