‹ Rivarol, sa vie, ses idées, son talent, d'après des documents nouveauxChapitre 41 sur 211 · Voir V Appendice · texte numérisé non relu

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3. Le 14 juillet 1800, Thauvenay, qui lui a transmis une lettre du roi, écrit à d'Avaray : « Elle a produit sur M. de Rivarol tout l'effet qu'elle devait produire; elle l'a touché jusqu'aux larmes ».

4. Le rapport d'Herman est aux Archives du Ministère des affaires étrangères, t. 589; l'orthographe en est digne du personnage. Herman était

espion ou un agent qui obéisse à une consigne. Thauvenay s'en est aperçu, lui aussi, en 1798, lorsque d'Avaray lui a une première fois enjoint d'entrer en pourparlers avec Rivarol au sujet de je ne sais quelle mystérieuse commission, de je ne sais quel projet de manifeste : Thauvenay eût préféré confier la tâche à Fontanes qui lui paraissait plus maniable *. Est-ce ce même Fontanes qui en 1800 faisait espérer à Rivarol la direction de la Bibliothèque nationale s'il consentait à rentrer à Paris et à faire l'aimable avec Bonaparte? C'était trop cher; il refuse, et fait bien 2. Rentré à Paris, il lui eût fallu reprendre bientôt le chemin de l'exil; Bonaparte ne se fût pas longtemps contenté de lui demander, ainsi qu'à Mme de Goigny : « Comment va la langue? » Ses derniers biographes ont répété, après Dampmartin 3, qu'il avait en allant à Berlin une mission du roi, qu'il était chargé de lui assurer un refuge en Prusse, et qu'il avait eu maille à partir avec notre plénipotentiaire, le général Beurnonville. Après lec-

porteur d'une lettre de d'Avaray pour Rivarol. Celui-ci a promis d'y répondre, c'est-à-dire de donner par écrit son avis sur la situation politique de l'Europe; j'ignore s'il l'a fait. On sait que Montjoie a publié une Histoire de la Conjuration d'Orléans, en 1800; son récit des journées d'octobre est rempli d'emprunts au Journal Politique National qu'il n'a garde de citer.

1. Les lettres de Thauvenay à d'Avaray dont je parle ici sont également aux Archives, t. 594. La lre est du 24 juillet 1798; il y en a six autres, des 3, 7, 17, 21, 28 août et 18 septembre. Jusqu'alors Thauvenay n'avait, dit-il, rencontré Rivarol que deux fois. Il est impossible de savoir quel service d'Avaray attendait de Rivarol; j'entrevois seulement qu'il s'agit d'un écrit qui serait rédigé en même temps à Londres par Mallet Dupan, et à Hambourg par Rivarol. La cour de Mittau se réservait sans doute de choisir ensuite entre les deux textes. Il n'en est plus question à partir du 18 septembre. Le maréchal de Castries parait avoir fait changer d'idée à d'Avaray et au roi.

2. Lettre de Thauvenay du 4 avril 1800. « 11 est lui-même persécuté de rentrer,' on lui offre de le mettre à la tête de la Ribliolhèque nationale. »

3. Voir Dampmartin, Notice citée, et aussi Mémoires sur divers événements de la Révolution et de V Emigration. D'après lui, Rivarol aurait reçu « mille écus » avec « ordre de se rendre à Rerlin ». Dampmartin doit faire ici allusion aux cent ducats que Louis XVIII a fait remettre, par l'entremise de Thauvenay, à l'auteur du journal projeté, et sur lesquels je donne plus de détails dans V Appendice, § 7.

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ture des dossiers entassés aux Archives, le fait semble bien inexactement rapporté. J'ai dit quand et pourquoi il s'est rendu à Berlin : en septembre 1800, il n'était point question pour Louis XVIII de quitter Mittau d'où il n'a été chassé que quatre mois plus tard et à l'improviste, le 20 janvier 1801 ; les lettres de Beurnonville à Fouché ! ne renferment pas la moindre allusion à des démêlés entre Rivarol et lui. Que Louis XVIII fit cas de Rivarol et ne fût pas fâché de le savoir à Berlin où il soutenait éloquemment l'idée monarchique et pouvait réchauffer le zèle des indécis, la chose est bien admissible : il y a loin de là à une mission officielle et rétribuée.

De tous ses refus, du dégoût que lui inspiraient les marchandages, tripotages et « trigauderies » 2, résulte la jolie attitude d'indépendance qu'il a toujours gardée. Par vertu? Voilà un bien grand mot; disons plus simplement : par dédain. Une fonction l'eût confiné dans un coin de la vie et privé de tout le reste. Il ne veut être ni ceci ni cela : il n'est, mais à un degré de perfection où lui seul est parvenu, qu'un homme de société qui cherche son plaisir.

N'y a-t-il rien de sensuel dans son. plaisir? Si vraiment. Cet homme dont les matinées se passent dans le plus modeste intérieur, est sensible au luxe du décor dans lequel il se retrouve le soir, sensible à l'éclat des parures, infiniment sensible à l'élégance et à la beauté. Ses amis assurent qu'il a eu autant de bonnes fortunes que Lauzun ou Tilly; je le crois sans peine; mais il s'en est lassé plus vite qu'eux, et par indifférence, j'imagine, autant que par discrétion il n'en a pas soufflé mot : il préfère la fine et

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