SCÈNE PREMIÈRE
RISETTE, seule.
(Elle est assise et travaille à un chapeau ; elle chante.) Tradéri, déri; tradéri, déra,
Encore ce ruban rose, Et le chapeau, et le chapeau,
Encore ce ruban rose Et le chapeau sera fini.
Tradéri, déra, tradéri, déri, déri, déri.
(Eiie se lève; l'examinant.) Très-coquet, très-coquet.Voyons comme
il Vcl. Elle le met sur sa tête, se place devant un petit miroir avec révérence. (( Boil-
jour, ma toute belle. Bonjour, chère!» Si Ton voulait, pourtant !... Mais, bah! j'aime mieux mon petit bonnet de
linge ! (Chantant.)
Oui, je suis grisette, On voit ici-bas...
(s'interrompant.)
Ici-bas, au cinquième étage ! une seule chambre pour nous deux et pas un sou pour payer le terme ! Si Éveline
ne rapporte pas d'argent, je ne sais pas de quoi nous déjeunerons. Quelle heure est-il à ma pendule? (Eiie ouvre ia fenêtre.) Neuf heures et demie ! elle devrait être rentrée, (me ferme la fenêtre.) Il fait froid aujourd'hui; il faut que le poêle se soit éteint, (mie va voir.) Rallumons-le : vite un peu de bois. (Eiie ouvre le placard.) Absent pour cause de congé définitif! Qu'est-ce qu'on pourrait bien brûler ici? Tiens, il y a encore de la
Chaise ! ( Elle met une chaise en morceaux et s'accroupit devant le poêle : elle reprend l'air du commencement en allumant le feu.
Tradéri, déra, tradéri, déra,
Cette chaise est bien vieille, Mais les morceaux, mais les morceaux,
Cette chaise est bien vieille...
Mais les morceaux en sont bien bons.
Tradéri, déra, tradéri, déri, déri.