‹ Rivarol, sa vie, ses idées, son talent, d'après des documents nouveauxChapitre 142 sur 211 · Second Mémoire à M. de La Porte · texte numérisé non relu

Second Mémoire à M. de La Porte

3. Montlosier, dans ses Mémoires, dit formellement que le mot est de Rivarol. Le Journal général de la Cour et de la Ville (janvier 1791) l'attribue « à une femme d'esprit » en qui il permet de reconnaître Mme de Coigny. Peut-être y a-t-il moyen de concilier les deux avis à l'aide d'une malice de la Correspondance politique (n° 56) sur la marquise de Coigny « obligée, (en juin 1792) de s'expatrier pour être encore aimable, et à qui M. de Rivarol fait passer de temps en temps quelques phrases pour la soutenir ».

leuse reproduit même toute une lettre de lui adressée dans l'été de 1791 à la Feuille du Jour :

Lettre au Public :

Il y a environ huit jours qu'il a paru et sans doute disparu une petite brochure, intitulée : De la nécessité du mal physique, religieux, politique, etc., traduit de Vanglais; l'auteur se nomme Jenyens, et le traducteur, c'est moi. Brochure, auteur et traducteur, j'ignorais tout; mais j'ai parcouru le petit livre, car il faut du moins savoir ce qu'on nous lègue; et j'ai vu que M. Jenyens disait qu'il y a du mal en ce monde, et même qu'il le disait mal; il se contente en effet de le dire, parce que la nature et la société sont chargées des preuves, et il le dit mal, afin sans doute qu'on voie mieux qu'il y a du mal partout; mais comme chacun ne sent que trop bien tous les maux dont l'auteur parle, il en résulte que c'était un livre inutile à faire, et par conséquent à traduire. Ma signature, que je n'ai jamais mise à aucune de mes productions *, ne peut rien contre un bon ouvrage et rien pour un mauvais. Je ne comprends pas l'intention du mort *.

Rivarol.

* On croit que le défunt, c'est-à-dire le traducteur, s'appelait Démeuniers, et que ses cendres, c'est-à-dire dire ses paroles, sont déposées à l'Assemblée nationale 2.

Quant au recueil apostolique, j'ai beau l'interroger, le fouiller : je vois qu'il y est encore question de lui; je n'y reconnais plus sa griffe. Il en allait autrement des premiers tomes. Il avait été avec Peltier, Mirabeau-Tonneau, Champcenelz, le créateur de la petite gazette, il en avait été l'âme3. Il avait amené Lauraguais; puis ces messieurs avaient fait des recrues. Etrange et composite armée, comme les révolutions en font seules surgir, où se heurtent tous les contrastes, où se coudoient Suleau et Montlo-

1. L'affirmation est un peu trop absolue (voir la Bibliographie).

2. Chronique Scandaleuse, n° 9 ; la lettre nra jamais été réimprimée, ni citée.

3. Voir la Bibliographie, % 1. De l'aveu même de Peltier (voir les Mémoires d 'Outre-Tombe), tel était bien primitivement le gros de la rédaction. Le Journal général de la Cour et de la Ville dit de son côté, en janvier 1790 (n° 27), que les Actes sont rédigés par quatre jeunes gens. Mais leurs « correspondants » étaient fort nombreux. Tout le n° 1 me paraît être de Rivarol (voir le Post-scriptum).

SES IDÉKS POLITIQUES. 217

sier, Boufflers et Bergasse, le marquis de Bonnay et Lally- Tollendal, Tilly et Glermont-Tonnerre, où Gavroche et Joseph Prudhomme montent ensemble la garde autour du drapeau blanc! Ici, des calembours en français et en latin *, l'esprit du fabliau dans le cadre de la tragédie classique, Tabarin sous la toge de Talma, des « cacades nationales » 2 dans une imitation du Lutrin, de la blague toute moderne et du poncif 3, des charges d'atelier et de jolis petits vers où une Muse, chère à l'ancien régime, la Muse frondeuse et paillarde de la Chanson, après avoir nargué les princes et leurs maîtresses, fait la nique au peuple-roi, à ses courtisans, à ses favorites et à ses gardes du corps4; là, des dissertations sur les assignats, sur le jury, sur les deux Chambres et le veto, des discours documentés, bourrés de chiffres, qui tiennent quatre numéros, de sages et sévères exposés des principes de Montesquieu ou Delolme; la Revue des Deux Mondes et le Charivari brouillés et reliés sous la même couverture ! Dans ce pêlemêle, entre les lazzis du pître et la leçon du doctrinaire, passaient par instants, « plus fins que le comique, plus gais que le bouffon, plus drôles que le burlesque » 5, des arti-

1. Ils ont abusé des jeux de mots sur les noms des députés. Veut-on un échantillon du procédé : « M. Lanusse jura qu'il resterait sur son siège jusqu'à la mort » (n° 110).

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