‹ Rivarol, sa vie, ses idées, son talent, d'après des documents nouveauxChapitre 124 sur 211 · Satire universelle · texte numérisé non relu

Satire universelle

Il ne se console pas qu'elle soit perdue. Il s'était borné d'abord à distribuer, à droite comme à gauche, les plus sages conseils ' ; il se savait lu « des membres les plus estimés de l'Assemblée nationale » 2. Aussi loin des « vieilles perruques » qui défendent la royauté absolue, que des « ganaches », qui sont républicains sans le savoir, et des « cheveux plats » qui sont républicains avoués, il était avec le très estimable et très petit groupe des « catogans » qui ne veulent ni du despotisme royal ni du despotisme populaire3. Il est à présent mécontent de tout le monde, excepté de lui-même : « Je suis la voix qui crie dans le désert4.... Il est triste sans doute d'avoir toujours raison, de ne prédire que des malheurs, de ne parler qu'au charlatanisme5. » Il va jusqu'à gourmander les « catogans », lorsqu'il les voit fonder le club des Impartiaux avec les principaux chefs du parti constitutionnel, et accepter à titre provisoire, dans l'espérance de la corriger peu à peu, mais enfin accepter la Constitution6. Il est plus fâché encore contre le roi qui semble se résigner à sa déchéance et ne vient pas déclarer

d. Dans le n° 5 de la lre série, il disait de la noblesse et du clergé : « Ils ont assez résisté pour que leur conscience et leur postérité n'aient rien à se reprocher. Puissent-ils s'abandonner enfin comme des victimes volontaires de la tranquillité publique! »

2. Journal Politique National, lre série, n° 7 : « A MM. les souscripteurs ».

3. Pour ces diverses dénominations des partis, voir les Actes des Apôtres, t. X, épilogue. Rivarol n'a pas ménagé les députés de l'extrême droite, Maury et Cazalès entre autres; voir dans la lre série la Lettre sur la capture de l'abbé Maury, et dans la 3e série le n° 8. De l'extrême droite, seul le vicomte de Mirabeau avait assez de talent et de verve pour qu'il lui pardonnât ses entêtements. Mais les seuls députés qu'il ait loués dans son Journal, et encore avec quelques restrictions par-ci par-là, sont Mounier, Malouet, Bergasse et l'abbé de Montesquiou. Quant à Mallet Dupan, il l'estimait assez pour recommander à M. de -Caste {Lettre de 1792) de préférence à toute autre feuille « la partie politique du Mercure ». Aussi bien, c'est aux noms de Mallet Dupan, Bergasse, Montesquiou, Malouet, Mounier, que les Apôtres joignent toujours son nom (voir les nos 167; 240, 305 des Actes, et l'épilogue du tome IX).

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