L'ENFANT DANGEREUX
Une chanson de Provence Dit qu'Amour, à sa naissance, Est comme un petit enfant Qui tette et va bégayant.
On lui rit, on le caresse, On le porte au bras sans cesso, Tant le mignon est léger, Tant il paraît sans danger.
Mais quelques jours d'existence Suffisent à sa croissance, £t le petit enfant nu Bien vite homme est devenu.
Alors à son tour le traître Vous prend et vous parle en maître, Et souvent dans les tourments Fait expirer deux amants.
Ah ! vraiment, lorsque Ton pense A quoi tient son existence, Que d'un coup d'oeil émouvant Elle dépend bien souvent.
Qu'un mot d'une tendre bouche, Un bout de pied qui vous touche Et l'étreinte d'une main Engendrent cet inhumain ;
On frémit de tout son être A voir le printemps renaître; Car, Dieu sait à quels malheurs Vont s'exposer tant de cœurs !