LES ÉPLUCHETTES
Nos cultivateurs ont souvent le secret de joindre l'utile à l'agréable ; assistez à leurs épluchettes de blé d'Inde (i)^ à l'automne, et vous •m'en direz des nouvelles.
Les epluchettes sont synonymes de " réjouissances." Ce sont des veillées où, tout en s'amusant le mieux possible, on fait surgir tout autour <ie soi, des monceaux de feuilles de blé d'Inde «t des pyramides de blancs épis.
Ces veillées se succèdent suivant un programme aussi attrayant que varié. Lundi, éplu- *:hette chez José, avec rondes, menuets et rigo-
(l) Le mot *' maïs " serait préférable, mais serait-il compris de tous ?
dons ; mardi, épluchette chez Baptiste, avec chansons comiques, jeux, récits de revenants ou de loups-garous, etc., et ainsi de suite, tant qu'il y a des épis de blé d'Inde à effeuiller, dans les diverses maisonnettes du canton.
Fait extraordinaire, ce programme n'a jamais vu le jour dans les colonnes d'un journal. Il suffit de le répéter de vive voix, de voisin à voisin, et personne ne manque à l'appel.
On s'explique assez facilement crt empressement général, par le fait qu'au cours des épliichettes, chaque âge rencontre son amusement favori : les vieux racontent ou jouent aux cartes, les jeunes dansent au son des violons, ou chantent avec accompagnement des accordéons et des concertinas ; quant aux amoureux, ils sont toujours les mêmes partout, ils font danser les feuilles de leur blé d'Inde de manière à pouvoir conter fleurette à Françoise ou à Catherine, et l'un d'eux vient-il à découvrir, par hasard, un épi aux grains rouges, aussitôt il est auprès de sa belle, faisant la révérence et fredonnant :
Ma chère Joséphine,
Allons gué,
Ma chère Joséphine,
Ne soyez pas fâchée
Ma luron lurette,
Ne soyez pas fâchée,
Ma luron luré ;
Si pour ce blé d'Indé
Allons gué, Si pour ce blé d'Indé, Je demande un baiser,
Ma luron lurette Je demande un baiser,
Ma luron luré !...
Joséphine est-elle un peu superstitieuse, l'échange a lieu, séance tenante, aux applaudissements de tous, et le jeune Baptiste, tout fier de son exploit, se remet à l'œuvre avec une nouvelle ardeur, prêt à recommencer le refrain, si l'occasion s'en présente encore.
En un mot, on se dirait en plein carnaval, avec cette différence, cependant, qu'aux épluchettes, on ne se rompt pas les côtes en pure perte, en glissant sur des montagnes russes, mais
on savoure avec délices les fines réparties de la bonne vieille gaieté gauloise, et l'on se quitte avec la satisfaction d'avoir contribué à apprêtai un produit très apprécié dans l'économie domestique.
A LA SAINTE-CATHERLN K.