‹ Rita ou Le mari battu opera comique en un acteChapitre 1 sur 24 · RUE DE GR AURONT · texte numérisé non relu

RUE DE GR AURONT

— Représentation, reproduction et traduction réservées. —

Voici comment l'histoire de cette pièce a été racontée par M. Achille Denis, dans la Revue et Gazette des Théâtres :

Rit a, la petite pièce de Donizetti, est une partition originale dont l'authenticité ne peut être mise en doute. Cet ouvrage fut écrit par le célèbre maestro dans la dernière année de sa vie. U se promenait un soir sur le boulevard des Italiens, il était triste ; depuis huit jours il n’avait rien k mettre en musique, et composer était un véritable besoin pour Donizetti. Rencontrant M. Gustave Vaêz, son ami, son collaborateur pour la Favorite: « Sauvez-moi la vie, lui dit-il, en me donnant tout de suite le moindre petit acte, pour que je puisse travailler. » ün sujet bouffe fut convenu, et Donizetti se hâta de rentrer avec les paroles du premier air, dont la musique se trouvait faite le lendemain quand M. Gustave Vaëz apporta les paroles du se ■ cond morceau. La besogne continua ainsi, et, au bout d'une semaine, tout fut terminé: livret, chant et orchestration (I).

(1) Je puis ajouter ici on détail : lorsque je lus à Donisetti les paroles de certains morceaux, il lui arriva de saisir mon feuillet, d’y tracer vivement les cinq lignes d’une portée musicale et de noter tout d’un jet le motif chanté dans son cerveau pendant ma lecture. J’ai conservé ces curieux autographes. Du reste, on ne sera pas étonné d’apprendre que la partition de Rita fut écrite en huit jours : le quatrième acte de la Favorite n’a-t-il pas été composé en quelques heures! On l’a dit, et je pujs le certifier. Mais, ce prodige ne «'est pas accompli lorsque la pièce était en répéti-

La pièce fut accueillie comme une bonne fortune par M, Crosnier, alors directeur du théâtre de l'Opéra-Comique; portant elle ne fut pas jouée; voici pourquoi :

Donizetti devait écrire pour l’Opéra-Comique un ouvrage en trois actes , destiné à passer au commencement de l’hîver. M. Auber, fa Providence du théâtre, vainement sollicité dû livrer une partition pour cette époque, avait répondu qu’it ce pouvait être prêt, et qu’il choisissait le mois do mars suivant. Pans cette situation, >1. Crosnier ne pouvait mieux faire que de s’adresser à Donizetti. Un contrat fut signé. M. Auber, qui l'ignorait, avertit, quelques jours après, M. Crosnier, qu’il pre* naît décidément le mois de novembre. Grand fut l’embarras du directeur; mais, avec un peu d’adresse, il espéra s’en tirer, Donizetti, qui n’était pas rompu aux finesses 4e la tlipio**

•!>) "• [■>.!.• !•..»» .'l M ; !vj! V‘ , ... f > .

tion à [l’Opéra. Ç’est, je crois, M. Castil-Blaze qui, Je premier, a publié cette erreur, bîèn de® fois reproduite. Loin d’avair été ajouté connue une raHonge, ce quatrième acte ftit , au contraire, la cause et Je peint de départ de la pièce. Donteetti, ayant premia uuc partition au théâtre de la Renaissance, nous donna pour programme, à Alphonse Royer et à moi, un cloître, des moines et upq grande désolation. Depuis longtemps il rêvait une composition de C9 genre, et la censure italienne avait toujours été un empêchement A la réalisation de ce désir. Nous donnâmes à Doaimtti oe qu’il demandait; l’acte du cloître a donc fait partie intégrante de la pièce dès l’origine. M m * Thillon, MM. Laborde et Zeéger l’eot répété «U théâtre de Ja Renaissance, «t l'étude des chœurs en a été dirigé* par M. Cornet, aujourd'hui chef des chœurs h POpé ra-Coaàque. Ce caotahiie : Fernand, imite fa clément fut «jouté à l’Opéra, ma la demande de M. Léon Pillet, mais, oeuf ce morceau, l’acte entier avait été créé par Donuettl, dans une nuit do sublime intpo* radon, nt» l.v<- «-Sq ri wwn* lOfrm-i-'oit • V: ’ ' ■>': vVWïq 0*

TH

njatie française, ne comprit lie» d’abord aux précautions oratoires de M. Crosuier; puis, ayant deviaéco dont il s’agissei^: « Eh! répondit-il, est-ce que c’est notre traité qui tous gène? Jç p’ai pas l'habitude do faire jouer ma musique per sommation d’huissier. » Et, prenant le traité, U le déchira. Maie, un peu blçssé, il ne voulut pas livrer la partition de la petite pièce bouffe qui devait passer d’abord. Malheureusement pour M. Crosnier, M. Auber changea d’e vi * OU bout de quelques jours et prévint qu’il ne serait prêt que pour le mm de mars. \ ,r

