ACTE TROISIÈME
MADAME BARBENTANE
Comme des sardines, je te l'avais dit!
Taisez-vous et fermez, on vient I
Elle pose le plateau sur la table à gauche. MADAME DUPONT, entrant en riant au fond à droite, va s asseoir au canapé.
Ah!... Il est roulant, ce sacré Baptistin I... Gomment le trouves-tu, le marchand d'olives?
MARIE
Pour sûr, il est crevant !
MADAME DUPONT
Qu'est-ce que tu fais là ?
MARIE
Vous voyez, je prépare le café.
MADAME DUPONT
Ici!...
MARIE
Il y a un invité, je pensais...
MADAME DUPONT
Tu es folle, nous le prendrons au fumoir, comme d'habitude.
MARIE
Bien, madame.
Elle sort an deuxième plan à gauche. Irma entre en riant, du fond à droite.
Qu'a«-tu donc ?... Il a encore dit quelques bêtises ?
IRMA
Je me sauve... je ne pouvais plus tenir mon sérieux.
146 RIVAREZ ET LOUPY
MADAME DUPONT
Qu'est-ee qu'il a raconté ?
IRMA
Tu l'as trop émoustillé!
MADAME DUPONT
Il est gris?
IRMA
A peu près... Il appelle Alfred son cher ami... il lui fait un discours sur la culture des oliviers et la fabrication de l'huile.
MADAME DUPONT
Pauvre Alfred! Gomme ça doit l'intéresser!... Ils vont s'endormir tous les dev.x ! . , .
IRMA
Les voici! (Elle passe à gauche. — Entrent Loupy et Barbentane, celui-ci un papier et une plume à la main. — Du
fond à droite.) Oui, mon cher ami, l'olivier a été importé en Provence par les Phocéens, 600 ans avant Jésus-Christ.
LOUPY^ assis sur le canapé.
Mince, alors!... Je ne les croyais pas si vieux que ça!
MADAME DUPONT
Qu'est-ce que vous faites, vous écrivez ?
BARBENTANE
Oui... excusez-moi, je termine une dépèche et suis à vous.
Il rentre dans la salle à manger.
IRMA, allant vers Loupj.
Une dépèche?
LOUPY, toujours assis.
C'est pour sa femme... Ah! Il en a une mufféel...
A-rrE TROISIÈME 147
11 ne veut pas rentrer chez lui, il nous otîre à dîner au restaurant!
IRMA
Il peut encore écrire?
LOUPY, riant.
Tout juste !... Oh! mince alors, il ne lui en faut guère pour le soûler, j'ai bu autant que lui, je ne m'aperçois de rien.
MADAME DUPONT, à droite.
Il bavarde tout le temps, c'est ce qui l'a grisé.
LOUPY, riant.
Il m'en a raconté des histoirebl... Il ne veut plus retourner à Salon, il voulait absolument me vendre son fonds, il est crevant, ce vieux-là !
M.\DAME DUPONT
Te vois-tu marchand d'olives en gros?
♦ LOUPY.
Je suis au courant du commerce, j'en ai vendu au détail pour Sarrazin.
MADAME DUPONT
Eh bien, il ne vient plus, le café va être froid.
LOUPY,
Oh ! Il va être deux heures, à accoucher de sa dépêche, je vais en griller une, moi! Viens-tu, Irma?
Elle sort. Il sort par le fumoir.
IRMA
Je te suis. Viens donc, maman !... Marie lui montrera le chemin.
MADAME DUPONT
Je vais voir s'il ne s'est pas endormi.
148 RIVAREZ ET LOUPY
IRMA
Viens-tu, maman?
MADAME DUPONT
Va avec Alfred, je vous rejoins.
IRMA
Bien!
Il sort.