‹ Risette ou Les millions de la mansarde vaudeville en un acteChapitre 3 sur 27 · ACTE I. SCÈNE If · texte numérisé non relu

ACTE I. SCÈNE If

RISETTE

Ce n’est pas pour rien qu’on m’appelle Risette. Les pleurs ne servent qu’à rendre les yeux rouges, et j’ai la faiblesse de tenir aux miens.

ÉVELINA, i'a??eyant entre la table et la fenêtre, travaillant.

Pour ce que tu en fais!

RISETTE, sérieuse.

Qu’entendez-vous par là, ma chère Évelina?

ÉVELINA

Rien.

RISETTE

* Soit, mettons que c’était une bêtise.

ÉVELINA

Je veux dire que si tu étais moins sauvage...

Moi ! je ris avec les gens tant qu’ils veulent.

ÉVELINA

C’est-à-dire que nous n’en serions pas où nous en sommes si tu avais écouté M. Gustave !

RISETTE, sérku'ement.

Il était trop beau.

ÉVELINA

11 t’aurait épousée.

RISETTE

Il était trop riclie... Au choix j’aimerais encore mieux ton Jean Gigonet, bien qu’il soit un peu laid, un peu bête, et sergent au 135 e de ligne.

ÉVELINA

Oui, voilà des amoureux qui rapportent gros!... ça n’a pas le sou, et il faut des dots pour les épouser.

» . RISETTE

Voilà quatre francs à compte sur la dot de M. Jean Gigonet.

ÉVELINA

Quatre francs ! cela nous fait la jambe belle !

RISETTE, regardant sa jambe.

Dis donc 1... parle pour toi. v

ÉVELINA

Nous en (levons trente au propriétaire. Il va falloir faire notre paquet.

RISETTE

Heureusement ce ne sera pas long.

ÉVELINA

Et où irons-nous?

RISETTE. (Elle chante.)

A la grâce de Dieu, à la grâce de Dieu! Tu vois toujours tout en noir.

ÉVEI.INA. (Elle s'assied el travaille.)

C’est que la situation n’est pas rose. A midi nous serons à la porto.

RISETTE

Il n’est encore que dix heures; nous avons deux heures devant nous.

ÉVELINA

Crois-tu qu’il va pleuvoir des pièces de cent sous?

RISETTE

Pourquoi pas? On ne peut pas savoir. Tiens, un jour, je me rappelle ça comme si j’y étais encore; nous étions huit autour d’une grande table, et c’est tout au plus s’il y avait des pommes de terre pour tout le monde; mon père ne gagnait pas gros, le pauvre cher homme! Il regardait le plat d’un air triste, et disait qu’il n’avait pas faim ; ma bellemère venait de nous distribuer notre ration de claques, et j’avais eu deux parts à moi seule. Mais j’avais bon appétit tout de même, et je mangeais ma pomme de terre mouillée de larme%: c’était salé. Voilà que nous entendons le facteur qui appelait dans la rue; c’était une lettre d’Amérique.

ÉVELINA

J’aurais mieux aimé un oncle.

RISETTE

La lettre était d’un de mesoncles, Isidore Tabourcau,’ qui était allé en Californie chercher de l’or; mon père prend la lettre et l’ouvre.

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