M- Basset, devenu directeur du théâtre de POpér*Cômique, trouva dans ses cartons le livret du petit opéra bouffe, «t proposa à M. Gustave Vaëz de mettre la pièce à Wtude immédiatement. Donizetti se trouvait déjà atteint de la cruelle maladie cérébrale qui avait anéanti cette grande intelligence ; il s’éteignait dans une maison de santé à Issy, et son frère, chef des musiques militaires du sultan de Constantinople, ne jugea pas convenable, alors que le pauvre maestro agonisait, de livrer une oeuvre de lui aux discussions de la critiqua. Danizetti, mourant, fut transporté à Bergamo, sa patrie. H y rendit le dernier soupir, et les scellés furent mis sur se» papier», parmi lesquels se trouvait la partition de ftita. .V

Adolphe Adam, qui connaissait l’existence de cette petite piçce,, ypujut la monter à l’Opéradfetiûual lorsqu’il e» était directeur, M. Qustgvq Varz écrivit à Constantinople et reçut de M. Joseph Donizetti cette réponse} a Ü ffl’eei impoasitte. Monsieur, d’accepter, quant à présent, votre offre gracwnst; je ne suis qu’un co-héritier de înçm bien regretté frère . et les, partitif» du meîtidstePd encore indivis non». >» Les choses restèrent en eet état pendant plusieurs années.

M. Joseph Donizetti mourut, son fils racheta les droits des autres cohéritiers et vint à Paris avec la partition de Bit a, ‘ que M. Gustave Vaëz proposa à M. Perrin , directeur de l’Opéra-Comique.

M. Perrin demanda s’il était bien positif que ce ne fût pas un pastiche. M. Gustave Vaëz lui donna sa parole d’honneur qu’il avait vu Donizetti composer tous les morceaux au fur «t à

mesure que les paroles lui étaient apportées : « Cette garantie

est suffisante pour moi, répondit M. Perrin; mais vous ne pourrez pas aller donner votre parole à tous ceux qui seront tentés de soupçonner une spéculation de notre part. »

M. Gustave Vaëz proposa de former un jury, qui aurait à -prononcer sur l’authenticité de la partition, écrite entièrement de la main de Donizetti et signée par lui.

On choisit, d’un commun accord, les personnes qui étaient le plus aptes à prononcer sur la question, non- seulement au point de vue de l’art et du style, mais encore par l’expertise

de l’écriture. Les juges désignés furent :

M. Duprez, qui avait créé Lucia di Lammermoor à Naples, les Martyrs, la Favorite, Dom Sébastien à Paris ;

M. Leborne, qui a dirigé sur les manuscrits originaux la copie des ouvrages que Donizetti a donnés à l’Opéra;

M. Dietsch, qui, envoyé à Bergame, il y a quelques années, par M. Nestor Roqueplan, alors directeur de l’Opéra, pour compulser la musique posthume de Donizetti, avait trouvé parmi les papiers sous séquestre la partition de la pièce sur laquelle il s’agissait de prononcer;

M. Vauthrot, chef du chant à l’Opéra-Comique;

Et M. Robin, chef de copie.

Ce jury se réunit sous la présidence de M. Perrin ; l’auteur

i'f • • . . r i » ; '• '■loyo. <* k:

de cet article remplit les fonctions de secrétaire. Les questions furent ainsi posées :

« La partition de Rita est-elle authentique, écrite entièrement de la main de Donizetti, inédite, vierge, complètement orchestrée, toute prête, en un mot, à être livrée à la copie et mise à l'étude? »

Si la déclaration du jury n'était pas affirmative sur chacun de ces points, le traité fait avec M. Perrin devenait nul de plein droit.

On examina la partition avec soin, et, à l’unanimité, les juges affirmèrent qu.’aucun doute ne pouvait s’élever sur les questions qui leur étaient soumises. 11 fut reconnu, en outre, qu’évidemment la musique de Rita avait été composée après les paroles et exprès pour la pièce française. ,

Le procès-verbal de celte déclaration fut rédigé séance tenante et signé par MM. Duprez, Leborne, Dietseh, Vauthrotet Robin. ,f

Pourquoi la pièce n’a-t-elle pas été jouée tout de suite? On ne peut supposer que ce soit par indifférence de M. Perrin ; il y aura eu des tâtonnements pour la distribution des rôles; quoi qu’il en soit, c’est à M. Nestor Roqueplan qu'on devra le plaisir d'entendre le dernier ouvrage du maître qui a écrit Lucie , la Favorite et Don Pasquale. L’authenticité de Rita est reconnue déjà par un jury; bientôt le public pourra juger que, par l’abondance et la fraîcheur des mélodies, par l'élégance et l’habileté de la facture, par l'esprit et la gaîté du style, cette partition est une des œuvres les plus charmantes qu'ait signées Donizetti.

Achille Denis.

ZI

-XjVy y'- 1 .•»"> • ;:h 'u . ■•‘•J i-i ■ ftim ÿV’jr ‘.'5 •*■

: ■ A-mi (-"■ . I V * * ‘

i- r'” • 1 JJ’: ’•:>{ uu-.:> < ■> ' 15

J, -y ■ v . ••• !•• J • ."'• <{ ■ • •* ’ • : ' Cl '

Page 1