Lettre de Thauvenay du 14 juillet
6. Sur la question d'argent, voir Y Appendice, § 7. Rivarol se laissait exploiter par des Entelles sans se fâcher. Il ne lui déplaisait pas d'être un peu volé; cela rentre dans les attributions d'un grand seigneur au xviii* siècle. Je ne sais plus qui nous a conservé le joli mot d'une marquise qui réunissait le soir ses gens, depuis l'intendant jusqu'à la soubrette,
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ment l'éloge de « son patron », et sort en répétant : « l'ouvrage marche bien » *. Et Thauvenay, « de plus en plus confirmé dans la bonne opinion qu'il a de son zèle et de son dévouement » 2, transmet en hâte à d'Avaray la bonne nouvelle : l'ouvrage de M. de Rivarol marche bien. Déjà, il s'informe des moyens d'expédier régulièrement le Journal à Mittau 3. Mais le temps passe, et : « Je n'ai rien reçu de M. de Rivarol », devient le refrain désolé de ses lettres. En face de la mine toujours satisfaite de M. le comte qui lui « développe ses arguments » et les développe « avec une expression sublime » 4, je vois peu à peu s'allonger la figure de Thauvenay. Nous paraîtrons le 1er juillet, a dit des Entelles à la fin de mai 5. Nous paraîtrons la semaine prochaine, a-t-il dit Je dl juillet 6. L'édition est prête, dit-il de nouveau le 15 août; « il n'en reste à soigner que la partie typographique 7! » Hélas!.. Thauvenay avait bien cru tenir son homme le jour où il lui avait proposé de se charger « de la partie purement matérielle et mécanique » du travail, de tout régler lui-même avec « les éditeurs et imprimeurs » 8. Non, non, il ne le tenait pas encore. Tantôt Rivarol allègue qu'il ne peut publier son Journal à Hambourg où deux Français, le comte de Mesmon et Bertin d'Andilly, pour avoir attaqué Bonaparte dans le Censeur, viennent d'être jetés en prison 9. Tantôt il avoue
autour d'une table de lansquenet ou de biribi, et disait à l'oreille d'une amie : « Je les triche, mais c'est qu'ils me volent ».
1. Lettres de Thauvenay du 9 mai, du 20 mai, du 22 mai, du 27 mai, etc.