‹ Rivarol, sa vie, ses idées, son talent, d'après des documents nouveauxChapitre 75 sur 211 · Carnets · texte numérisé non relu

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pas tant le peuple; et qu'il n'étonnerait pas tant les connaisseurs, s'il n'était quelquefois si grand. Cet homme extraordinaire a deux sortes d'ennemis, ses détracteurs et ses enthousiastes; les uns ont la vue trop courte pour le reconnaître quand il est sublime; les autres l'ont trop fascinée pour le voir jamais autre *.

Enfin, il a donné Dante à la France, et il est bon de ne pas l'oublier.

Jusqu'à lui, il n'existait d'autre traduction française de la Divine Comédie que celle de Grangier, en vers (1597), « un peu plus difficile à entendre » que le texte, et celle de Moutonnet de Clairfons, en prose, qui ne contient que Y Enfer; celle-ci est un insipide délayage; la première édition, de 1 776, n'en était pas épuisée au bout de vingt ans. Celle de Colbert d'Estouteville, en prose et complète, dont Montesquieu avait eu le manuscrit entre les mains et dont il s'est moqué, ne fut imprimée qu'en 1796, revue, sinon améliorée par Sallior, et grossie, sinon ornée d'une Vie du Dante par Prévost d'Exmes. Autant dire qu'en 1784 Dante était à peu près un inconnu en France 2. Louis Racine, Voltaire qui a reproché à Dante « le mauvais goût de son sujet », le président de Brosse n'avaient guère parlé de lui que pour s'étonner de sa gloire et lui préférer l'Arioste ; son poème semblait une énigme intraduisible. Dans le Voyageur de Mme de Genlis le vicomte de Melville à qui la renommée attribue les plus invraisemblables prouesses, dit en plaisantant qu'il passe pour avoir «traduit en français un passage du Dante ». « Vous changerez trois fois de peau, avait dit Voltaire à Rivarol en 1778, avant de vous tirer des pattes de ce diable-là. » Non seulement il s'en est tiré, mais il a mis en tête de son volume une préface qui est d'un précurseur des Sainte-Beuve et des Taine. Pour apprécier le vieux

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