Carnets
il l'entend, et ensuite de la manière dont on le lui explique ' ».
Est-ce là tout? Se borne-t-il à savourer et à égrener des bons mots? Se contente-t-il de ce que La Fontaine appelait la « bagatelle »? Non pas; il est des voluptés plus hautes et plus nobles qu'il préfère encore à celles-là. Près de lui il n'y a pas que des rieurs, que de gentils et légers humoristes. Parmi ceux même que j'ai nommés, il s'en trouve déjà, un Lauraguais par exemple ou un prince de Ligne, dont la curiosité souriante va parfois jusqu'au fond des choses. Près de lui je vois aussi, je vois surtout des philosophes, des écrivains, des savants, des médecins, des hommes de finances et des hommes d'État, les « têtes pensantes » et « les puissances » de ce monde : avant la Révolution, d'Alembert, Voltaire, Diderot, Buffon, le comte de Tressan, Loménie de Brienne, le physicien Robert, le docteur de Préval2, etc. ; de 1789 à 4792, Bergasse, Montlosier, Malouet, Mallet Dupan, Glermont-Tonnerre, La Porte, Breteuil, Lessart, Dumouriez, etc. ; dans l'émigration, Mercy d'Argenteau, Burke,Talleyrand,Fontanes, etc. Car il lui faut la présence à ses côtés des hommes qui par leur génie ou leur rang sont à la tête des affaires et dirigent l'opinion; il lui faut la discussion, qui avec lui s'élève à la vraie éloquence, des plus graves problèmes, l'occupation de sa solide et saine raison : en même temps que le Décaméron, les jardins d'Académos. Avec un grand fonds de lectures, il a une faculté de compréhension et d'assimilation telle qu'en fréquentant les spécialistes, ceux qui représentent les diverses formes du savoir, il s'est rendu universel. Surprenante universalité de connaissances à laquelle un