PRÉFACE
Il nous a semblé que Robert Browning mériterait d'être connu en France plus qu'il ne Test. En Angleterre, sa place parmi les poètes du siècle de Victoria est maintenant indiscutée : au premier rang à côté de Tennyson. Son œuvre a été commentée plus qu'aucune autre œuvre poétique de son siècle et c'est la meilleure marque de l'intérêt qu'elle a suscité. En France, au contraire, il est resté relativement inconnu. Il n'existe à notre connaissance aucune traduction de ses grands poèmes et à peine quelques pages de critiques *. Mais ces diverses études fragmentaires sont loin de donner une idée de l'universalité de ce poète et de ses aspects si multiples, qu'il nous a paru intéressant d'examiner ici.
Nous ne voulons faire dans ce livre ni une œuvre d'érudition, ni même de critique littéraire. Nous n'apportons ni fait nouveau, ni idée bien originale et, quoique nous en ayons tenu compte, nous sommes loin d'avoir résumé tout ce qu'ont pu dire sur Browning les biographes ou les littérateurs anglais. L'œuvre définitive sur ce poète reste donc encore à écrire.
1 Deux articles de Milsand publiés lors des premières œuvres de Browning, un chapitre de G. Sarrazin dans la Renaissance de la Poésie anglaise (1889), notre essai sur la religion de Browning (2* thèse de doctorat 1907), un opuscule sur Browning en France par Tabbé J. Dominique : Le Poète Browning à Sainte-Marie de Pornic et quelques autres pages éparses.
Le seul but de cette étude est de faire connaître en France l'importance de la poésie de Browning et d'essayer d'en montrer la valeur. Nous n'avons même pas pu, dans les limites restreintes de ce petit volume, examiner toutes ses œuvres, comme il l'aurait peut-être fallu. Nous nous sommes borné à en montrer quelques-unes : Paracelse pour représenter les grands poèmes romantiques du commencement, Pippa passe, pour les drames, un certain nombre de Poèmes lyriques, Veille de Noël et Jour de Pâques pour les poèmes religieux, l'Anneau et le Livre pour les grands poèmes psychologiques. Quant au reste, nous avons dû nous borner à des indications très sommaires. Aussi ceux qui connaissent déjà Browning pourront-ils nous reprocher de l'avoir bien insufiîsamment présenté, et peut-être ceux qui ne le connaissent pas n'auront-ils point une idée assez exacte de cet univers qu'est son œuvre. Mais nous serons satisfait si nous avons excité leur curiosité et si nos traductions et nos commentaires les attirent vers le texte luimême en dépit des difficultés et des surprises qu'offre toujours son premier contact. Enfin, nous serions très heureux que ces quelques pages ne fussent réellement qu'une introduction et qu'un jour, un de nos anglicisants français, déjà nombreux, reprît complètement le sujet et écrivît sur Browning l'étude sérieuse et complète qu'il mérite et que nous avons voulu suggérer plutôt que préparer.
Les œuvres complètes de Browning ainsi que sa correspondance avec Miss Barrett sont publiées par Smith à Londres. L'édition la plus accessible des poésies complètes est celle en deux volumes à 7/6 chacun. Il existe en outre de très nombreux volumes de « pages choisies »